Hong Kong: des centaines de manifestants défient les autorités en portant un masque

Par Epochtimes.fr avec AFP
5 octobre 2019 Mis à jour: 5 octobre 2019

Des centaines de manifestants pro-démocratie bravaient samedi l’interdiction des autorités en défilant avec un masque sur le visage à Hong Kong, partiellement à l’arrêt avec la fermeture du métro et de nombreux commerces suite à une nuit de violences dans le territoire.

Un peu partout à travers le territoire semi-autonome, des manifestants, le visage dissimulé sous un masque, ont participé samedi après-midi à des rassemblements spontanés et non autorisés. Ils cherchaient à battre en brèche l’interdiction adoptée vendredi de manifester avec un masque et à prouver la capacité du mouvement pro-démocratie à se mobiliser alors que tous les métros de la ville étaient à l’arrêt.

La cheffe de l’exécutif hongkongais Carrie Lam a dénoncé samedi les actions commises par des « émeutiers masqués » et assuré que la population est « effrayée » à l’issue d’« une nuit très sombre pour Hong Kong ».

Dans son message, diffusé au moment où des centaines de manifestants défilaient, elle a invité la population à prendre ses distances avec les manifestants les plus radicaux.

Les autorités hongkongaises ont invoqué des dispositions d’urgence datant de 1922, auxquelles il n’avait plus été recouru ces 52 dernières années, pour interdire le port du masque lors des manifestations.

Hosun Lee manifestait samedi après-midi dans le quartier commerçant de Causeway Bay contre cette interdiction qui n’est pour elle qu’« une première étape ». 

« Si nous ne nous levons pas et ne résistons pas, il se peut que 2047 soit déjà arrivé », a-t-elle expliqué, faisant référence à la date date jusqu’à laquelle une plus grande autonomie est théoriquement garantie à Hong Kong en vertu du principe « Un pays, deux systèmes ».

A Sheung Shui, près de la frontière chinoise, des journalistes de l’AFP ont vu des groupes de manifestants masqués briser les vitrines de commerces appartenant à des sociétés chinoises ou considérées comme pro-Pékin.

-Policiers masqués, sans numéro d’identification-

Des policiers,  dont beaucoup avaient le visage couvert et ne portaient pas de numéro d’identification, ont été vus par l’AFP menottant un homme qui portait un masque dans le district commerçant de Central, samedi en fin d’après-midi. Un jeune homme et une jeune femme avec des masques ont été interpellés.

La mesure d’interdiction, destinée à mettre fin à quatre mois d’une contestation sans précédent depuis la rétrocession de l’ex-colonie britannique à Pékin en 1997, a au contraire mis le feu aux poudres.

Quelques heures après son annonce, des actions de protestation ont éclaté un peu partout à travers le territoire.

De violents heurts se sont produits entre police et manifestants qui ont envahi des rues, allumé des feux et vandalisé des stations de métro et des établissements commerciaux prochinois.

« Le gouvernement ne nous écoute pas. Alors nous renforçons notre action », a déclaré Nathalie, une manifestante âgée de 32 ans.

-Un garçon de 14 ans blessé par balle-

Dans l’arrondissement de Yuen Long, un policier a ouvert le feu lorsque sa voiture a été encerclée par la foule et qu’un cocktail Molotov a explosé à ses pieds, d’après des témoins de la scène.

La police a expliqué que le policier a tiré une balle dans le cadre de la légitime défense.

Dans le même quartier, un garçon de 14 ans a été blessé par balle, a rapporté le quotidien South China Morning Post citant une source médicale, sans pouvoir faire de lien entre les deux événements.

A la suite du saccage de dizaines  stations de métro, l’opérateur public MTR a annoncé samedi que le trafic était suspendu sur tout le réseau qui transporte quotidiennement quatre millions de passagers.

Certains centres commerciaux et supermarchés sont restés fermés tout comme de nombreuses banques chinoises, dont les façades ont été couvertes de tags.

-constituer des stocks de nourriture-

Dans certains quartiers, des habitants faisaient la queue afin de constituer des stocks de nourriture, en prévision de futurs affrontements.

La police a envoyé des messages, demandant à la population d’éviter les manifestations au cours des trois prochains jours, lundi étant férié à Hong Kong.

Si de nombreux habitants se disent choqués par ces actes de vandalisme, inhabituels dans cette mégapole habituellement tranquille, beaucoup de manifestants pro-démocratie disaient avoir de la sympathie pour ceux qui ont recours à la violence.

Samedi après-midi, un agent immobilier de 67 ans, Luk, constatait les dommages dans sa station de métro dont les vitres étaient cassées et les murs couverts de graffitis.

S’il se dit opposé au vandalisme, il ne condamne pas pour autant les auteurs de ces dégradations.

« Le gouvernement ne fera aucune concession », a-t-il affirmé à l’AFP, regrettant que l’absence de « dialogue avec les citoyens » conduise à ce type de comportements.

De son côté, un Français, Marco, estimait que l’interdiction du port d’un masque a « mis de l’huile sur le feu ». 

Hong Kong connait depuis près de quatre mois des actions quasi quotidiennes et des confrontations de plus en plus violentes entre forces de l’ordre et protestataires masqués.

Les autorités centrales chinoises ont jugé « extrêmement nécessaire » l’interdiction du port du masques qui a été saluée par la police et les élus de la majorité (pro-Pékin).

Pour ses détracteurs, elle constitue une premier pas vers « l’autoritarisme ».

la loi de 1922 autorise l’exécutif à prendre « n’importe quelle mesure », sans le feu vert du corps législatif, dans l’éventualité d’une situation d’urgence ou d’un danger pour la population.

 

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