Il faudra « des décennies » pour reconstruire Notre-Dame de Paris

16 avril 2019 Mis à jour: 17 avril 2019

Eric Fischer, directeur de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame, qui veille depuis 800 ans sur la Cathédrale de Strasbourg, explique à l’agence France Presse (AFP) comment Notre-Dame de Paris pourra être reconstruite mais aussi les risques que les chantiers font peser sur ces édifices et les leçons à tirer de l’incendie.

AFP : Combien de temps faudra-t-il pour reconstruire Notre-Dame, des années, des décennies ?

Eric Fischer: Je dirais des décennies. Les dégâts vont être considérables. Mais en France, on a cette chance d’avoir pu conserver un réseau d’entreprises du patrimoine extrêmement performantes, petits artisans ou groupes plus importants. Ces entreprises ont en leur sein des ouvriers très qualifiés qui peuvent être meilleurs ouvriers de France ou issus du réseau du compagnonnage. Il y a aussi le rôle déterminant qui sera joué par les architectes en chef des Monuments historiques qui ont la compétence des grandes cathédrales en France et bien évidemment le réseau des directions régionales des affaires culturelles qui ont la charge de l’entretien de ces édifices. Vu l’ampleur présumée des travaux, quasiment l’intégralité des corps de métiers devra intervenir. Il y aura évidemment des travaux sur la pierre, de charpente, de métallerie, les installations techniques, comme l’électricité, l’éclairage, la couverture…

AFP : Pourra-t-on un jour retrouver Notre-Dame dans l’état que l’on connaissait jusqu’à aujourd’hui ?

Eric Fischer : Il faut bien sûr l’espérer. Ce qui sera déterminant, ce sont les sources diverses de documentation, les copies qui permettront aux architectes et aux entreprises de reconstituer au plus près l’état actuel. A Strasbourg, nous disposons, grâce à la Fondation, de collections documentaires parmi les plus riches d’Europe. Et à Paris, on peut souhaiter qu’ils puissent remettre la main sur un maximum de données historiques ou plus récentes recueillies avec des technologies modernes comme des scans 3D ou d’autres techniques de numérisation. Elles ont peut-être permis de préserver l’information relative à la statuaire, aux vitraux ou à d’autres éléments de construction. Ces techniques sont en plein essor. Nous expérimentons la conservation d’éléments sous forme numérique qui faisaient l’objet jusqu’à présent de copies en plâtre. Pour le reste, on sait à mon avis tout faire, retravailler la pierre, refaire les vitraux…

AFP : Après cet événement, va-t-il falloir repenser la conservation des cathédrales ?

Eric Fischer : Attendons les conclusions des enquêtes pour savoir ce qui s’est passé à Paris. Mais tous ces édifices sont protégés par des dispositions de sécurité incendie qui permettent de détecter les débuts d’incendie le plus rapidement possible. Pour les chantiers, le risque existe. C’est pour cela qu’un certain nombre de dispositions réglementaires sont mises en œuvre comme le signalement de toute intervention qui génère un point chaud ou la mise en place de dispositions particulières de surveillance. Plus généralement, passé le choc des premiers jours, cet événement va certainement nous conforter dans la philosophie que développe la Fondation depuis le Moyen Age: la transmission du geste et du savoir. Parce qu’il ne suffit pas de conserver le patrimoine. S’il est détruit, il faut savoir le reconstruire. C’est le véritable enjeu.

D. S avec AFP

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