« La rupture » entre l’Inde et la Chine s’accélère après un différend frontalier

Le marché des smartphones, un champ de bataille clé pour l'Inde
Par Fan Yu
22 juin 2020
Mis à jour: 22 juin 2020

Le récent conflit frontalier entre l’Inde et la Chine et la violence qui l’a accompagné ont accéléré les appels à l’intérieur de l’Inde pour « rompre d’avec » l’économie de la Chine, en particulier sur le plan technologique.

Pour les non-initiés, le commerce bilatéral entre l’Inde et la Chine s’élevait à environ 83 milliards € en 2019. L’Inde importe de Chine une quantité importante de haute technologie, de fournitures automobiles, de produits pharmaceutiques et de produits industriels.

Même avant l’escalade du conflit frontalier de la vallée de Galwan en juin, l’Inde et la Chine étaient déjà sur une trajectoire de collision en tant que deux grandes puissances en Asie. L’apparition du virus du PCC*, communément appelé Covid-19, et les perturbations de la chaîne au cours des premiers stades de la pandémie avaient exposé les risques dans les chaînes de fabrication et d’approvisionnement technologique de l’Inde.

Les confinements liés au virus du PCC ont eu un impact significatif sur les chaînes d’approvisionnement pharmaceutiques et électroniques de l’Inde, selon un rapport récent de la société India Inc. basée à Londres. Environ 65 à 70 % des ingrédients pharmaceutiques actifs importés par l’Inde le sont de Chine, et pour certains ingrédients actifs clés, la Chine était le seul fournisseur, selon le rapport.

Il y a également des appels populistes croissants au boycott des biens et services chinois, découlant à la fois de la pandémie du virus du PCC et du récent affrontement frontalier.

Le 17 juin – un moment opportun – les services de renseignements indiens ont demandé au gouvernement de Narendra Modi de bloquer ou de déconseiller l’utilisation de 53 applications pour smartphones qui sont fabriquées par des entreprises chinoises ou liées à la Chine.

La liste des applications est exhaustive et comprend des plateformes populaires telles que Zoom, TikTok, SHAREit et des applications du fabricant de smartphones Xiaomi. Les autorités de renseignement ont exprimé « des inquiétudes quant à la sécurité de ces applications et ont fini par extraire une grande quantité de données en dehors de l’Inde », selon le Hindustan Times, en citant des personnes familières avec les discussions.

Certaines importations, comme les ingrédients pharmaceutiques, seront très difficiles à obtenir auprès de fournisseurs en dehors de la Chine, surtout compte tenu des prix demandés. Mais d’autres domaines, tels que la fabrication et les chaînes d’approvisionnement des smartphones, pourraient être plus aisés. C’est un problème que les autorités indiennes se sont engagées à traiter avec une urgence accrue.

Zoom sur les smartphones

Le secteur des smartphones constituera un champ de bataille majeur pour l’Inde.

Actuellement, le marché des smartphones en Inde est dominé par la Chine, les marques chinoises occupant quatre des cinq premières places au premier trimestre 2020, selon une étude de Counterpoint. Xiaomi domine le marché avec une part de marché de 30 % et une croissance de 6 % par rapport à l’année précédente, suivie de Vivo, Samsung, Realme et Oppo. Samsung est la seule marque non chinoise parmi les cinq.

La plupart des smartphones vendus en Inde sont fabriqués et importés de Chine. Et le gouvernement indien cherche à changer cette dynamique. Début juin, l’Inde a annoncé un programme de 500 milliards de roupies (5,9 milliards €) pour inciter les fabricants à s’implanter en Inde.

L’Inde a annoncé qu’elle offrirait aux entités qualifiées des subventions allant jusqu’à 6 % des ventes qu’elles réalisent en Inde sur une période de cinq ans. L’Inde offrirait également des rabais, jusqu’à 25 %, sur les dépenses d’investissement que les entreprises font en Inde pour les semi-conducteurs et les composants électroniques. Cette annonce s’inscrit dans le cadre des efforts du gouvernement Modi pour courtiser les entreprises internationales afin qu’elles établissent leur base de production loin de la Chine.

Le fabricant indien de téléphones Micromax est l’une de ces entreprises qui cherche à tirer profit du programme. Cette entreprise était la première marque de smartphones en Inde il y a environ cinq ans, avant que les marques chinoises n’entrent sur le marché indien en proposant des téléphones bon marché et qu’elles ne détruisent la plupart des marques indiennes en tête des ventes.

Les effets déflationnistes des téléphones bon marché fabriqués par les fabricants chinois à grande échelle ont eu un impact dévastateur sur les fabricants indiens de smartphones. Le fabricant indien de produits électroniques Intex a abandonné la fabrication de téléphones pour se concentrer sur d’autres produits électroniques. Un autre ancien grand fabricant indien de téléphones, Lava, existe toujours mais se concentre maintenant sur la vente de téléphones dans des villes plus petites que les marques chinoises ont négligées. Même Micromax assemble aujourd’hui la plupart de ses téléphones en Chine pour réduire ses coûts.

Le 18 juin, le compte Twitter de Micromax a indiqué à ses utilisateurs que l’entreprise travaillait sur de nouveaux appareils pour smartphones qui seront assemblés en Inde, avec les hashtags #MadeByIndian et #MadeForIndian. Micromax aurait sept nouveaux appareils en préparation, a déclaré une source de l’industrie du détail au site d’information indien Indian Express.

Malgré le sentiment anti-chinois en Inde, il sera difficile pour les consommateurs de se détourner des smartphones chinois. Les marques chinoises représentent 75 % du marché indien et dominent l’important segment des prix inférieurs à 180 €.

« Nous partons pratiquement de zéro », a déclaré Navkendar Singh, directeur de recherche chez IDC India, à Indian Express. « Je ne m’attends pas à ce que Micromax, Intex et Lava se mettent soudainement à fabriquer de superbes appareils et à donner de la valeur à tous les produits de l’écosystème. »

Epoch Times désigne le nouveau coronavirus, responsable de la maladie du Covid-19, comme le « virus du PCC », car la dissimulation et la mauvaise gestion du Parti communiste chinois (PCC) ont permis au virus de se propager dans toute la Chine et de créer une pandémie mondiale.

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