Irène Frachon : «Pour la mémoire des victimes »

6 décembre 2016 Mis à jour: 6 décembre 2016

Pneumologue au CHU de Brest, ses recherches ont permis de découvrir la toxicité du Médiator.

Avec le film La fille de Brest, votre affaire ressurgit et va être dévoilée au grand public grâce au cinéma.

Lors de la découverte du drame du Médiator, je pensais courir un 100 mètres. En fait je cours un marathon face aux laboratoires Servier. Actuellement, environ 2 700 victimes ont été reconnues en expertise, ce qui ne représente que la face émergée d’un iceberg, puisque les dégâts ont commencé dès 1976, année de commercialisation du Mediator.

Comment se déroule le combat pour la reconnaissance de la faute des laboratoires Servier ?

Tout d’abord, Servier a eu – et garde – un comportement délinquant soutenu par de nombreuses complicités au sein du corps médical français depuis le début de l’affaire. Même des membres de l’Académie de médecine n’ont pris aucune distance vis-à-vis de ce laboratoire. Servier défie l’État, les institutions judiciaires et refuse toute reconnaissance envers les victimes. Il a fallu légiférer plusieurs fois pour déjouer les tentatives d’arnaque de Servier et de ses avocats auprès des victimes et pour que le processus d’indemnisation fonctionne à peu près.

Un exemple…?

Il me revient en mémoire une mère de famille de 51 ans qui a pris du Médiator. Prise avérée dans la durée. Elle meurt en avril 2009 et l’autopsie démontre qu’elle souffrait d’une valvulopathie typique et gravissime liée au Mediator. Ses enfants demandent réparation. Les avocats de Servier contestent en prétendant que le rôle du Mediator n’est qu’une hypothèse. C’est odieux alors qu’au civil il est déjà établi que le Mediator provoque ce type d’atteinte et que Servier ne pouvait l’ignorer. Le procès pénal pourrait se tenir en 2018. Enfin on l’espère.

Comment arrivez-vous à surmonter tout ce stress ?

Mon éducation protestante me donne des repères et m’apprend à rester sereine, à me préoccuper d’abord de mon prochain. Mais j’espère bien que sans cela j’aurais fait la même chose.

Aujourd’hui, quelle est votre implication dans l’affaire du Médiator ?

Souvent, on me demande pourquoi je continue alors que les personnes imaginent que l’affaire est terminée. Alors que tant que des victimes ne sont toujours pas reconnues, ni indemnisées correctement, il faut poursuivre. Par ailleurs, malgré la loi Bertrand qui a renforcé la surveillance des médicaments et la transparence dans le monde de la santé, les gens ont perdu confiance. Mais les mentalités évoluent, certains experts ont fait amende honorable vis-à-vis des errements du passé. Avec ce film, on peut espérer combattre le déni de Servier, déni qui est insupportable aux victimes. C’est important d’agir pour leur mémoire.

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