Les manifestants de Hong Kong finiront-t-ils comme ceux de la place Tiananmen ?

Comment les manifestations de Hong Kong se termineront-elles ? Quelle sera la réaction de Xi Jinping ?
Par James Gorrie
27 juillet 2019 Mis à jour: 15 août 2019

Comment se termineront les manifestations de Hong Kong ? La situation actuelle reste changeante et imprévisible.

Les deux millions de manifestants peuvent-ils considérer l’ajournement du débat sur le projet de loi d’extradition, soutenu par Pékin, comme une victoire et rentrer chez eux ?

Le projet de loi d’extradition fait partie de l’article 23 de la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin, qui permettrait au Parti communiste chinois (PCC) d’arrêter des suspects à Hong Kong et de les traduire en justice à Pékin.

Mais maintenant que les manifestants ont remporté cette bataille, quelle est la suite ?

Les manifestants pourraient-ils mettre fin à l’impulsion qu’ils ont eux-mêmes lancée par leur protestation, s’ils le voulaient ? Peut-être. Mais même s’ils le pouvaient, il ne semble pas probable qu’ils essaient aujourd’hui de le faire.

Les protestations évoluent

Maintenant, en entrant dans la septième semaine de manifestations, la violence monte et les manifestants appellent à « mettre fin à la brutalité policière » et portent des panneaux demandant une « Enquête indépendante en respectant l’État de droit ».

C’est louable, mais il est peu probable qu’ils obtiennent l’appui du gouvernement. La cheffe de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, s’est publiquement inclinée devant Pékin lorsqu’elle a décrit les manifestants comme des « enfants têtus ».

Ce n’est pas bon signe pour l’avenir proche, de même que la présence récente de la police anti-émeute et d’agresseurs violents, vêtus de chemises blanches et armés de massues, attaquant les manifestants. Ces derniers feraient partie de la mafia asiatique connue sous le nom des Triades. Ils sont pro-Chinois et agissent pour le compte du régime chinois.

La nature même de la manifestation est en train de changer et son impact est maintenant beaucoup plus important. La colère des manifestants est dirigée contre le régime chinois et ses tentatives d’éliminer les libertés d’expression et politiques dont Hong Kong jouit depuis plus d’un siècle. Les manifestants, par leurs paroles et leurs actions, représentent une menace directe pour le PCC, et pour le pouvoir et l’autorité de son dirigeant Xi Jinping.

Un gros problème pour Pékin

Xi Jinping doit équilibrer plusieurs intérêts contradictoires. Cela inclut le maintien de son contrôle politique au sein du PCC, le combat dans le cadre de la guerre commerciale avec les États-Unis et la nécessité de soutenir l’économie chinoise en récession, tout en tenant sa promesse d’ouvrir davantage le marché de la Chine aux produits du reste du monde. En même temps, il doit tenir Hong Kong en laisse, de peur que les signes de sa faiblesse puissent entraîner des manifestations dans son propre pays.

À mesure que les protestations à Hong Kong se poursuivent, Xi Jinping pourrait se sentir contraint de mettre fin au défi qu’elles représentent pour son autorité. En fait, il est peut-être déjà en train de transmettre des instructions appropriées.

Le Quotidien du Peuple, porte-parole du régime chinois, a publié un commentaire intitulé « L’Autorité centrale ne peut être contestée », qualifiant les protestations d’« intolérables ». Cela semble être un avertissement aux manifestants et peut-être même à Carrie Lam.

D’autre part, une source anonyme interne du PCC a confié à Epoch Times que Xi Jinping avait émis trois règlements par rapport à la situation à Hong Kong. Ces règlements interdisaient trois choses :

1. L’Effusion de sang
2. L’Utilisation d’armes à feu
3. La Puissance militaire

Xi Jinping s’en tiendra-t-il à ce décret ?

Le fait que Pékin ait déclaré aux États-Unis que ses forces militaires basées à Hong Kong ne prendront aucune mesure semble valider ces informations, tout comme l’utilisation par la police de procurations et d’armes non létales antiémeutes.

Le massacre de la place Tiananmen de Xi Jinping ?

Néanmoins, des comparaisons avec le massacre de la place Tiananmen sont évoquées. Est-ce réaliste ?

