La Chine fait face à une pénurie alimentaire alors que les sécheresses, les inondations et les insectes nuisibles ruinent les récoltes

Par Nicole Hao
10 août 2020
Mis à jour: 10 août 2020

Le vice-Premier ministre chinois Hu Chunhua a récemment demandé aux gouverneurs de chaque province de Chine de veiller à ce que les superficies cultivées ne diminuent pas et que leurs rendements ne soient pas réduits cette année.

Lors d’une réunion sur la sécurité alimentaire qui s’est tenue à Pékin le 27 juillet, il a averti que les gouverneurs seraient punis s’ils ne tenaient pas leur promesse, entraînant notamment des licenciements.

Et lorsque le leader chinois Xi Jinping a visité le nord-est de la province de Jilin le 22 juillet, il a déclaré aux autorités locales de considérer la production de céréales comme une priorité.

L’accent mis par les hauts fonctionnaires sur l’approvisionnement alimentaire a soulevé des questions quant à savoir si la Chine est confrontée à une grave pénurie alimentaire cette année.

Début juillet, le Centre national chinois d’information sur les céréales et les huiles, organe gouvernemental, a publié ses estimations selon lesquelles le déficit d’approvisionnement en maïs pour l’année fiscale 2020-2021 serait de 25 millions de tonnes métriques, soit plus du double des 12 millions de tonnes métriques estimées précédemment.

Le 5 août, le Centre a estimé que la Chine devrait importer 6 millions de tonnes de blé au cours des 12 mois allant de juin 2020 à mai 2021, ce qui représenterait la quantité la plus élevée au cours des 7 dernières années.

Le Centre a déclaré que le blé viendrait probablement de France, de Russie, de Lituanie et du Kazakhstan.

Des agriculteurs travaillent dans les champs à Yangzhou, Jiangsu, Chine, le 6 juin 2018. (VCG/VCG via Getty Images)

Fin janvier, les autorités chinoises ont imposé aux populations de rester chez elles pour éviter la propagation du Covid-19, dont les agriculteurs.

Vers le mois de mars, les restrictions se sont assouplies et la plupart des agriculteurs ont été autorisés à sortir à nouveau.

Mais peu de temps après, des conditions météorologiques extrêmes survenues dans de nombreuses régions de Chine ont entraîné la destruction des récoltes. Depuis début juin, de fortes pluies se sont abattues sur le sud, le centre et l’est du pays. Pendant ce temps, certaines régions du nord-ouest et du nord-est ont souffert de sécheresses.

Des insectes ravageurs tels que les sauterelles et les chenilles légionnaires d’automne ont également envahi les cultures.

Des agriculteurs ont déclaré au journal Epoch Times qu’ils pensaient qu’ils allaient perdre leur récolte cette année. 

Le vice-Premier ministre chinois Hu Chunhua s’exprime lors du séminaire commercial Brésil-Chine à Pékin, en Chine, le 25 octobre 2019. (MADOKA IKEGAMI/POOL/AFP via Getty Images)

Inondations

Les agriculteurs chinois plantent du riz dans 13 provinces, dont le Hunan, le Hubei, le Jiangxi, l’Anhui, le Jiangsu, le Zhejiang, le Sichuan, le Chongqing, le Guizhou, le Guangdong, le Guangxi, le Yunnan et le Fujian. Toutes ces provinces ont été touchées par des inondations aux mois de juin et de juillet.

Les agriculteurs plantent le riz à trois moments différents de l’année. La première saison est plantée fin mars et la récolte a lieu fin juin. La saison intermédiaire est plantée début mai et récoltée fin septembre. La saison tardive est plantée fin juin et récoltée à la mi-octobre. Les inondations survenues aux mois de juin et de juillet ont eu un impact sur les trois saisons de plantation du riz.

M. Li est originaire du comté de Poyang, dans la province de Jiangxi. Le 18 juillet, il a déclaré à l’édition chinoise du journal Epoch Times : « Le riz de la première saison de notre province a été détruit avant la récolte. Le riz de mi-saison a été détruit par les inondations. Maintenant, il est trop tard pour planter le riz de fin de saison. »

En sanglotant au téléphone, M. Chen de la province de Hunan a déclaré que les agriculteurs de sa région n’avaient pas eu de récolte cette année. Lui et les autres villageois sont inquiets de ne pas avoir assez de nourriture à manger, car la région est continuellement inondée.

Le 28 juillet 2020, un terrain de sport situé le long du fleuve Yang-Tsé, a été inondé à Wuhan, dans la province centrale de Hubei, en Chine. (STR/AFP via Getty Images)

Sécheresses

Le blé est principalement planté dans le centre et le nord de la Chine. Les agriculteurs ne récoltent le blé qu’une fois par an, de la fin du mois de mai au début du mois de juin.

La production de blé dans la province du Henan contribue à environ un quart de la production agricole totale de la Chine. Cependant, la sécheresse a détruit les cultures dans les provinces du Henan, de la Mongolie-intérieure, du Gansu, du Xinjiang, du Jilin et d’autres provinces du nord.

La plateforme chinoise privée de vente en gros de céréales et de pétrole CCTIN a visité les zones de production de blé des provinces du Henan, de l’Anhui et du Jiangsu et a rapporté que la qualité du blé de 2020 était pire que celle de 2019, et que la production était de 15 à 30 % inférieure aux années précédentes.

La situation en Mongolie-intérieure, au Gansu et au Xinjiang est pire.

