Jeunes, novices, les futurs députés ukrainiens espèrent « changer ce qui va mal »

Par afp
19 juillet 2019 Mis à jour: 19 juillet 2019

A 33 ans, Kira Roudyk est une entrepreneuse prospère, employant un millier de personnes en Ukraine. Elle est aussi en lice pour devenir députée, exemple de la vague inédite de nouveaux visages devant entrer au Parlement après les législatives de dimanche.

Dirigeante de la branche locale de la startup américaine de sécurité Ring, acquise l’année dernière par Amazon pour plus d’un milliard de dollars, Kira Roudyk est troisième sur la liste du parti pro-occidental Golos (Voix). Lancée en mai par la superstar du rock ukrainien Sviatoslav Vakartchouk, la formation devrait, selon les sondages, rejoindre le Parlement.

« J’ai l’esprit d’entrepreneuse et quand Sviatoslav m’a dit qu’on avait des chances de pouvoir changer les choses qui vont mal, je me suis dit: pourquoi pas? », explique à l’AFP cette jeune femme énergique. Convoquées par le président Volodymyr Zelensky, les législatives de dimanche annoncent une nouvelle ère dans la politique de cette ex-république soviétique, dominée jusqu’à présent par des hommes et femmes politiques ayant grandi en URSS.

50% et 70% des députés seront néophytes

« Ce sera un tournant fondamental », résume la sociologue Iryna Bekechkina, directrice de la fondation Initiatives démocratiques, selon laquelle entre 50% et 70% des députés seront néophytes.  Fatigués de la guerre contre les séparatistes pro-russes dans l’Est, qui a fait près de 13.000 morts en cinq ans, de la corruption endémique et des difficultés économiques, les Ukrainiens ont opté pour le changement en élisant à la présidence en avril M. Zelensky, un comédien sans expérience politique.

Les législatives devraient suivre le même mouvement : sur les cinq partis ayant les meilleurs chances d’entrer au Parlement, deux d’entre eux -le parti présidentiel Serviteur du peuple et Golos- sont récemment créés. Regorgeant de candidats jeunes et novices, les deux formations sont allées jusqu’à bannir les députés sortant de leurs listes électorales. L’âge moyen des candidats y est de 37 ans.

Sur la moitié des sièges, le parti présidentiel pourrait obtenir près de la moitié des suffrages, suivi par trois formations plus anciennes : les pro-russes de Plateforme d’opposition (jusqu’à 14%), le parti de l’ex-président Petro Porochenko (jusqu’à 9%) et celui de l’ex-Première ministre Ioulia Timochenko (environ 7%). Golos affiche entre 4 et 9%.

Numéro 29 du parti présidentiel, Iryna Verechtchouk, ex-maire d’une petite ville de l’Ouest, préside aujourd’hui un centre analytique à Kiev. Elle brûle du désir d’entrer dans la « grande politique » et a soumise d’elle-même sa candidature lorsque cette formation a invité les désireux à le faire. « Je l’ai proposée lors d’un talk-show » à un responsable du parti, après quoi « on m’a invitée dans le quartier général pour un entretien et notre coopération à commencé », se souvient avec enthousiasme cette femme de 39 ans.

Les analystes craignent un manque de compétence chez les nouveaux députés

Si les analystes saluent avec prudence le renouvellement du Parlement, ils craignent un manque de compétence chez les nouveaux députés, inexpérimentés, et un possible « désordre ».  « Le travail du Parlement est d’adopter les lois et il faut s’y connaître. Il est donc très important de savoir si les députés vont collaborer avec les experts. Pour l’instant ce n’est pas clair« , note Mme Bekechkina.

Golos a organisé une formation destinée à ses candidats : « Deux à trois cours par semaine sur la politique budgétaire, la sécurité de l’information, les projets de lois », énumère la porte-parole Alissa Malitska. Un autre risque est celui de la corruption dans un pays où le vote favorable d’un député à une loi peut se monnayer à plusieurs dizaines de milliers de dollars, selon les médias.

« Je suis réaliste et je ne crois pas que tous mes collègues puissent résister à toutes les tentations », admet Mme Verechtchouk. Pour le député sortant Egor Sobolev, « le plus grand risque pour les novices, c’est de se laisser manipuler » par ceux qui cherchent à influencer leur vote via des « informations incomplètes, l’altération des faits, la falsification de l’avis des experts ».

« Préparez-vous à subir la pression la plus forte de votre vie! », lance-t-il sur sa page Facebook à destination des futurs députés. « Vérifiez tout » et « ne votez que si vous êtes sûrs qu’il s’agit d’un pas dans la bonne direction ».

E.T avec AFP

RECOMMANDÉ