La réelle existence ou l’identité d’une journaliste française auprès d’un média d’État chinois est mise en doute

Par Nicole Hao
8 avril 2021
Mis à jour: 8 avril 2021

L’authenticité d’une soi-disant journaliste française a été remise en question après la publication, sur des médias d’État chinois, d’articles faisant la promotion de la propagande du PCC au sujet du Xinjiang ; un journal français a déclaré que la femme existe bel et bien, mais qu’il pourrait s’agir d’une personne qui fait aveuglément la promotion du régime.

Le site Web francophone de vérification des faits RTL a annoncé le 5 avril que « Laurène Beaumond n’existe pas, du moins pas sous ce nom », après avoir enquêté sur des articles publiés par deux médias d’État chinois ainsi que sur des articles de deux journaux indépendants français.

Personne réelle ou pseudonyme ?

Laurène Beaumond est apparue pour la première fois en tant que chroniqueuse sur le site Internet de la chaîne publique chinoise CGTN le 28 mars, où elle était décrite comme une « journaliste indépendante basée en France, titulaire d’une double licence en histoire de l’art et archéologie de l’université Paris-Sorbonne (également connue sous le nom de Paris-IV) et d’un master en journalisme. […] [Elle] a travaillé dans différentes rédactions à Paris ».

Mme Beaumond a été à nouveau révélée à la radio d’État chinoise China National Radio le 31 mars, où elle a été présentée comme une « spécialiste de la Chine, passionnée par la littérature et la culture pop asiatiques ».

Le journal français Le Monde a rapporté le 31 mars qu’il n’y a aucune journaliste enregistrée sous le nom de « Laurène Beaumond » en France, et qu’aucun média à Paris n’a engagé une personne portant ce nom auparavant. En France, tous les journalistes professionnels doivent s’inscrire à la Commission de la carte.

Radio France Internationale a également indiqué qu’elle n’a pu trouver aucune journaliste française nommée Laurène Beaumond.

La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a affirmé lors de sa conférence de presse du 1er avril que la journaliste est réelle et qu’elle a la nationalité française. Elle a refusé de répondre à la question de savoir si le nom est un alias.

Un cimetière traditionnel ouïghour a été détruit à Shayar, dans la région chinoise du Xinjiang, le 12 septembre 2019. (Hector Retamal/AFP via Getty Images)

Le 2 avril, le journal français Le Figaro a indiqué avoir retrouvé la journaliste, une femme d’une quarantaine d’années qui vit dans la Sarthe, dans l’ouest de la France. « Laurène Beaumond est un pseudonyme. »

Le journal précise que la femme a étudié à Paris-IV et qu’elle a fait des stages dans des journaux français avant de partir en Chine. La femme a déclaré qu’elle n’avait pas vérifié les faits lorsqu’elle a écrit les articles pour la CGTN.

Le Figaro n’a pas révélé le vrai nom de la femme. Ils ont dit qu’elle a travaillé à Pékin de 2011 à 2017 en tant que « traductrice, puis présentatrice sur CCTV. Comme de nombreux étrangers, elle travaillait pour la télévision d’État sous le contrôle strict des censeurs ».

CCTV est un diffuseur chinois contrôlé par l’État, et dispose d’un réseau de 50 chaînes diffusant en six langues. En décembre 2016, CCTV a séparé ses services en langues étrangères au sein de CGTN. CCTV et CGTN font toutes deux partie du système de propagande du PCC.

Selon Le Figaro, le mari de la femme est originaire d’Urumqi, la capitale du Xinjiang, ce qui explique qu’elle se soit rendue plusieurs fois dans cette ville et ait visité certains sites touristiques de la région entre 2011 et 2016.

La femme a peur d’être attaquée, mais a déclaré qu’elle ne cesserait pas sa coopération avec les médias d’État chinois, et qu’elle n’utiliserait plus le nom de Beaumond, selon Le Figaro.

Le Figaro explique que le système de propagande du PCC a une tactique, dans laquelle le régime présente certains occidentaux comme des journalistes professionnels ou des chercheurs célèbres, et utilise leurs « témoignages » dans les médias pour contrer les accusations et les critiques des pays occidentaux.

Cette femme est l’un des Occidentaux visés, selon le reportage.

Une femme ouïghoure nettoie un chemin dans une section restaurée de la vieille ville de Kashgar, dans la région du Xinjiang (nord-ouest de la Chine), le 4 juin 2019. (Greg Baker/AFP via Getty Images)

Parler au nom du PCC

L’article de Laurène Beaumond sur la CGTN francophone affirmait qu’il n’y avait pas de camps de concentration, pas de stérilisation, pas de travail forcé, pas d’effacement culturel, ni de génocide contre les Ouïghours au Xinjiang.

Elle a même tenté de créer une scène harmonieuse au Xinjiang en déclarant : « J’ai vu des Han[ethnie native chinoise] manger dans des restaurants ouïghours et vice versa. »

En fait, cette description pourrait révéler l’une des méthodes malveillantes du PCC.

Les Ouïghours sont des musulmans pour lesquels manger du porc et boire de l’alcool sont strictement interdits. En général, les musulmans ne mangent pas dans les restaurants Han qui servent du porc et de l’alcool en Chine, surtout lorsqu’ils se trouvent dans la province du Xinjiang et du Ningxia où ils peuvent facilement trouver un restaurant Halal.

Le régime chinois a forcé les Ouïghours à manger des spécialités Han, de la poitrine de porc braisé et des pieds de porc, dans des restaurants Han au Xinjiang, comme méthode d’éradication des coutumes et traditions ouïghoures, a rapporté la revue en ligne Bitter Winter le 14 avril 2020.

Les autres affirmations de la rédactrice française pourraient ne pas être la vérité non plus.

En novembre 2019, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) a publié l’enquête basée sur un recueil de documents « China Cables », après que le New York Times a révélé une série de documents du gouvernement chinois, tous deux montrant que le Parti communiste chinois avait détenu des millions de Ouïghours et d’autres minorités du Xinjiang dans des camps de concentration.

Ces dernières années, un grand nombre de Ouïghours ont témoigné à l’étranger des tortures qu’ils ont subies au Xinjiang, notamment la stérilisation forcée, le travail forcé, l’impossibilité de suivre les règles et coutumes religieuses et la détention dans des camps de concentration.

Une femme ouïghoure attend avec des enfants dans une rue de Kashgar, dans la région du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, le 4 juin 2019. (Greg Baker/AFP via Getty Images)

D’autres groupes religieux en Chine subissent aussi des persécutions.

Un nombre très important mais inconnu de pratiquants de Falun Gong ont été tués par la pratique du prélèvement forcé d’organes à vif, que certains chercheurs ont qualifiée de « génocide froid ».

Dans le document Human Freedom Index 2020 que l’Institut Cato, basé aux États-Unis, et l’Institut Fraser, basé au Canada, ont co-publié en mars, la liberté en Chine était classée à la 129e place sur un total de 162 pays (pdf).

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