Hong Kong amplifie le plus grand défi de la Chine – Taïwan

À la lumière des manifestations à Hong Kong et d'autres événements complexes et « provocateurs », la Chine met en garde les États-Unis d'être « prudents » à propos de Taïwan
Par James Gorrie
29 juillet 2019 Mis à jour: 29 juillet 2019

Les manifestations à Hong Kong ont fait monter d’un cran la tension déjà élevée entre les États-Unis et la Chine. Cependant, Hong Kong n’est pas la plus grande préoccupation de la Chine. Ni les pénibles tarifs douaniers américains ou l’interdiction coûteuse de l’équipement du réseau Huawei.

Toutes ces mesures ont certainement ajouté des frictions considérables aux relations sino-américaines, cependant des relations plus étroites entre les États-Unis et Taïwan est la plus grande préoccupation de Pékin. Bien que la situation à Hong Kong ne soit pas directement liée à celle à Taïwan, l’une a certainement une influence sur l’autre.

La Chine a besoin de Hong Kong en tant que porte d’accès aux ressources financières

D’une part, le dirigeant chinois Xi Jinping ne peut se permettre de nuire aux énormes avantages financiers et diplomatiques que Hong Kong procure à Pékin et à l’économie chinoise. Hong Kong reste la principale porte d’accès de la Chine aux relations financières et commerciales internationales.

D’autre part, si le mouvement protestataire à Hong Kong n’est pas maîtrisé par le régime de Pékin, il pourrait conduire à d’autres rébellions contre le Parti communiste chinois (PCC). Une telle possibilité peut forcer Xi Jinping à réprimer les manifestants en jouant la « carte de l’article 14 » de la Loi fondamentale de Hong Kong. Cet article régit les rapports entre la région administrative spéciale de Hong Kong et les 6 000 soldats de l’Armée populaire de libération (APL) chinoise qui y sont stationnés. Il stipule que les forces armées chinoises basées à Hong Kong n’interviendront pas dans les affaires locales à moins que le gouvernement hongkongais ne demande une assistance « pour le maintien de l’ordre public ».

Une telle demande de la part de Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif de Hong Kong, pourrait arriver à tout moment.

Xi Jinping, utilisera-t-il l’article 14 ?

Il semble que Xi Jinping puisse pencher dans cette direction ou, du moins, qu’il utilise la menace de le faire. Par exemple, les médias d’État chinois ont accusé les États-Unis d’être derrière les manifestations. Par le passé, le régime a invoqué l’ingérence étrangère comme prétexte pour justifier les mesures de répression.

Lors d’une conférence de presse donnée le 24 juillet, Wu Qian, la porte-parole du ministère de la Défense de la Chine, n’a pas apaisé ces craintes en déclarant que « les actions de certains manifestants radicaux remettent en cause l’autorité du gouvernement central et les fondements de la formule ‘Un pays, deux systèmes’ ». Elle a également ajouté que le ministère respecterait l’article 14 de la Loi fondamentale de Hong Kong.

Est-ce que le PCC prévoit une intervention militaire à Hong Kong ? Si oui, quelle serait la réaction des États-Unis ?

Est-ce que les États-Unis supprimeraient les privilèges accordés à Hong Kong ?

Une telle décision pourrait avoir un prix très élevé pour la Chine. Les États-Unis peuvent répondre en jouant la carte de la loi « U.S.-Hong Kong Policy Act ».

Cette loi, adoptée par le Congrès américain en 1992, accorde à Hong Kong des privilèges économiques et commerciaux spéciaux, notamment l’accès à des technologies restreintes et un système de change « ouvert » entre le dollar de Hong Kong et le dollar américain, comme s’il s’agissait d’une entité politique distincte de la Chine. Ce statut privilégié de Hong Kong ainsi que sa réputation de centre de la finance internationale ont été un avantage clé pour les relations commerciales et financières de la Chine avec le reste du monde.

L’ingérence militaire de la Chine pourrait amener les États-Unis à annuler « U.S.-Hong Kong Policy Act ». Un nouveau retrait financier de Hong Kong par la communauté internationale le suivrait probablement, ce qui serait un coup dur pour l’économie chinoise déjà en difficulté. De plus, cela affaiblirait la position de la Chine dans le monde et renforcerait la réputation de Taïwan en tant que refuge pour les manifestants pacifiques qui ont été victimes des soldats de Xi Jinping.

Une convergence d’événements risqués

Pour éviter une telle catastrophe potentielle, Xi Jinping doit adopter une approche moins conflictuelle pour résoudre le problème du mouvement de protestation à Hong Kong, ou espérer qu’il perdra son élan ou son soutien public. Dans le même temps, il doit, d’une façon ou d’une autre, dissuader les États-Unis d’approfondir leurs relations toujours plus étroites avec Taïwan.

Cela peut s’avérer difficile et risqué pour les deux parties, étant donné qu’une convergence de différents événements continue d’ajouter de nouvelles complexités.

Plus tôt ce mois-ci, Washington a approuvé un contrat de plusieurs milliards de dollars qui comprend la vente à Taipei de 108 chars Abrams, 250 missiles Stinger et des équipements connexes. Ce contrat fait suite à un accord conclu en 2018 pour la vente de 144 avions de combat F-16V modernisés à Taïwan.

Ces deux ventes d’armes ont été mal vues à Pékin. Elles ne correspondent absolument pas au vœu de réunifier la Chine et Taïwan, exprimé au début de cette année par Xi Jinping qui, en même temps, a mis en garde que la Chine se réserve, si nécessaire, le droit d’utiliser la force pour arriver à ce but.

L’augmentation, sous l’administration Trump, de la présence des navires de guerre américains dans le détroit de Taïwan a également été mal digérée par le régime chinois.

Le ton monte

La Chine a réagi aux démarches américaines par une rhétorique habituellement réservée à son auditoire national annonçant, le 24 juillet, qu’elle est prête à entrer en guerre si les États-Unis continuent d’insister sur l’indépendance de Taïwan.

À peu près au même moment, au-dessus de la mer du Japon, des avions de combat chinois, russes, japonais et sud-coréens se chevauchaient les trajectoires de vol dans la démonstration de force dangereuse liée aux revendications territoriales réciproques. En outre, le 24 juillet, la Corée du Nord – qui dépend de la Chine pour les produits alimentaires, le mazout et d’autres produits de première nécessité – a effectué deux tirs de missiles à courte portée, considérés par la Corée du Sud comme un nouveau type de menace.

Une stratégie coordonnée pour mieux négocier avec les États-Unis ?

La possibilité que tous ces événements ne soient pas liés semble peu probable. La guerre, ou même la menace de guerre, est une tactique à haut risque qui pourrait facilement dégénérer au détriment de tous.

Cependant, il est possible qu’en menaçant de faire la guerre aux États-Unis à cause de Taïwan, le régime chinois cherche à la fois à dissuader les États-Unis de vendre des armes à Taïwan et à minimiser les représailles en cas de la répression à Hong Kong, si le régime va jusque là.

Est-ce une approche rationnelle pour la Chine ? Ça pourrait l’être. Reste à voir comment évoluera la situation à Hong Kong. Toutefois, il est peu probable que ce qui se passe à Hong Kong restera à l’intérieur des frontières de Hong Kong.

James Gorrie est un écrivain texan. Il est l’auteur du livre The China Crisis.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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