La Française Emmanuelle Charpentier décroche le prix Nobel « haute couture » pour les gènes

Par Epoch Times avec AFP
7 octobre 2020
Mis à jour: 8 octobre 2020

Âgée de 51 ans, Emmanuelle Charpentier décroche le prix Nobel, la récompense suprême,  pour un outil « révolutionnaire » de modification des gènes.

Prix et honneurs pleuvent sur elle depuis sa découverte avec l’Américaine Jennifer Doudna, d’un outil « révolutionnaire » de modification des gènes. Âgée de 51 ans, Emmanuelle Charpentier décroche le prix Nobel, la récompense suprême à laquelle elle a du mal à croire.

« Bizarrement, on m’a dit plusieurs fois (que j’allais recevoir le prix) mais maintenant que ça arrive, ça ne semble pas vrai, alors qu’évidemment c’est vrai », a-t-elle confié mercredi lors d’une conférence de presse à distance.

Installée en Allemagne, la Française a trouvé en 2011/2012, avec l’Américaine Jennifer Doudna, co-récipiendaire du Nobel, une technique d’édition du génome baptisée CRISPR-Cas9, apte à éliminer et à ajouter des fractions de matériel génétique avec une extrême précision.

Sorte de ciseaux moléculaires, ce procédé « permet de faire de la chirurgie haute couture du gène », expliquait en 2016 Emmanuelle Charpentier. « Le but ultime » de cette technique « révolutionnaire » est de « corriger des maladies génétiques humaines », ajoutait cette femme brune au tempérament volontaire.

CRISPR Therapeutics, alliée au groupe Bayer

À cette fin, elle a cofondé une société de biotechnologie, CRISPR Therapeutics, alliée au groupe Bayer, qui a permis des avancées notamment dans la lutte contre certaines maladies du sang ou certains cancers.

En 2019, sa technique a été expérimentée sur une Américaine qui souffrait d’une maladie génétique du sang, la drépanocytose. Des cellules-souches de sa moelle osseuse ont été prélevées, modifiées et réimplantées. Avec la même méthode, une Allemande de 19 ans a été soignée pour une autre maladie du sang, la bêta-thalassémie.

Depuis qu’elle a découvert ce « couteau suisse » de la génétique, Emmanuelle Charpentier a accumulé plus d’une trentaine de prix et honneurs. « Je n’imaginais pas que je pourrais faire un jour une telle découverte ». Ce qui la rend heureuse, c’est d’obtenir des résultats avec son équipe : « Je fais de la recherche (…) parce que j’ai envie de savoir ».

Déjà distinguée par le « Prix pour les femmes et les sciences », c’est aux jeunes filles qu’elle a tout de suite pensé le mercredi 7 octobre. Ce prix Nobel obtenu par un duo féminin est « un message très fort » pour elles.

« Il faut être solide »

Originaire de la région parisienne, Emmanuelle Charpentier est la fille d’un responsable de jardins publics et d’une surveillante en psychiatrie. Après des études de biochimie et de microbiologie à l’Université Pierre et Marie Curie à Paris, elle obtient son doctorat à l’Institut Pasteur puis quitte la France à 27 ans pour les États-Unis. Elle s’installe ensuite en Autriche puis en Suède avant de rejoindre l’Allemagne où elle prend la direction de l’Institut Max Planck de biologie des infections à Berlin.

Après l’annonce du Nobel, le président Emmanuel Macron a salué dans un tweet la lauréate, en ajoutant que la France devait « savoir retenir tous les talents en recherche fondamentale ».

« Ça n’est pas parce que je veux pas faire de la recherche en France, c’est parce que la vie m’a amenée à être un électron libre, à beaucoup voyager », a répliqué Emmanuelle Charpentier, mercredi soir sur RTL. L’institut Max Planck « offre énormément de moyens, et les moyens que j’ai actuellement à Berlin, je pense que j’aurais du mal à les avoir en France », a-t-elle ajouté.

Emmanuelle Charpentier se donne à « 200% »

La chercheuse avait admis « faire partie des gens qui sont  workaholic », qui se donnent « à 200% ». « Ça n’a pas été toujours évident sur le plan personnel », confiait cette sportive qui se détend en nageant et en faisant du vélo. « Il faut être solide », a-t-elle ajouté mercredi.

Ce que ce prix Nobel va changer ? « J’espère que ça va pouvoir faire passer le message, extrêmement important étant donné la situation actuelle, de continuer à soutenir la recherche fondamentale en microbiologie et en maladies infectieuses », a-t-elle confié, avant d’aller fêter sa récompense à Berlin.

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