James Rickards : « La prochaine crise sera plus sévère que la précédente »

4 décembre 2016 Mis à jour: 7 décembre 2016

James Rickards a prévu des changements majeurs sur les marchés financiers et sa dernière prédiction est sa plus importante. Avocat, gérant de portefeuille, conseiller gouvernemental et conférencier, Rickards a prévu des changements tels que la dévaluation compétitive des monnaies, la hausse d’or et le plan de remplacement du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale, comme écrit dans ses livres devenus des « best-sellers » : « La Guerre des monnaies », « La Mort de la monnaie » et « Le nouveau plaidoyer pour l’or ».

Epoch Times a interviewé James Rickards au sujet de son nouveau livre « En route vers l’effondrement : le plan secret des élites mondiales pour le prochain crash financier », de l’incapacité des banques centrales d’arrêter la prochaine crise financière, et de la possibilité d’un gel total des marchés financiers.

Epoch Times: Pourquoi la prochaine crise sera-t-elle plus importante que la précédente?

James Rickards : Pour l’analyser, je me base sur les deux crises antérieures : la crise du fond spéculatif Long Term Capital Management (LTCM) en 1998 et la crise bancaire en 2008.

En 1998, j’étais conseiller général pour LTCM, et leur négociateur principal durant leur «bail-in» (renflouement) par la Réserve Fédérale. Nous pourrions voir que nous étions à quelque heures près de fermeture des marchés financiers dans le monde – ce n’est pas une exagération.

Les marchés ne se sont finalement pas effondrés, mais ce n’était pas loin. En 2008, c’était la même chose – nous étions à quelques jours de l’écroulement en dominos de chaque banques dans le monde. Bear Stearns s’est effondré en mars 2008. Ensuite, Fannie Mae et le Mac de Freddie Mac (deux géants du crédit hypothécaires américains au bord de la faillite) ont été sauvés par le gouvernement fédéral début septembre et Lehman Brothers a fait faillite plus tard en septembre de la même année.

Ils tombaient comme des dominos et toutes les banques auraient pu tomber : Morgan Stanley, Goldman Sachs, Bank of America et JPMorgan Chase.

Mais alors la Réserve fédérale a tronqué le processus.

Ils ont laissé tomber un mur d’acier entre les dominos afin d’empêcher le suivant de s’effondrer. Mais ce ne fut pas une opération gratuite.

Ça ressemble à l’arrêt d’un tremblement de terre en plein milieu en l’empêchant d’aller à son terme; cela ne résout vraiment rien. Un tremblement de terre n’est qu’une libération d’énergie. Si cette énergie est seulement mise en réserve, ce sera pire au prochain tremblement de terre.

Pour les marchés financiers, c’est la même chose. Chaque crise est plus forte que la précédente et chaque sauvetage plus important que le précédent. Ainsi 2008 était plus mauvais que 1998, et la prochaine crise, qu’elle soit en 2018 ou plus tôt, sera plus grande et plus sévère que les précédentes.

James Rickards, auteur à succès, explique dans son livre « En route vers l’effondrement »  que les banques centrales sont à sec, ce qui est une quasi-garantie que la prochaine crise financière sera plus grave que n’importe quel autre crise dans le passé. (Avec l’aimable autorisation de James Rickards)

Les banques centrales sont « à sec »

Epoch Times: Vous dites que les banques centrales ne seront plus capables de résoudre la prochaine crise ?

M. Rickards : Les banques centrales ne pourront pas l’arrêter. En 1998, Wall Street a soutenu financièrement un fonds spéculatif ; en 2008, les banques centrales ont soutenu financièrement Wall Street. Mais en 2018 ou plus tôt, qui va renflouer les banques centrales ?

Les banques centrales sont à sec. L’effet de levier de la Réserve fédérale est de 113. En cas de coup dur, elle peut être techniquement insolvable, si l’on prend pour base les prix de marché. Si l’on regarde le bilan de la Réserve fédérale en fonction du prix de marché, elle était parfois insolvable, son passif était plus grand que son actif et son capital aurait pu être anéanti.

Je crois qu’il y a une frontière visible de confiance que l’on dépasse. Vous ne savez pas où elle est jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Vous découvrez alors le chemin difficile qui vous a amené vers la destruction de cette confiance en votre argent et qui vous empêche de le récupérer.