Pendant six semaines, au printemps 1989, des manifestants étudiants pro-démocratie se sont rassemblés sur la place Tiananmen pour dénoncer la corruption du Parti et demander une plus grande liberté économique et politique. Leur objectif était alors de renverser le communisme chinois et de le remplacer par la démocratie.

L’État-Parti savait qu’il devait étouffer les aspirations à la liberté des jeunes de la classe moyenne et de la classe aisée qui émergeaient en Chine, sinon ce serait sa fin. Mais il savait aussi qu’il devait offrir quelque chose au peuple pour compenser la répression de ce mouvement de liberté.

L’offre était claire : Le Parti permettrait de plus grandes possibilités et libertés économiques en échange de l’abandon des revendications de liberté politique.

Hong Kong présente des similitudes évidentes avec la révolte de la place Tiananmen. Protester contre l’oppression du Parti en est le point commun. En 1989, les étudiants essayaient de se libérer du joug de la dictature. À Hong Kong, ils s’opposent à l’idée de s’y soumettre.

La fin de « un pays, deux systèmes » ?

Les déclarations récentes de Xi Jinping semblent maintenir le traitement spécial accordé à Hong Kong et à Macao. Dans son discours, il a reconnu le statut « unique et irremplaçable » de Hong Kong en tant que facteur clé de la croissance économique de la Chine et de ses relations avec le reste du monde.

Pourtant, Xi Jinping insiste sur le fait que Hong Kong et Macao doivent tous les deux reconnaître les revendications de Pékin en matière de « sécurité nationale ». Pékin semble offrir à Hong Kong et à Macao un plus grand rôle dans les relations internationales de la Chine, mais pour cela, ils doivent d’abord se soumettre à son autorité absolue. Macao est allé beaucoup plus loin dans ce sens que Hong Kong.

Il est difficile de dire s’il y a quelqu’un à Hong Kong qui croit aux paroles de Xi Jinping. Sauf, peut-être, la cheffe de l’exécutif Carrie Lam. Elle doit sûrement comprendre que les protestations ont mis sa carrière politique en danger. Sa propre crédibilité n’est pas très élevée non plus à Hong Kong.

Ce qui semble plus apparent, c’est que le concept « un pays, deux systèmes » est peut-être en train d’atteindre sa limite. Les manifestants se rendent compte qu’ils ont atteint le point légal de non-retour, et se battent pour préserver leurs droits.

Il ne fait aucun doute que Xi Jinping le comprend aussi. Mais il sait aussi que s’il ne peut pas contrôler Hong Kong, il n’a plus le contrôle total de la Chine. L’attaque des manifestants contre le Bureau de liaison de Pékin à Hong Kong le 21 juillet, symbole et propriété du PCC, a souligné ce point.

Mais plutôt que de s’attaquer de front au mouvement de protestation, Xi Jinping a décidé de blâmer l’ingérence américaine. C’est la procédure habituelle lorsque le PCC est en conflit, même s’il est incapable d’expliquer comment ou pourquoi les États-Unis s’en seraient mêlés :

« Nous pouvons voir que les autorités américaines sont même à l’origine de tels incidents », a déclaré la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mme Hua Chunying, le 23 juillet. « Les responsables [américains] peuvent-ils dire au monde quel rôle ils ont joué et quels sont leurs objectifs ? » a lancé Mme Hua.

Il y a cependant des points positifs dans le drame de Hong Kong. D’abord, Xi Jinping se retrouve dans une situation de perdant-perdant. Une approche dure nuira encore davantage à l’économie chinoise déjà fragile, sans parler de sa réputation au niveau international. Mais une approche plus douce lui confère une certaine faiblesse, qui lui sera également préjudiciable. L’un ou l’autre pourrait nuire à sa réputation au sein du Parti.

Il y a aussi un aspect particulièrement bienvenu dans ce scénario potentiellement très sombre. Les Taïwanais connaissent très bien la brutalité du régime auquel les manifestants de Hong Kong pourraient bientôt être confrontés et ont courageusement offert un sanctuaire politique à ces derniers.

Ils pourraient en avoir besoin le plus tôt possible.

James Gorrie est un écrivain basé au Texas. Il est l’auteur du livre The China Crisis (La crise chinoise).

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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