La France a-t-elle de nouveau besoin de la figure d’un roi ?

13 juillet 2015 Mis à jour: 13 juillet 2015

 

« La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même», observait Emmanuel Macron la semaine dernière. Le ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique a regretté également l’absence de la figure d’un roi, « dans la politique française, dans le processus démocratique et dans son fonctionnement ».

Le locataire de Bercy a l’habitude de surprendre son auditoire. Levée de tabou pour certains, message direct à François Hollande ou nouvelle « macronnade » – l’expression est de Julien Dray – pour d’autres, les propos d’Emmanuel Macron sont sujet à des avis bien tranchés. Le propos a pourtant le mérite d’ouvrir un débat qui, une fois n’est pas coutume, dépasse et transcende les propos partisans et généralement intéressés des hommes politiques.

Le « malentendu » de la démocratie française

« Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment“, analyse Emmanuel Macron.

La mort de Louis XVI et la naissance de la République sont des évènements proches, associés dans la mémoire collective française. Dans d’autres pays européens, roi et gouvernement coexistent encore et sont néanmoins clairement dissociés. Ces derniers jouissent d’une bonne popularité, ils règnent sans gouverner et incarnent la nation. « Aujourd’hui la reine d’Angleterre incarne l’unité de l’Angleterre autour du consensus sur les libertés publiques et l’amour inconditionnel du pays ; Juan-Carlos a incarné la sortie de la dictature vers une démocratie permettant à l’Espagne de préserver son unité », remarque François Huguenin, historien des idées et essayiste.

« Il faut que les gouvernements s’appliquent à redonner aux hommes le goût de l’avenir »

En France, la République a voulu trancher net avec l’héritage des rois capétiens. La synthèse de ces deux régimes n’a pas existé dans notre pays. Emmanuel Macron y note un « manque » qui aurait pris ciment dans la vie politique.

« La démocratie française ne remplit pas l’espace. On le voit bien avec l’interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Tout s’est construit sur ce malentendu», continue-t-il.

Donner le « goût de l’avenir »

Ces dernières années, voire décennies, le déclin semble s’installer dans la représentation politique (rappelé par les taux d’abstentions des scrutins électoraux). Le moment est on ne peut plus propice pour un peu de philosophie politique, porte qu’entrouvre notre ministre de l’Économie.

Pour sa part, Emmanuel Macron cite en exemple l’école d’Aristote. La recherche de la vérité semble un salut nécessaire au ministre, qui affirme que « la vérité unique, avec la violence qu’elle implique, n’est pas une voie de sortie ». D’après le philosophe grec, la politique est « la plus haute de toutes les sciences », car elle vise à « établir le bien de tous par la justice ».

Cependant, quand Aristote, évoquait la praxis (la mise en œuvre dans le réel des idées), il ne devait pas avoir en tête l’élaboration complexe des programmes politiques et des promesses électorales. La philosophie de la Grèce antique – Grèce qui au même moment est aux portes de la sortie de l’Europe – servait de socle pour la recherche et la connaissance d’une vérité immatérielle, plus haute et qui répondait de la moralité.

Mais y a-t-il seulement la possibilité de défendre des idées dans une économie de marché où nécessité fait loi ?

« Depuis la fin des idéologies, il faut bien constater que les idées n’ont plus de prise sur le réel », soulève François Huguenin. Pourtant, les hommes se nourrissent d’idées, propres à donner du sens aux actes. En 1835, à l’heure où la démocratie américaine prenait son essor, Alexis de Tocqueville écrivait « il faut que les gouvernements s’appliquent à redonner aux hommes le goût de l’avenir ».

Laissons donc ouvertes les portes de l’avenir en suivant les leçons averties du passé, et ne reculons devant aucune hypothèse, autant que celles-ci restent nécessaires au peuple et à la stabilité de la nation.

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