Le seul bilan sain, la seule entité qui peut tirer de l’argent comme par magie, est le Fonds monétaire international (FMI). C’est la banque centrale du monde. Il peut imprimer de l’argent au niveau mondial via les Droits de tirage spéciaux (DTS ou SDR– Special Drawing Rights), afin de fournir les liquidités au système.

(amabilité de James Rickards)
(amabilité de James Rickards)

Epoch Times: Sans fermer les banques et les marchés financiers ?

M. Rickards : Cela va prendre un certain temps au FMI, que j’estime au minimum entre trois et six mois, pour émettre les DTS et sortir l’argent.

En attendant, la panique commencera et les autorités nationales travailleront ensemble pour fermer le système. Ils vont se retrouver dans le besoin de fermer des banques; les fonds monétaires vont devoir suspendre des rachats ; et les bourses seront fermées. On ne permettra pas aux gens d’obtenir leur argent pendant au moins quelque temps, jusqu’à ce qu’une nouvelle monnaie soit créée.

Donc ce sera plus sévère, plus spectaculaire, plus grand. Les gens vont perdre beaucoup et souffrir plus. Tout ce que j’essaie de faire est d’expliquer cette dynamique dans mon nouveau livre « En route vers l’effondrement » et de donner un avertissement aux gens, ainsi que quelques options pour préserver leur richesse.

J’avertis les gens qu’ils ne vont pas récupérer leur argent quand ils voudront mais à un certain moment, [les autorités] inventeront une solution de DTS et elles rouvriront progressivement les échanges. Cela a dit, le dollar existera toujours; nous aurons toujours des dollars, mais ils ressembleront à une monnaie locale si vous voulez, comme le peso mexicain, ou la lire turque, ou une autre monnaie locale.

Le plan global

Epoch Times: Vous dites aussi que les élites mondiales, y compris le FMI, souhaiteraient que les DTS soit la monnaie de réserve internationale avec ou sans crise. Pourquoi ?

M. Rickards : Nous avons eu quelques points de repère récemment quant aux DTS. Le 1er octobre, le yuan chinois a été inclus dans le panier de devises du DTS.

Il n’est pas encore prêt d’être une monnaie de réserve, mais elles ont contourné le règlement pour des raisons politiques. Elles peuvent voir venir la crise ; elles savent qu’elles devront renflouer le monde et elles auront besoin du vote de la Chine.

Il est impossible de faire quelque chose comme ça sans approbation de la Chine. La Chine pourrait dire : « Pourquoi devrions-nous approuver quelque chose comme ça si nous ne faisons pas partie du DTS ? » Donc elles ont inclus le yuan dans le panier.

En juillet, le FMI a publié un document technique appelant à l’utilisation des DTS pour le besoin du marché. On a encouragé le FMI à la création d’un marché privé de DTS. Alors la Banque mondiale a émis 2.8 milliards de dollars d’obligations libellées en DTS en septembre, et une autre émission obligataire est en préparation par Standard Chartered Bank. C’est important, car si les pays utilisent les DTS, ils auront besoin d’actifs pour investir. L’autre jour, le FMI a fait un appel à un groupe d’experts et d’universitaires pour former un groupe de travail sur l’expansion du marché des DTS.

Donc toutes ces choses sont en cours et ça peut prendre 10 ou 15 ans pour faire aboutir le process. Mais je m’attends à ce que la crise se produise avant que le plan pour les DTS ne soit entièrement réalisé.

Donc ils devront émettre les DTS en urgence afin de d’apporter des liquidités au monde entier et tout ce qu’ils imaginent se fera en accéléré sur une période plus courte et le système de référence du DTS sera instauré avant que nous ne le sachions. Cela impliquera un prix du pétrole en DTS et le règlement des contrats pétroliers en DTS.

Epoch Times: Que peuvent faire les gens pour se protéger ?

M. Rickards : Je pense que l’or gagnera d’une façon ou d’une autre. Il n’y a pas de banque centrale dans le monde qui souhaite revenir à un étalon-or, mais les banques peuvent n’avoir aucun choix. Elles peuvent devoir revenir à un étalon-or pour rétablir la confiance.

L’autre scénario pourrait être l’instauration des DTS comme nouvelle monnaie de réserve internationale et la relance de l’inflation ce qui fera monter le prix de l’or. Si le DTS fonctionne, l’or montera à cause de l’inflation. Et si le DTS échoue et que l’on se tourne vers l’or pour rétablir la confiance, il montera pour soutenir la masse monétaire.

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