La maison de bois cordé

26 mai 2015
Mis à jour: 20 octobre 2015

En immigrant au Québec, Sylvie et Éric étaient loin de se douter qu’ils seraient un jour propriétaires d’une belle terre de 26 acres en Estrie, d’une maison de bois cordé, et que Sylvie pourrait faire son propre sirop d’érable ainsi que son sirop de bouleau dans sa petite cabane à sucre.

Tout comme bien d’autres auto-constructeurs, ce couple franco-suisse (ou plus exactement breton-suisse) a dû faire bien des sacrifices avant que tous les éléments de leur domaine ne soient en place. Par exemple, ils ont vécu pendant deux années sans eau et sans électricité dans une minuscule ski-lotte (une roulotte montée sur des skis et non sur des roues).

Ayant tous deux reçu une formation agricole, ils n’imaginaient pas pouvoir construire leur propre maison. Et puis, finalement, l’idée a fait son chemin puisque c’était la seule manière pour eux de pouvoir être propriétaires à la fois d’un grand terrain et d’une maison.

«C’est parce que j’ai eu une formation de tailleur de pierre où on a étudié les plans, la résistance des matériaux, etc. que ça m’a aidée à me lancer, parce qu’il y en a qui ont fait des constructions qui sont un peu catastrophiques», relate la conceptrice de la maison.

C’est assez surprenant, mais c’est Sylvie qui était «le cerveau et la chef principale» du projet, selon son conjoint; alors que lui-même – qui reconnaît être plus à l’aise dans la démolition que dans la construction – la secondait. «On a fait une bonne équipe», ajoute la Bretonne.

Sylvie et Éric devant leur maison (Nathalie Dieul/Époque Times)
Sylvie et Éric devant leur maison (Nathalie Dieul/Époque Times)

Premiers temps au Québec

Après s’être rencontré en Europe, le couple a dû faire un choix : en tant que Suisse, Éric n’avait pas le droit de travailler en France. C’est alors qu’ils se sont dit qu’ils pourraient émigrer. Après avoir hésité entre le Québec et la Nouvelle-Zélande, ils ont choisi le Québec pour ses grands espaces, ses gens charmants et aussi pour ne pas avoir à parler anglais.

Ils sont arrivés en 1992. «C’était encore facile d’immigrer», assure Éric. À cette époque, il leur fallait avoir déjà trouvé du travail pour pouvoir immigrer, ce qu’ils ont fait. Après avoir occupé plusieurs emplois agricoles, ils ont trouvé un petit chalet qui était en très mauvais état à Gould, en Estrie. «On l’a retapé pour en faire un palais et on l’a revendu», ironise Éric.

En attendant de trouver un terrain pour construire leur nid, ils ont construit leur petite ski-lotte de 8 pieds par 22 (à l’extérieur) et l’ont installée chez des amis. «C’était tellement petit qu’il fallait sortir pour bailler!», se souvient Sylvie en riant.

Un terrain près du mont Ham

Les immigrants avaient plusieurs critères, dont celui de vouloir s’installer sur un versant sud et de ne pas avoir un terrain marécageux. C’est après un an et demi de recherches qu’ils ont trouvé cette terre à vendre, à la suite d’une annonce. Il y avait une pancarte, tout le terrain était boisé. Il n’y avait que de la forêt, sans aucune vue sur le magnifique mont Ham comme aujourd’hui.

Il y avait eu une ferme qui avait été enlevée 50 ans auparavant, laissant un trou dans lequel avaient poussé des arbres. Pas de problème pour Éric qui avait suivi une formation de bûcheron pendant trois ans : il allait pouvoir se mettre à l’ouvrage pour faire des chemins et pour favoriser la vue en enlevant les résineux qu’ils pourraient transformer en poutres.

Arrivé à la fin novembre 1999, le couple a commencé par observer les lieux, préparer des plans de maison et faire une demande de dézonage, puisque le terrain était zoné agricole.

