La criminalité liée aux armes blanches atteint un record au Royaume-Uni, le maire de Londres dénonce l’ «austérité»

Par Tom Ozimek
21 juillet 2019 Mis à jour: 22 juillet 2019

Une épidémie de crimes à l’arme blanche sévit en Angleterre et au pays de Galles, et celle-ci atteint un niveau record.

D’après les nouveaux chiffres publiés par l’Office for National Statistics (ONS), pour l’année se terminant en mars 2019, les  infractions commises à l’arme blanche sont en hausse de 8 %.

Les données rapportent 43 516 infractions enregistrées par la police du Royaume-Uni sur cette période, chacune impliquant un couteau ou autre arme blanche.

En comparaison avec les chiffres de 2014 (année basse sur le nombre d’infractions de ce type depuis le début des enregistrements en 2011), ce nouveau record alarmant représente une augmentation historique de 80 % du nombre de crimes commis au couteau.

Entre-temps, les zones rurales britanniques ont enregistré une augmentation de 50 % du nombre de crimes commis à l’arme blanche, alors qu’au cours des quatre dernières années, la proportion de crimes résolus dans l’ensemble du Royaume-Uni a chuté de moitié.

Les chiffres de mars 2019 montrent que seulement 7,8 % des crimes donnent lieu à une accusation ou à une citation à comparaître, alors que ce chiffre était de 15 % il y a quatre ans.

« Le tableau de la situation est complexe. Les niveaux globaux de criminalité sont restés stables, exceptés pour certains types de crimes », a déclaré Mark Bangs d’ONS, via Sky News, ajoutant qu’il y avait une augmentation des « crimes violents impliquant des couteaux et armes blanches » et « de la fraude et des vols ».

« Nous sommes profondément préoccupés par le nombre croissant d’infractions commises, y compris la violence grave, et nous allons prendre des mesures urgentes », a affirmé Nick Hurd, Ministre de la Sécurité, d’après le Telegraph.

« Le prix humain de l’austérité »

L’augmentation du nombre de crimes commis avec un couteau est plus prononcée à Londres, où il y avait 169 infractions liées à un couteau pour 100 000 habitants.

Et cela ne s’arrête pas là. D’après l’ONS, le nombre de vols qualifiés enregistrés est également disproportionné dans la capitale britannique, représentant 40 % à l’échelle du pays. Londres représente également 16 % de tous les crimes enregistrés en Angleterre et au Pays de Galles.

Sadiq Khan, maire de Londres, a son idée sur les causes de ce triste record d’agressions. D’après lui, il s’agirait là du « prix humain de l’austérité ».

« La triste réalité, c’est qu’aujourd’hui la violence dans nos rues est l’effet secondaire effroyable de l’inégalité croissante et de l’aliénation causées par des années d’austérité et de négligence », a-t-il déclaré.

Khan a déclaré que les données du City Hall pointent un « lien direct » entre la pauvreté et les crimes violents.

Cependant, la réalité pourrait être plus complexe. D’après plusieurs experts étudiant le lien entre la criminalité et les facteurs socio-économiques, ce ne sont pas les niveaux de pauvreté qui alimentent la criminalité, mais les niveaux relatifs de revenu ou de richesse tels que mesurés par le coefficient de Gini.

« Environ 60 articles [universitaires] montrent que l’inégalité accrue a pour résultat très courant une violence accrue, généralement mesurée par le taux d’homicides », explique Richard Wilkinson, auteur de The Spirit Level, selon des propos rapportés par The Guardian.

Martin Daly, professeur émérite de psychologie et de neuroscience à l’université McMaster en Ontario, a récemment déclaré au Guardian que l’inégalité de revenu ou de richesse, telle que mesurée par le coefficient de Gini, prédit l’homicide « mieux que toute autre variable ».

Pour endiguer cette hausse de crimes à l’arme blanche, plusieurs politiciens et experts britanniques réclament de nouvelles méthodes policières, notamment l’augmentation du recours aux procédures d’arrestation et de perquisition. Selon les statistiques du Home Office citées par la BBC, le nombre de demandes de recherche d’individus en vue d’arrestations a considérablement diminué, passant d’environ 1,6 million en 2009-2010 à environ 300 000 en 2017-2018.

Ces pouvoirs permettraient effectivement aux agents de fouiller des personnes s’il existe un risque raisonnable de penser qu’elles détiennent ou portent des armes en vue de commettre un crime. Dans certains cas, la seule conviction d’un officier supérieur sur un risque de violence avéré permettrait ainsi d’entamer une perquisition.

Selon la BBC, la diminution du recours à l’interpellation et à la fouille a en partie été motivée par certaines préoccupations, par exemple l’idée selon laquelle les jeunes hommes noirs seraient victimes de discrimination. Les autres raisons invoquées sont le manque d’efficacité dans la capture des criminels et le gaspillage des ressources policières.

De plus, d’après le média britannique, il existerait des preuves anecdotiques démontrant que la baisse du nombre d’arrestations et de perquisitions encourage en général le port d’armes blanches.

« Une crise continue et sans relâche »

Selon le Telegraph, Javed Khan, directeur général de Barnardo’s, la plus grande association caritative pour enfants du Royaume-Uni, a déclaré : « Il est inacceptable que la crise des crimes commis au couteau se poursuive sans relâche avec un nombre record d’infractions. »

« Les enfants ne naissent pas avec un couteau dans les mains, la criminalité au couteau est le symptôme d’un problème beaucoup plus grave. Nos services sociaux de première ligne affirment que les enfants et les jeunes vulnérables sont recrutés et exploités par des gangs criminels qui les obligent à porter des couteaux et à s’adonner au trafic de drogue.

« Des mesures urgentes doivent être prises pour que les générations futures ne soient pas condamnées à vivre dans une spirale de violence sans fin. »

Les chiffres récents de l’ONS indiquent un total de 701 homicides au cours de l’année se terminant en mars 2019, soit une baisse de 4 % (contre 728) par rapport à 2018.

C’est la première baisse du nombre d’homicides depuis 2014, après quatre ans marqués par une constante hausse.

Néanmoins, le taux d’homicide dans la population britannique reste relativement faible, à 12 homicides par million d’habitants (ou 1,2 par 100 000), selon les chiffres de 2017.

En comparaison, le taux d’homicides aux États-Unis en 2017 était près de cinq fois plus élevé qu’au Royaume-Uni, avec 53 meurtres pour 1 million d’habitants (ou 5,3 meurtres pour 100 000), selon une analyse du Brennan Center for Justice. Celui de la France était légèrement plus élevé avec 13,5 homicides par million d’habitants. Une conclusion qui s’aligne sur les chiffres du FBI.

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