La « grande réinitialisation » et le risque d’un plus grand interventionnisme

Par Daniel Lacalle
26 novembre 2020
Mis à jour: 26 novembre 2020

La dette mondiale devrait atteindre un niveau record de 277 000 milliards de dollars d’ici la fin de 2020, selon l’Institut de finance internationale.

La dette totale des marchés développés – gouvernements, entreprises et ménages – a augmenté pour atteindre 432 % du PIB au cours du troisième trimestre. Le ratio dette/PIB des marchés émergents a également augmenté pour atteindre près de 250 % sur la même période, le ratio de la Chine atteignant 335 % et devant atteindre environ 365 % du PIB mondial pour l’ensemble de l’année.

La majeure partie de cette augmentation massive de 15 000 milliards de dollars en un an provient des mesures prises par les gouvernements et les entreprises pour faire face à la pandémie. Toutefois, nous devons nous rappeler que le montant total de la dette avait déjà atteint des sommets records au cours de l’année 2019, avant même que ne survienne la pandémie et en période de croissance.

Le principal problème est que la majeure partie de cette dette est une dette improductive. Les gouvernements utilisent une marge de manœuvre budgétaire sans précédent pour perpétuer des dépenses courantes gonflées, qui ne génèrent aucun rendement économique réel. Il est donc probable que la dette continuera à augmenter après la fin de la crise liée à la pandémie et que les niveaux de croissance et de productivité atteints ne suffiront pas à réduire la charge financière qui pèse sur les comptes publics.

La grande réinitialisation

Dans ce contexte, le Forum économique mondial a présenté une feuille de route pour ce qui a été appelé la « grande réinitialisation » (The Great Reset). Il s’agit d’un plan qui vise à saisir cette occasion pour « façonner la reprise » et « aider à informer tous ceux qui détermineront l’état futur des relations mondiales, l’orientation des économies nationales, les priorités des sociétés, la nature des modèles commerciaux et la gestion d’un bien commun mondial ».

Selon le Forum économique mondial, le monde doit également s’adapter à la réalité actuelle en « orientant le marché vers des résultats plus équitables […], en veillant à ce que les investissements fassent progresser les objectifs communs, tels que l’égalité et la durabilité […], [et] en exploitant les innovations de la quatrième révolution industrielle afin de soutenir le bien public ».

Ces objectifs sont évidemment partagés par nous tous, et la réalité montre que le secteur privé met déjà en œuvre ces idées, puisque nous voyons la technologie, les investissements dans les énergies renouvelables et les plans de développement durable prospérer partout dans le monde.

Nous sommes témoins en temps réel de la preuve que les entreprises s’adaptent rapidement et fournissent de meilleurs biens et services à des prix abordables pour tous, atteignant un niveau de progrès en matière d’objectifs environnementaux et de bien-être qui serait impensable si les gouvernements étaient aux commandes.

Cette crise montre que le monde a échappé au risque de pénurie et d’hyperinflation grâce à un secteur privé qui a dépassé toutes les attentes dans une crise apparemment insurmontable.

Les dangers de l’interventionnisme

Le message global du Forum économique mondial semble prometteur. Il n’y a que trois mots qui gâchent l’ensemble du message positif : « diriger le marché ». Le risque que les gouvernements prennent ces idées pour promouvoir un interventionnisme massif n’est pas mince. L’idée de la grande réinitialisation a été rapidement adoptée par les économies les plus bureaucratiques et celles où les gouvernements sont les plus impliqués, comme une validation de l’intervention croissante des gouvernements dans l’économie. Cependant, cela est faux.

L’idée que les gouvernements vont promouvoir un système économique qui réduit l’inflation, améliore la concurrence et donne du pouvoir aux citoyens est plus que farfelue. Le Forum économique mondial ne peut donc pas ignorer le risque d’intervention des gouvernements dans le cadre de cette idée de « grande réinitialisation », qui n’a pas besoin d’être mise en œuvre puisqu’elle est déjà en place depuis des années.

La technologie, la concurrence et l’ouverture des marchés feront plus pour le développement durable, le bien-être social et l’environnement que l’action gouvernementale, car même les gouvernements les mieux intentionnés tenteront de défendre à tout prix trois choses qui vont à l’encontre des messages bien intentionnés du Forum économique mondial : leurs champions nationaux, une inflation croissante et un contrôle accru de l’économie. Ces trois éléments vont à l’encontre de l’idée d’un nouveau monde avec des biens et des services de meilleure qualité et plus accessibles à tous, avec une meilleure protection sociale, un chômage moindre et un secteur privé prospère et hautement productif.

Nous devrions toujours nous préoccuper des idées bien intentionnées quand les premiers à les adopter sont ceux qui sont contre la liberté et la concurrence.

L’effacement de la dette

Il y a une partie encore plus sombre. De nombreux interventionnistes ont salué cette proposition comme une occasion d’effacer la dette. Tout cela paraît bien tant que nous ne comprenons pas ce que cela implique réellement.

Le risque est énorme que les gouvernements utilisent l’excuse de l’annulation d’une partie de leur dette en même temps que la décision d’annuler une grande partie de nos économies. Nous devons nous rappeler qu’il ne s’agit même pas d’une théorie de conspiration. La plupart des partisans de la théorie monétaire moderne partent du principe que les déficits publics sont compensés par l’épargne des ménages et du secteur privé, il n’y a donc pas de problème. Eh bien, le seul problème mineur (notez l’ironie) est de faire correspondre sa dette avec l’épargne d’un autre.

Si nous comprenons le système monétaire mondial, nous comprendrons alors que l’effacement de billions de dettes publiques signifierait également la disparition de billions d’économies des citoyens.

L’idée d’un système économique plus durable, plus propre et plus social n’est pas nouvelle, et il n’est pas nécessaire que les gouvernements l’imposent. Elle se concrétise en ce moment grâce à la concurrence et à la technologie. Les gouvernements ne devraient pas être autorisés à réduire et à limiter la liberté, l’épargne et les salaires réels des citoyens, même pour une promesse bien intentionnée.

La meilleure façon de s’assurer que les gouvernements ou les grandes entreprises n’utilisent pas cette excuse pour éliminer la liberté et les droits individuels est de promouvoir des marchés libres et plus de concurrence. Il n’est pas nécessaire de pousser ou d’imposer des investissements et des idées d’amélioration du bien-être : les consommateurs poussent déjà les entreprises du monde entier à mettre en œuvre des politiques de plus en plus respectueuses du développement durable et de l’environnement.

Cette approche axée sur le marché est plus efficace que de laisser le risque d’interventionnisme et d’ingérence gouvernementale s’installer, car une fois que cela se produit, il est presque impossible de le défaire.

Si nous voulons un monde au développement durable, nous devons défendre des politiques monétaires saines et une intervention réduite des gouvernements. Ce sont les marchés libres, et non les gouvernements, qui rendront ce monde meilleur pour tous.

Le Dr Daniel Lacalle est le principal économiste de la société de gestion d’actifs Tressis et auteur de Freedom or Equality, Escape From the Central Bank Trap et Life in the Financial Markets.

Focus sur la Chine – Le problème du cycle économique interne en Chine

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