Au départ, la terre était d’une superficie de 70 acres. Ils ont passé les deux premières années dans leur ski-lotte qu’ils avaient déménagée sur place. Ils vivaient sans eau courante ni électricité, ayant un emploi à l’extérieur et faisant avancer le chantier quand ils avaient encore de l’énergie. Les seuls outils à moteur dont ils disposaient étaient une tronçonneuse et un moteur de souffleuse à neige pour mélanger le mortier à base de chaux.

Cette partie de la maison a été construite dans la deuxième phase de construction. La cuisinière et le réfrigérateur fonctionnent au gaz. (Nathalie Dieul/Époque Times)
Cette partie de la maison a été construite dans la deuxième phase de construction. La cuisinière et le réfrigérateur fonctionnent au gaz. (Nathalie Dieul/Époque Times)

Les plans ont été dessinés pour construire la maison en deux étapes. La partie arrière, comprenant deux étages, a été terminée à la fin 2001. Éric et Sylvie ont vécu dedans pendant trois ans avant d’ajouter une belle grande pièce de vie comprenant la cuisine, une salle de bain et une toilette sèche. Pour pouvoir se consacrer pleinement à la construction, ils ont vendu une partie de leur terre pour n’en garder que 26 acres, ce qui est assez pour pouvoir faire leur bois de chauffage.

La technique utilisée pour la construction est celle du bois cordé, une technique qui avait été utilisée dans les années 1940 à 1960 au Québec. Après plusieurs hivers, le bois a travaillé et des fissures se sont formées. Sylvie et Éric ont donc dû décider récemment de faire un enduit de chaux à l’extérieur, allié à un traitement intérieur pour imperméabiliser un peu la paroi.

L’eau courante

Après une longue période sans eau courante, récupérant l’eau de pluie à l’aide d’une bâche, les amoureux de la nature ont redécouvert le plaisir de voir l’eau couler au robinet. «Quand tu as vécu deux ans à transporter l’eau, c’est un cadeau merveilleux. Avoir l’eau courante, c’est tellement merveilleux. On se rend compte combien c’est précieux», s’exclame Sylvie.

Un système ingénieux permet de prendre une douche. (Nathalie Dieul/Époque Times)
Un système ingénieux permet de prendre une douche. (Nathalie Dieul/Époque Times)

Aspects écologiques

Pour le couple qui a travaillé en agriculture biologique pendant plusieurs années, il était important de limiter sa consommation énergétique. Au lieu de se raccorder au réseau d’électricité, des panneaux solaires permettent à la maison d’avoir un mini système électrique de 225 watts. «C’est très minime. On s’est arrangé pour vivre avec ça», assure Sylvie.

Pour consommer moins d’électricité, la cuisine est équipée d’un réfrigérateur et d’une cuisinière au gaz, mais aussi d’un poêle à bois dans lequel les propriétaires de la maison peuvent cuisiner des tartes et du pain puisqu’il est doté d’un four.

C’est également le poêle à bois qui fournit l’eau chaude qui chauffe dans un gros chaudron. Évidemment, il n’y a pas de gaspillage d’eau et encore moins d’eau chaude avec l’ingénieux système qui permet de prendre sa douche avec un seau suspendu en l’air à l’aide d’une corde.

La cave est semi-enterrée, avec 4 pieds enfouis dans le sol d’un côté de la maison; le toit est végétal, la température de la maison n’est donc jamais trop chaude, elle est climatisée naturellement. Une petite pièce appelée caveau permet de conserver les légumes de manière autonome toute l’année.

La plupart des fenêtres étant orientées au sud, la maison bénéficie de l’apport du solaire passif pour la chauffer pendant l’hiver.

Et si c’était à refaire? «J’aime bien expérimenter, donc j’expérimenterais sans doute autre chose!», conclut Sylvie en riant.

 

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