Huit dangers du vapotage: comment les cigarettes électroniques peuvent nuire aux poumons, au cœur, au cerveau et au bien-être

Par Robert Jay Watson
21 mars 2020
Mis à jour: 21 mars 2020

Avec la multiplication des preuves de lésions pulmonaires associées à l’usage de la cigarette électronique ou des produits de vapotage (désignés par l’acronyme EVALI – « e-cigarette – or vaping-product-use-associated lung injury  »), de nombreux médecins et scientifiques invitent la population à remettre en question leur perception du vapotage comme technique de sevrage tabagique, et de plutôt prendre conscience des dangers qu’il représente.

À la mi-février 2020, plus de 2 807 hospitalisations pour lésions pulmonaires associées à ces produits ont été signalées aux États-Unis, et 68 personnes en seraient décédées, rapporte les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

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Selon les CDC, il y aurait deux grands coupables : le « tétrahydrocannabinol (THC) contenu dans des cigarettes électroniques ou des produits de vapotage – en particulier ceux obtenus de sources informelles comme des amis, des membres de la famille, ou des dealers directs ou en ligne », ainsi que l’acétate de vitamine E qui « a été identifié dans des échantillons de produits [e-cigarette ou de vapotage] testés par la FDA et des laboratoires d’État, et dans des échantillons de fluide pulmonaire de patients, provenant d’États géographiquement divers, testés par le CDC ».

Aujourd’hui, nous examinerons la montée en popularité du vapotage et les conséquences dévastatrices qu’il peut avoir sur la santé.

Qu’est-ce que le vapotage ?

Le vapotage est l’utilisation de cigarettes électroniques, ou e-cigarettes, qui comportent des embouts, des cartouches de nicotine liquide, souvent aromatisées, ainsi que des piles alimentant un dispositif de chauffage qui s’active lorsque le fumeur inspire. Le centre pour l’addiction (Center for Addiction) note que « [l]es cigarettes électroniques ne produisent pas de fumée de tabac, mais plutôt un aérosol, souvent confondu avec la vapeur d’eau, qui est en fait constitué de fines particules ».

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Ce sont les substances chimiques nocives contenues dans cet aérosol qui peuvent nuire à la santé du vapoteur et à celle des personnes qui l’entourent. En raison de la précédente perception du vapotage comme une alternative sûre au tabagisme, la popularité de ce dispositif est montée en flèche ces dernières années, en particulier chez les jeunes.

La Dre Nora Volkow, directrice de l’Institut national sur l’abus des drogues des Instituts nationaux de la santé (National Institutes of Health) aux États-Unis, a déclaré qu’ « il est urgent que les adolescents comprennent les effets possibles de l’inhalation de vapeurs sur la santé en général, sur le développement du cerveau des adolescents et leur potentiel de dépendance », a rapporté News in Health.

1. Les cigarettes électroniques augmentent le risque d’arrêt cardiaque et d’accident vasculaire cérébral

Une recherche présentée lors de la conférence internationale sur les accidents vasculaires cérébraux de l’Association américaine des AVC (American Stroke Association – ASA) de 2019 a montré que l’usage de la cigarette électronique augmente les risques d’accident vasculaire cérébral ou de crise cardiaque, selon un communiqué de l’ASA. Les chercheurs ont examiné les données de 400 000 personnes interrogées dans les 50 États américains avant de parvenir à leurs conclusions.

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Selon l’étude, les utilisateurs d’e-cigarettes interrogés présentaient un risque d’accident vasculaire cérébral 71 % plus élevé, un risque de crise cardiaque ou d’angine 59 % plus élevé, un risque de maladie coronarienne 40 % plus élevé et un taux de tabagisme deux fois plus élevé, que les non-utilisateurs de ces produits.

Encore plus inquiétant, cette augmentation du risque lié à l’usage de ces produits n’a pas été tempérée par le fait que « les utilisateurs de e-cigarette étaient plus jeunes, avaient un indice de masse corporelle plus faible et un taux de diabète plus faible, que les non-utilisateurs », a noté l’auteur de la recherche, le Dr Paul M. Ndunda.

2. À la suite des décès liés aux cigarettes électroniques, le CDC recommande de cesser le vapotage

Les recommandations des CDC américains sur le vapotage sont claires. « Les adultes qui ne consomment pas actuellement de produits du tabac ne devraient pas commencer à utiliser de cigarettes électroniques ou de produits de vapotage », déclare l’organisation sur son site web. Compte tenu des décès liés aux lésions pulmonaires associées à ces produits, ces conseils sont particulièrement importants.

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En outre, les CDC recommandent spécifiquement que « les jeunes, les jeunes adultes ou les femmes enceintes s’abstiennent complètement de consommer des cigarettes électroniques ou des produits de vapotage (contenant de la nicotine ou du THC) ». Pour les fumeurs traditionnels actuels de cigarettes, puisqu’il existe des méthodes alternatives pour cesser de fumer, il est également préférable d’éviter le vapotage.

