Les intérêts économiques de la Chine en Asie centrale se heurtent aux intérêts de la Russie

Par Chriss Street
18 novembre 2019 Mis à jour: 18 novembre 2019

L’objectif de la Chine de contrôler économiquement l’Asie centrale va à l’encontre de l’objectif de la Russie de préserver l’Asie centrale en tant que sa zone d’influence et un tampon de sécurité contre les éléments terroristes provenant du Moyen-Orient.

Le nouveau rapport de Geopolitical Futures, intitulé Est-ce que la Chine peut vraiment rivaliser avec la Russie en Asie centrale ?, souligne que le ratio des exportations de biens et de services par rapport au PIB de la Chine est tombé de 36 % en 2006 à 20 % l’an dernier. Par conséquent, suggère le rapport, Pékin essaie d’exporter sa production manufacturière excédentaire vers l’Asie centrale en sécurisant, en même temps, son approvisionnement en ressources naturelles nécessaires pour son économie.

Cependant, l’expansion de la Chine rivalise avec le besoin de la Russie de maintenir son influence dans les États post-soviétiques d’Asie centrale – tels que le Tadjikistan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Turkménistan. En particulier, Moscou considère cette région comme une zone tampon séparant la Russie des éléments instables et terroristes du Moyen-Orient qui tentent de se propager vers le nord, à travers l’Asie centrale.

La Russie a des liens historiques avec la région et fournit une assistance financière qui répond aux intérêts stratégiques russes plutôt qu’aux gains économiques. Pendant près de trois décennies, la Russie et les pays d’Asie centrale ont participé à l’Union économique eurasienne de libre-échange.

Bien que le produit intérieur brut (PIB) de la Russie ait chuté de 2 300 milliards dollars en 2013 à 1 300 milliards dollars en 2016 en raison de la chute des prix du pétrole et des sanctions occidentales imposées à la Russie à la suite de son annexion de la Crimée en 2014, Moscou a annulé 900 millions dollars de dette de l’Ouzbékistan en 2016 et 240 millions dollars de dette du Kirghizistan en 2017.

Comme la Russie restait aux prises avec des difficultés financières, l’Asie centrale est devenue la plus importante destination du financement des marchés en développement dans le cadre de l’initiative chinoise « Belt and Road Initiative – BRI » (initiative ceinture et route), souvent qualifiée de « nouvelle route de la soie » – un titanesque programme d’investissement prévoyant la création d’une immense « ceinture » terrestre par rail et route en Asie et en Europe, doublée d’une « route » maritime, permettant à la Chine de se relier aux marchés d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine.

Les entreprises chinoises produisent déjà environ 20 % du pétrole du Kazakhstan. Plus de 80 % des gisements d’or du Tadjikistan sont exploités par des sociétés détenues en partie par des Chinois, tandis que plus de 700 sociétés ouzbèkes sont financées par des prêts bancaires chinois.

Le plus gros investissement de la Chine dans la région est le projet de 8 milliards de dollars prévoyant le développement du gisement de gaz de Galkynych au Turkménistan et du pipeline menant à la Chine à travers l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kirghizistan. La Chine représente désormais environ 55 % du commerce total de l’Asie centrale, contre moins de 10 % en 2008.

Geopolitical Futures avertit que « les pays d’Asie centrale pourraient tomber dans les soi-disant pièges de la dette » à cause d’un endettement excessif. La Chine détient déjà 3,4 milliards de dollars de la dette de l’Ouzbékistan (21 % de la dette extérieure de l’État), 2,9 milliards de dollars de la dette du Tadjikistan (48 % de sa dette extérieure) et 1,7 milliard de dollars de la dette du Kazakhstan (42,5 % de sa dette extérieure). Le fardeau économique est si lourd pour les pays de la région que le Tadjikistan a accepté de louer 1 % de son territoire à la Chine en 2011, et le Turkménistan vend du gaz naturel à la Chine à un tiers des tarifs du marché.

En 1992, les pays d’Asie centrale ont adhéré à la « Convention du Traité de sécurité collective » avec la Russie, qui en faisait le principal garant de leur sécurité. Bien que l’Ouzbékistan s’en soit retiré par la suite, l’armée russe dispose de bases et d’installations militaires au Tadjikistan et d’une base aérienne au Kirghizistan et a fait don, en forme de véhicules blindés de reconnaissance et de patrouille BRDM-2M, d’une station radar et d’un système de missiles anti-aériens S-300 Favorit. L’Ouzbékistan vient de commander des véhicules blindés russes Typhoon, des véhicules de transport de troupes blindés BTR-82A, des véhicules blindés Tiger, une station radar Sopka-2 et envisage de prendre livraison de 12 hélicoptères de transport et de combat Mi-35M.

L’importance de la zone tampon pour la Russie et des relations de sécurité avec elle pour les pays d’Asie centrale a été démontrée il y a quelques jours lorsque des militants de l’État islamique ont attaqué un poste à la frontière tadjik-ouzbek à moins de 30 km au sud-ouest de Douchanbé, capitale du Tadjikistan. Le Comité de la sécurité nationale du Tadjikistan a déclaré que 15 militants islamistes avaient été tués, alors qu’Amaq, le média de l’État islamique, affirme que dix membres des forces de sécurité tadjik ont perdu leurs vies.

Geopolitical Futures souligne qu’après l’imposition des sanctions occidentales, « la Chine est devenue la seule puissance majeure à renforcer ses relations commerciales et économiques bilatérales avec la Russie ». Il est donc peu probable que la Russie affrontera la présence croissante de la Chine en Asie centrale. Cependant, si et lorsque les sanctions occidentales seront enlevées, la Russie pourrait devenir plus agressive envers la Chine afin d’assurer sa domination historique dans la région.

Chriss Street est un expert en macroéconomie, en technologie et en sécurité nationale. Il a été PDG de plusieurs entreprises et est un écrivain actif avec plus de 1 500 publications. Il donne aussi régulièrement des conférences sur la stratégie aux étudiants diplômés dans les meilleures universités de la Californie du Sud.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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