La stagnation de l’Initiative ceinture et route tant vantée par la Chine

L'endettement des pays clients s'accentue dangereusement
Par Milton Ezrati
9 novembre 2021
Mis à jour: 9 novembre 2021

Il est sans doute difficile pour la classe dirigeante chinoise de voir le monde des finances se dérober. Depuis plusieurs décennies, elle prospère au sommet d’une économie à croissance rapide, bénéficie de solides ressources nationales, et les récents revers ne manquent probablement pas de la surprendre.

En premier lieu, le promoteur immobilier Evergrande qui ne peut honorer ses obligations financières. À l’évidence, le groupe ne survivra qu’avec le soutien du régime. De nombreux indices non négligeables signalent que le cas de la compagnie n’est pas isolé et le système financier chinois est désormais fragilisé dans son ensemble. L’Initiative ceinture et route (ICR) rencontre également des difficultés, car rien n’assure que les États clients impliqués avec la Chine s’acquitteront de leurs dettes. Concrètement, la gestion du projet d’infrastructure mondial dépasse les moyens du régime.

L’ICR devait renforcer l’influence et la stature de la Chine dans le monde. En proposant des prêts aux pays les plus pauvres pour leur permettre de bénéficier d’une infrastructure fondamentale, Pékin voulait mettre à profit les entreprises chinoises et les déployer dans la construction et gestion des différents chantiers. L’Armée populaire de libération n’a pas manqué de participer à certains projets que la Chine espérait acquérir à terme, misant sur le manque de fonds des États clients pour pouvoir les récupérer légalement.

Selon le ministre chinois des Affaires étrangères, l’ICR constitue « la plus grande plateforme de coopération internationale du monde actuel ». Elle profite certainement à la Chine en renforçant son hégémonie mondiale, son économie, son ascendant commercial et son activité.

Après le lancement de l’ICR en 2013, le nombre de transactions est rapidement monté en flèche. Aujourd’hui, quelque 13 427 projets sont en cours, selon les recherches effectuées par un groupe AidData du College of William and Mary. Près de la moitié d’entre eux sont localisés en Afrique, mais ils s’étendent également à l’Asie de l’Est, l’Asie centrale et au Moyen-Orient. Ces efforts sont soutenus par l’équivalent de 813 milliards de dollars de prêts. Environ 400 de ces projets, évalués à 8,3 milliards de dollars, impliquent l’armée chinoise. S’il semblait, jusque-là, que l’ICR permettrait à la Chine d’atteindre ces ambitions de domination mondiale, se profilent désormais de nombreux obstacles.

D’une part, les pays soutenus par Pékin se dérobent toujours davantage dans le remboursement des dettes. À noter que la Malaisie a été épargnée. Pékin voulant punir le pays d’avoir refusé une offre dans le cadre de l’ICR, l’a privé d’échanges commerciaux. Actuellement, 35 % des projets enregistrent des dépassements de coûts ou des retards, ce qui accroît le montant de la dette. Une dette révélatrice et inquiétante qui représente plus de 10 % du PIB des 42 pays participant à l’ICR. En d’autres termes, bon nombre de ces débiteurs ne payeront pas. La Chine a déjà dû suspendre les paiements de 19 pays africains.

Le dirigeant chinois Xi Jinping et le président du Malawi Arthur Peter Mutharika (2e rangée à droite) ainsi que d’autres dirigeants africains assistent à une séance de photo de groupe lors du Forum sur la coopération sino-africaine à Pékin, le 3 septembre 2018. (How Hwee Young/AFP/Getty Images)

Jusqu’à présent, Pékin a évité toute dépréciation de cette dette de l’ICR, tout comme il élude le surendettement intérieur. Cette dette peut servir ses objectifs politiques, néanmoins (que le régime le reconnaisse ou pas) tous ces fonds investis dans des chantiers insolvables pèsent sur l’économie chinoise. Certes, les dettes de l’ICR sont dues à la Chine et non aux Chinois, (comme dans le cas d’Evergrande et d’entreprises similaires). Toujours est-il que tout cela ne sera pas sans conséquences. Un défaut de paiement, quel qu’en soit l’auteur, sape la confiance de tous dans les accords financiers, et comme l’indique le vieil adage financier : « Si vous devez 10 000 dollars à la banque et que vous ne pouvez pas payer, vous avez un problème ; si vous devez 10 millions de dollars à la banque et que vous ne pouvez pas payer, c’est elle qui a un problème. »

Il n’est donc pas étonnant que Pékin se soit quelque peu retiré dans la promotion de l’ICR. Certains ont attribué sa perte d’enthousiasme à la pandémie, mais sa remise en question est antérieure. C’est en 2019, que Xi Jinping a laissé entendre un changement de cap en annonçant aux chefs d’État partenaires de l’ICR que la Chine mettrait l’accent sur la stabilité et la transparence financières. Sans doute, le montant des emprunts que les bénéficiaires gardaient hors de leurs comptes nationaux l’agaçait déjà : un chiffre avoisinant les 385 milliards de dollars, selon les chercheurs de William et Mary (soit près de la moitié des fonds déployés au total). Ainsi, suite à ce discours, les dépenses en Afrique ont chuté de 30 %. Bien que des données plus récentes ne soient pas encore disponibles, les indicateurs suggèrent que les coupes continuent. Certains en Chine promettent que les fonds circuleront à nouveau librement, mais cela semble hautement improbable.

Finalement, pour des raisons diplomatiques, Pékin est obligé de poursuivre l’ICR, malgré une dette qui s’accumule et les défauts de paiement. À l’évidence, ce fardeau joint à la dette intérieure, représente une leçon de finance au goût amer pour la classe dirigeante chinoise. Malgré l’insouciance apparente du chef d’État, toutes ses défaillances ne tarderont pas à entraîner des répercussions concrètes.

Milton Ezrati est collaborateur de la rédaction pour la revue The National Interest, une filiale du Center for the Study of Human Capital de l’université de Buffalo (SUNY), et économiste en chef de Vested, une société de communication basée à New York. Avant de rejoindre Vested, il a été chef de la stratégie de marché et économiste pour Lord, Abbett & Co. Il écrit également fréquemment pour le City Journal et blogue régulièrement pour Forbes. Son dernier livre s’intitule « Thirty Tomorrows : The Next Three Decades of Globalization, Demographics, and How We Will Live » (Les trois prochaines décennies de mondialisation – démographie et mode de vie).


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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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