3. Les dangers du « poumon du travailleur du pop-corn » pour les fumeurs de cigarettes électriques aromatisées

Comme l’a noté un éditorial de l’Association pulmonaire américaine (American Lung Association), le terme « poumon du travailleur du pop-corn » fait allusion à la bronchiolite oblitérante, une affection touchant les ouvriers des usines qui fabriquent du pop-corn destiné à être chauffé par micro-ondes. L’un des ingrédients chimiques utilisé pour aromatiser le beurre artificiel, le diacétyle, bien que maintenant interdit dans les produits alimentaires en raison de sa dangerosité pour les poumons, est revenu sur le marché informel et mal réglementé des cigarettes électroniques.

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Un communiqué de presse de l’École de la santé de Harvard (Harvard School of Health) de 2015 a révélé que parmi les dizaines de cartouches de cigarettes électroniques analysées par cette dernière, près des trois quarts contenaient du diacétyle. Non seulement cet agent nocif est utilisé pour fabriquer des produits de vapotage aromatisés au pop-corn au beurre, mais il était également présent dans les cartouches de cigarettes électroniques à « saveurs de fruits, à saveurs d’alcool et, comme nous l’avons appris dans notre étude, à saveur de bonbons », a déclaré le professeur Joseph Allen, principal auteur de l’étude.

4. La nicotine demeure dangereuse, peu importe comment elle est consommée

Bien que les cigarettes électroniques n’aient pas toujours la même concentration de nicotine que les cigarettes traditionnelles, la nicotine demeure une substance dangereuse et addictive. Comme l’indique une étude publiée dans l’Indian Journal of Medicine and Paediatric Oncology, « la nicotine présente plusieurs dangers pour la santé, [y compris] un risque accru de troubles cardiovasculaires, respiratoires et gastro-intestinaux ».

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Au-delà des effets négatifs bien documentés de la nicotine sur l’organisme, elle crée une forte dépendance, que ce soit dans les cigarettes ou cigarettes électroniques. « C’est une chose si vous passez de la cigarette à la vapeur. C’est une autre chose de commencer à consommer la nicotine avec le vapotage », a noté le Dr Michael Blaha, directeur de la recherche clinique au centre de prévention des maladies du coeur Johns Hopkins Cicérone (Johns Hopkins Ciccarone Center for the Prevention of Heart Disease), sur le site web du centre. Le Dr Blaha a également indiqué que chez les adolescents, le vapotage « conduit souvent à l’utilisation de produits du tabac traditionnels ».

5. Le vapotage sans nicotine demeure nocif pour les poumons

Alors que de nombreuses personnes pourraient penser qu’il est possible d’éviter la plupart des effets nocifs des cigarettes électroniques en utilisant des cartouches aromatisées qui ne contiennent pas de nicotine, une étude de 2019 dans la revue Radiology suggère le contraire. L’étude a révélé que « l’inhalation d’aérosols de cigarettes électroniques sans nicotine chez de jeunes non-fumeurs en bonne santé a entraîné une altération transitoire de la réactivité vasculaire et de la fonction endothéliale ». L’endothélium est une fine membrane qui tapisse l’intérieur du cœur et des vaisseaux sanguins, qui semble être affecté par l’utilisation des cigarettes électroniques.

6. Les cigarettes électroniques peuvent contenir des produits chimiques pouvant endommager l’ADN

Des recherches présentées lors de la réunion annuelle 2018 de l’American Chemical Society ont révélé que les échantillons de salive de personnes ayant vapoté contenaient des produits chimiques dangereux comme l’acroléine. Les chercheurs ont constaté que, par rapport aux personnes qui n’avaient pas vapoté, 80 % des utilisateurs de cigarettes électroniques ont été exposés à l’acroléine, un composé pouvant réagir avec l’ADN de manière toxique et potentiellement cancérigène.

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7. Le vapotage peut nuire aux fonctions cérébrales

Une étude publiée en 2019 dans l’European Heart Journal a non seulement confirmé que l’utilisation de la cigarette électronique endommage les fonctions pulmonaires, mais qu’elle pourrait également être liée à des lésions cérébrales. L’étude a démontré que « l’exposition aiguë à la vapeur de cigarette électronique provoque un dysfonctionnement endothélial chez les fumeurs chroniques, induit une inflammation et un stress oxydatif dans les tissus vasculaires et cérébraux, et augmente la pression sanguine chez les animaux de laboratoire ».

8. Le vapotage crée une dépendance

Comme la plupart des produits de vapotage contiennent un peu de nicotine, ils continuent de créer une habitude physiologique chez les vapoteurs. Comme l’a expliqué le Dr Lawrence Weinstein, médecin en chef des centres américains de lutte contre les dépendances, « l’inhalation de nicotine augmente la production de dopamine, quel que soit le dispositif utilisé ». Le Dr Weinstein a souligné que « les hauts et les bas des niveaux de dopamine sont ce qui motive un individu à fumer ».

Par ailleurs, le corps des jeunes est plus sensible à la nicotine, entraînant une lutte beaucoup plus longue et plus difficile pour vaincre la dépendance à cette substance. « L’âge de l’exposition à la nicotine est un déterminant essentiel de la dépendance et de la capacité à cesser de la consommer », a déclaré le Dr Weinstein. Compte tenu de toutes ces informations, le 2 janvier 2020, l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (Food and Drug Administration – FDA) a annoncé des sanctions contre les entreprises qui continuent à vendre des « cigarettes électroniques à base de cartouches aromatisées non autorisées », selon un communiqué.

La course est lancée pour prévenir les jeunes de tomber dans ce piège avant qu’il ne soit trop tard.

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