Jaroslaw Kaczynski, le patron sans titre de la Pologne traditionnelle

Par Epochtimes.fr avec AFP
13 octobre 2019 Mis à jour: 13 octobre 2019

Jaroslaw Kaczynski, 70 ans, petite taille mais sens politique hors du commun, leader de facto de la Pologne depuis 2015, espère obtenir dimanche un nouveau mandat de quatre ans pour réaliser sa vision du pays qu’il veut catholique, conservateur, volontiers eurosceptique, et généreux à l’égard des couches démunies, la base de son pouvoir.

Le parti Droit et Justice (PiS) qu’il préside est favori des législatives de dimanche et pourrait rester au pouvoir, selon les derniers sondages. Adulé par ses troupes qui voient en lui un leader hors pair ayant assuré le retour au pouvoir de la droite catholique et un défenseur des intérêts et de l’identité nationale de la Pologne, il est craint par ses adversaires, qui l’accusent de conduire le pays vers un régime autoritaire, de l’éloigner de l’Union européenne, et de concentrer tout le pouvoir entre ses mains.

Prendre cette fois-ci les rênes du pays

Si M. Kaczynski reste simple député, tout en gardant le contrôle réel du pays, il pourrait selon certains observateurs prendre cette fois-ci les rênes du pays, remplaçant l’ancien banquier Mateusz Morawiecki, Premier ministre depuis deux ans.

Lors de la campagne, il a promis de poursuivre les réformes et le programme social qui lui ont valu la fidélité des électeurs. Dont la très populaire allocation dite « 500+ » (500 zlotys soit 116 euros) par mois et par enfant, l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes, ou encore un 13e mois de pension pour les retraités.

Lutte contre la corruption et les survivances du communisme

Il s’est ainsi engagé à augmenter considérablement le salaire minimum, et à poursuivre d’autres réformes, dont celles de la justice, qu’il présente comme la lutte contre la corruption et les survivances du communisme dans l’appareil judiciaire.

Mais ces réformes ont soulevé un tollé de l’opposition libérale, tandis que la Commission européenne, préoccupée par l’influence du pouvoir politique sur la justice, a lancé contre la Pologne des procédures inédites.

Attaché pour une « Europe des nations »

S’il ne veut pas soulever la question de l’avortement,  déjà très fortement limité,  il fustige « l’idéologie LGBT » (lesbiennes, gays, bisexuels et trans-genre), une menace, à ses yeux, pour la famille traditionnelle, voire pour la nation polonaise.

Eurosceptique, M. Kaczynski se dit attaché à la place de la Pologne dans l’UE, mais se prononce pour une « Europe des nations » qui ne laisse pas trop de compétences à Bruxelles.

Le fait d’être jumeau lui a valu, petit garçon mignon et doué comme son frère, de jouer avec lui, à douze ans, dans un film pour enfants très populaire.  Grand ami des chats, ayant habité avec sa mère jusqu’à la mort de celle-ci en 2013, il reste célibataire.

Juriste, anticommuniste

Juriste, anticommuniste, il rejoint en 1976 le Comité de défense des ouvriers (KOR, dissident), avant de devenir conseiller du mouvement syndical Solidarité. Sénateur, puis député, il travaille pour Lech Walesa, devenu président de la République en 1990. Mais ce dernier n’aime pas qu’on lui dicte ses décisions et se sépare de lui.

C’est son frère Lech qui renverse la tendance en 2003 en se faisant élire maire de Varsovie, puis président de la République en octobre 2005. Jaroslaw est alors déjà Premier ministre, mais c’est grâce à une alliance inconfortable avec des populistes paysans et l’extrême droite. Gêné par ses alliés, des problèmes de la santé publique et des tensions avec l’UE, il cède le pouvoir aux libéraux de Donald Tusk en 2007.

Hostilité à  Donald Tusk

Il vouera à ce dernier une inimitié tenace, renforcée par la responsabilité qu’il lui attribue dans la catastrophe aérienne de Smolensk où son frère avait trouvé la mort en 2010, puis dans la gestion de l’enquête qui a suivi. S’y ajoute l’échec cuisant de Varsovie à empêcher la réélection de Tusk à la présidence du Conseil européen en 2017.

Au printemps 2018, Kaczynski passe 37 jours à l’hôpital pour traiter un problème à un genou. Mais il a repris ses activités et, s’il reste généralement confiné au siège de son parti rue Nowogrodzka à Varsovie,  la vraie direction du pays, selon ses adversaires,  il participe à plusieurs rassemblements électoraux en vue des législatives de 2019, prononçant des discours, fermes pour ses amis, durs et menaçants pour l’opposition.

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