Le 16 juin, l’agence de presse Xinhua a rapporté que 50,7 % des terres de la Mongolie-intérieure ont subi de fortes sécheresses cette année. La région cultive principalement du blé, mais aussi du soja et du maïs. Les cultures et l’herbe sauvage n’ont pas pu pousser, ce qui a eu un impact sur l’élevage local.

Le 3 juin dernier, le journal d’État China News a rapporté que la sécheresse n’avait entraîné pratiquement aucune récolte dans la province du Gansu cette année. « J’ai 50 ans. Je n’avais jamais vu une sécheresse comme cette année », a déclaré un agriculteur de la ville de Yuzhong, dans le Gansu, dans l’article.

Une femme du Xinjiang a partagé une vidéo sur les médias sociaux le 17 juillet, qui montre de grands champs de blé qui se sont asséchés.

« Vous pensez que cette couleur jaune est le blé récolté ? Ils sont tous morts. Nos agriculteurs n’ont pas de récolte du tout cette année », a-t-elle affirmé.

Les médias chinois ont également signalé qu’en raison d’une sécheresse qui dure depuis deux mois, les deux tiers des cultures de maïs dans le nord-est de la province de Liaoning se sont desséchés.

Insectes

Pendant ce temps, les provinces voisines de Jilin et de Heilongjiang ont signalé des invasions de criquets indigènes au mois de juin. Fin juin, une invasion étrangère de criquets a pénétré dans la province chinoise du Yunnan, au sud-ouest, en provenance du Laos, et a continué à se déplacer vers d’autres régions.

Le 27 juillet, le ministère chinois de l’Agriculture et des Affaires rurales a organisé un exercice pour éliminer les criquets dans le Yunnan et a estimé que d’autres criquets continueraient à entrer en Chine depuis le Laos avant la fin du mois d’août.

Les agriculteurs des provinces du sud du Guangxi et du Hunan ont également signalé des invasions de criquets indigènes au mois de juin.

Et la chenille légionnaire d’automne, qui aime se nourrir de maïs, aurait détruit les récoltes dans les provinces de Shandong, Anhui, Jiangsu, Henan et autres au cours du mois de juillet.

Le 18 avril 2018, des chenilles légionnaires d’automne attaquent une récolte de maïs dans un champ de Vihiga, au Kenya. (Simon Maina/AFP/Getty Images)

D’autres signes

Des tendances récentes sur le marché chinois ont également révélé une pénurie alimentaire.

Le principal producteur et fournisseur de produits agricoles transformés de Chine, la société d’État China Agri-Industries Holdings, a annoncé le 3 août que le gouvernement central a récemment mis sur le marché 3,6 millions de tonnes de riz réservé à l’État, qui ont été récoltées entre les années 2014 et 2019.

La Chine dispose d’un système national de réserves de céréales afin de maintenir la sécurité alimentaire, mais la quantité que le pays possède réellement en réserve a été remise en question.

Entre-temps, tous les prix intérieurs des céréales ont augmenté au cours de la première semaine d’août, par rapport à la même période l’année dernière, selon les données publiées par les sociétés Orient Securities et Huatai Securities.

Le prix du soja en particulier a augmenté de 37,83 %, passant de 3 454 ¥ (410 €) par tonne métrique en août 2019 à 4 761 ¥ (578 €) par tonne métrique en août 2020.

Le régime chinois a également effectué récemment des achats records de produits agricoles américains. Le 29 juillet, la Chine a acheté sa plus grosse commande de maïs américain, 1,937 million de tonnes, qui sera livrée au cours de la campagne 2020-21 qui commence le 1er septembre, selon le ministère américain de l’Agriculture (USDA).

Les commandes précédentes du mois de juillet ont également battu des records. Le 14 juillet, l’USDA a indiqué que la Chine avait acheté 1,762 million de tonnes de maïs et 129 000 tonnes de soja.

Le 10 juillet, la Chine a commandé 1,365 million de tonnes de maïs américain, 130 000 tonnes de blé de force roux d’hiver américain et 190 000 tonnes de blé de force roux de printemps américain.

Une agricultrice détient du soja de la récolte 2018 dans sa ferme de Scribber, Nebraska, le 5 mai 2019. (JOHANNES EISELE/AFP via Getty Images)

Qin, un chercheur en agriculture chinois qui n’a donné son nom de famille que parce qu’il n’était pas autorisé à parler aux médias étrangers, a expliqué que les céréales sont utilisées en Chine dans trois domaines principaux, à savoir : les aliments pour la consommation humaine, les aliments pour le bétail et enfin comme matière première pour la fabrication du vin et d’autres produits industriels.

Selon lui, la pénurie actuelle « ne sera pas aussi grave que le fait que les gens n’aient pas de nourriture à manger […] La solution est de ne pas nourrir les animaux et la volaille. Alors, les gens n’ont pas assez de viande à manger », a déclaré M. Qin.

Le saviez-vous ?

Epoch Times est un média indépendant, différent des autres organisations médiatiques. Nous ne sommes influencés par aucun gouvernement, entreprise ou parti politique. Notre objectif est d’apporter à nos lecteurs des informations factuelles et précises, en étant responsables envers notre lectorat. Nous n’avons d’autre intention que celle d’informer nos lecteurs et de les laisser se faire leur propre opinion, en utilisant comme ligne directrice les principes de vérité et de tradition.

RECOMMANDÉ