La France commémore les 200 ans de la mort de Napoléon, figure toujours contestée

Par Epoch Times avec AFP
5 mai 2021
Mis à jour: 7 mai 2021

Le président Emmanuel Macron commémore mercredi le bicentenaire de la mort de Napoléon, un anniversaire qui ravive les controverses autour de cette figure complexe et incontournable de l’Histoire de France.

Le 5 mai 1821, l’Empereur meurt à l’âge de 51 ans loin des siens et de son pays à Sainte-Hélène, île perdue de l’Atlantique sud où les Britanniques l’ont envoyé en exil après sa dernière défaite, à Waterloo.

200 ans plus tard, Emmanuel Macron déposera mercredi une gerbe au pied de son tombeau, sous la majestueuse coupole des Invalides, à Paris.

-Le tableau original de 1804 de « Bonaparte visitant la peste qui a frappée Jaffa » du peintre français Antoine-Jean Gros, exposé au musée du Louvre à Paris le 29 avril 2021. Photo Martin BUREAU / AFP via Getty Images.

Juste avant, le chef de l’Etat prononcera un discours pour « regarder en face » cet « être complexe » qu’était Napoléon, en n’étant « ni dans l’hagiographie, ni dans le déni, ni dans la repentance », indique l’Elysée.

« Figure majeure de l’Histoire » et « contestée depuis toujours »

L’exercice est délicat. Car cette « figure majeure de l’Histoire » est « contestée depuis toujours », rappelle l’Institut de France, une institution créée en 1795 et qui rassemble les élites scientifiques, littéraires et artistiques du pays.

Napoléon continue à enflammer les débats entre ses défenseurs, qui célèbrent le stratège militaire et l’initiateur de « l’Etat moderne », et ses critiques, qui l’accusent d’avoir provoqué des centaines de milliers de morts lors de ses campagnes militaires et d’avoir rétabli l’esclavage.

-La campagne sanglante de Bonaparte en Égypte et en Palestine, qui a marqué le début du colonialisme européen moderne au Moyen-Orient. Photo Emmanuel DUNAND / AFP via Getty Images.

Face à un héritage aussi controversé, les présidents français se sont gardés de prendre position sur Napoléon depuis que Georges Pompidou a célébré en 1969 le bicentenaire de sa naissance à Ajaccio, sa ville natale en Corse. « Il n’est pas de nom plus glorieux que celui de Napoléon. Parti de rien, démuni de tout, il a tout obtenu », avait résumé le successeur du président Charles de Gaulle.

« Regarder en face » l’Histoire de France

En osant marquer cet anniversaire, Emmanuel Macron « ne se dérobe pas », affirme l’Elysée. En soulignant sa volonté de « regarder en face » l’Histoire de France, que ce soit sur Napoléon ou sur l’action de la France en Algérie et au Rwanda, les deux dossiers mémoriels délicats dont il s’est saisi.

« Commémorer signifie se souvenir ensemble, mais pas honorer », précise l’historien Frédéric Régent. « Grâce à cette commémoration, la plupart des Français vont apprendre que Napoléon a rétabli l’esclavage » en 1802, huit ans après son abolition, a ajouté ce spécialiste de l’histoire coloniale sur la radio France info.

Dans son discours, Emmanuel Macron « dira que l’esclavage était une abomination, y compris dans le contexte de l’époque », selon l’Elysée.

– La cour d’honneur de l’hôtel des Invalides, où l’empereur français Napoléon Ier est enterré à Paris. Photo THOMAS COEX /AFP via Getty Images.

Cette condamnation est particulièrement attendue en Guadeloupe, Martinique et à la Réunion, territoires français d’outre-mer où de nombreux habitants sont descendants d’esclaves.

« Nul victime ne peut célébrer son bourreau »

« Nul victime ne peut célébrer son bourreau, à moins d’être aliéné et fou à lier », affirment le Comité International des Peuples Noirs, le FKNG, et le Mouvement International pour les Réparations (MIR) qui dénoncent, dans un communiqué, des hommages à un « raciste liberticide ».

Dans les autres points négatifs de l’héritage napoléonien, le chef de l’Etat pourrait pointer l’énorme bilan humain de ses campagnes militaires, comme celle de Russie, et le coup d’Etat du « 18 Brumaire » qui marqua, le 9 novembre 1799, la fin de la Révolution française.

Parallèlement, le chef de l’Etat devrait saluer en Napoléon l’organisateur de l’Etat moderne avec la création du Code civil, des lycées, et de nombreuses institutions françaises encore en activité comme la Cour des Comptes, le Conseil d’Etat ou les préfets.

Sur le plan politique, le débat sur l’opportunité de commémorer Napoléon est resté feutré, marqué par quelques critiques d’élus de gauche, qui regrettent l’absence de célébration cette année des 150 ans de la Commune de Paris par le président, tandis qu’à droite certains auraient souhaité donner plus d’ampleur à l’anniversaire.

La fascination que suscite toujours l’Empereur

La cheffe de l’extrême-droite Marine Le Pen a salué « la grandeur » de l’empereur et regretté mardi qu’Emmanuel Macron « commémore à la va-vite » celui qui « a tant fait pour le pays » et « tant donné au monde ».

Témoignant de la fascination que suscite toujours l’Empereur, le bicentenaire est l’occasion de la sortie d’une multitude de nouveaux ouvrages sur Napoléon, auquel sont déjà consacrés des milliers d’essais et de romans.

Annoncée comme l’une des stars de la saison culturelle, « L’exposition Napoléon », qui retrace les grandes étapes de sa vie, accueillera le public à Paris à partir du 19 mai.

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