La gravité comparée de la covid-19

Par Remy Prudhomme
25 juillet 2020
Mis à jour: 25 juillet 2020

Quels sont les pays les plus touchés par la pandémie de covid-19 ? Comment se situe la France par rapport aux autres pays. Il est facile de le savoir en tapant wordometers.info/coronavirus. Et effrayant de constater le gouffre qui s’est développé en France entre la réalité et le discours politico-médiatique. Deux idées dominent ce discours. La première, répétée à plusieurs reprises par le président de la République, est que attaqués comme tout le monde par cette cette épidémie, nous l’avons plutôt bien gérée, aussi bien ou mieux que la plupart des autres pays. La seconde est que deux pays méritent le bonnet d’âne : les États-Unis de M. Trump et le Brésil de M. Bolsonaro. Ces deux idées très répandues sont malheureusement des menteries.

Tous les soirs, on nous répète : hier 100 000 nouveaux cas détectés aux États-Unis ; les États-Unis et le Brésil sont les deux pays les plus touchés du globe. Jolis exemples de mensonges reposant sur des vérités. La propagande officielle choisit de ne s’appuyer que sur le nombre des infectés, et sur le nombre global des décédés. Ces deux critères n’ont guère de sens. Le nombre des infectés est une fonction directe du nombre des testés, et ne dit rien du tout sur l’ampleur de l’épidémie (sauf si les tests sont effectués sur un échantillon représentatif, ce qui semble n’être le cas nulle part). Et le nombre des décès d’un pays n’a de sens que rapporté à sa population. Pas besoin d’être un épidémiologiste patenté pour comprendre cela. Le seul critère utilisable pour des comparaisons est le nombre de décès par million d’habitants. Il doit être utilisé avec prudence : tous les pays ne comptabilisent pas nécessairement les décès dus à la covid-19 de la même façon ; et à ce jour l’épidémie n’est pas terminée partout. Que nous disent les chiffres, à la date du 15 juillet ?

Que les résultats de la France sont entre le médiocre et le lamentable. Seulement cinq pays dans le monde (sur 150 pays) font plus mal que nous. Cela ne s’appelle pas être dans la bonne moyenne. Que les résultats des États-Unis et du Brésil tournés en dérision tous les soirs à la télévision, qui sont mauvais, le sont moins que ceux de la France : 460 décès par million en France, 420 aux États-Unis, 350 au Brésil. Ni M. Trump ni M. Bolsonaro ne sont ma tasse de thé, mais le fait est qu’ils font mieux (au moins jusqu’ici) que M. Macron dans la lutte contre la covid-19. Si tant est que les résultats d’un pays puissent être imputés à la gestion de son président, surtout dans des pays comme les États-Unis ou le Brésil, où la politique de la santé est davantage dans les mains des gouverneurs des États fédérés que dans celles du président de l’État fédéral.

D’un point de vue plus global, et plus intéressant, la situation des différents pays est incroyablement variable : elle va de 844 décès par million d’habitants en Belgique à 4 en Australie ou en Tunisie. On peut distinguer quatre groupes de pays.

Le premier regroupe cinq pays extrêmement touchés, avec un taux de décès supérieur à 500 : Belgique, Royaume-Uni, Espagne, Italie et Suède, listés ici par ordre décroissant de mortalité.

Le deuxième rassemble sept pays très touchés, avec des taux de décès compris entre 300 et 500 : France, États-Unis, Pérou, Chili, Pays-Bas, Irlande, Brésil, également présentés par ordre décroissant de mortalité.

Le troisième, avec des taux de décès entre 100 et 300 comprend une dizaine de pays que l’on dira assez peu touchés, comme le Mexique, la Suisse, le Portugal, l’Allemagne, le Danemark.

Le quatrième, avec des taux inférieurs à 100, inclut la plupart des autres pays du monde, finalement très peu affectés. On y trouve la Russie, la Turquie, la Hongrie, la Pologne, Israël, la République tchèque, la Grèce, le Japon, la Corée, les trois pays du Maghreb, ou encore l’Australie.

Ce classement débouche sur deux observations. Tout d’abord, les décès de la covid-19 sont assez concentrés sur un petit nombre de pays, tous situés en Europe et dans les deux Amériques. Près de 70 % de tous les décès enregistrés dans le monde sont intervenus dans les douze pays classés comme « extrêmement » et « très » touchés. La « pandémie » mérite à peine ce nom.

Ensuite, la grande disparité des résultats est difficile à expliquer. Elle ne reflète ni la densité, ni la démographie, ni le climat, ni les ressources médicales, ni l’économie (les pays les plus frappés sont des pays relativement riches, mais des pays très riches, comme le Japon ou la Norvège ont été épargnés). La qualité de la gestion a certainement joué un rôle dans ces résultats énigmatiques. À coup sûr, des armées de chercheurs vont travailler à éclairer ce mystère. Sinon en France, où décideurs et médias connaissent déjà les réponses, mais ailleurs dans le monde.

Diplômé de HEC et de Harvard, Rémy Prud’homme a longtemps enseigné l’économie à l’Université Paris XII, où il est désormais professeur émérite. Au cours de sa carrière, il a également dispensé ses enseignements au Massachussetts Institute of Technology (MIT) en tant que professeur invité. Il a été directeur-adjoint de la Direction de l’environnement à l’OCDE et a travaillé comme consultant auprès de plusieurs organisations internationales prestigieuses comme la Banque mondiale. Rémy Prud’homme a publié une dizaine d’ouvrages et plusieurs centaines d’articles dans des revues scientifiques françaises ou étrangères. Il écrit régulièrement dans différents journaux comme Le Monde, Les Échos, Le Figaro ou La Tribune. Ses travaux portent principalement sur les finances publiques, les transports et l’environnement.

Cet article a été initialement publié sur le blogue Mythes, Mancies & Mathématiques le 17 juillet 2020.

 

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