La stagnation de la croissance laisse peu d’espoir à l’emploi

16 mai 2015 Mis à jour: 18 octobre 2015

 

Alors que la croissance économique de la Chine est à l’arrêt, les responsables politiques misent sur l’esprit d’entreprise pour augmenter l’emploi, attirer les investissements et créer de la richesse.

La création d’emplois, en parallèle de la croissance économique, est une priorité absolue pour le Premier ministre chinois Li Keqiang. Mais des indicateurs de croissance plus bas que prévu au premier trimestre 2015 semblent de mauvais augure pour l’emploi.

La semaine dernière, l’Indice des directeurs d’achats (IDA) du mois d’avril était de 50,1 soit à peine au-dessus de la barre des 50 points qui séparent la croissance de la récession. L’IDA et l’IDA manufacturier d’HSBC ont signalé une baisse de l’emploi.

«L’IDA montre que le marché du travail chinois s’affaiblit», a déclaré Bill Adam, un spécialiste en économie internationale de PNC Services Financiers. «Les indices des directeurs d’achats manufacturiers et non-manufacturiers de la Fédération chinoise de la logistique et des achats montrent qu’une majorité des chefs d’entreprise interrogés ont déclaré une nette baisse de la masse salariale sur le mois.»

Un marché du travail en difficulté sur deux points

La base manufacturière axée sur l’exportation est en train de perdre sa nature concurrentielle, les coûts en hausse renvoyant les travailleurs peu qualifiés vers l’Asie du Sud et l’Amérique du Sud. La capacité de production excédentaire, couplée à une infrastructure lente et au développement immobilier, crée une augmentation de travailleurs migrants au chômage présentant un danger de troubles sociaux. Le China Labor Bulletin basé à Hong Kong a enregistré 569 grèves ou manifestations au cours du quatrième trimestre 2014, soit plus de trois fois le nombre à la même période en 2013.

Les jeunes diplômés universitaires sont également confrontés à une période difficile. Officiellement, 15% des nouveaux diplômés en Chine sont encore au chômage six mois après l’obtention d’un diplôme. Cependant, le chiffre réel pourrait être d’environ 30% selon Joseph Cheng, professeur de sciences politiques à l’Université de la ville de Hong Kong. «Les chiffres sont importants. Vous pouvez facilement imaginer que cela pourrait être une source importante de troubles en Chine», a déclaré M.Cheng à la BBC dans une interview l’an dernier.

L’augmentation du nombre d’intellectuels et d’étudiants au chômage pourrait alimenter le type de mécontentement qui a été à l’origine des manifestations de la place Tiananmen en 1989.

Le dilemme de l’emploi

Jusqu’en 1994, le régime chinois assignait lui-même un emploi aux ouvriers qui pouvaient le conserver jusqu’à la retraite. Cela a créé des générations de salariés appelés «bols de riz en acier», fortement dépendants de l’État et vivant dans un environnement décourageant l’ambition et l’innovation.

Depuis, la croissance économique a généré suffisamment d’emplois publics et privés pour permettre le choix d’une profession. Alors qu’en apparence, cela a créé une économie axée sur le marché, l’économie sous-jacente et par conséquent la croissance de l’emploi et des secteurs, devaient encore être gérés par l’État. Mais aujourd’hui, dans le contexte d’une stagnation de la croissance devenue normale, les conséquences du chômage sont devenues l’une des plus grandes craintes de Pékin.

Le 1er mai, le Conseil d’État chinois a mis en place des politiques officielles forçant les autorités à tous les niveaux à donner une priorité à la création d’emplois.

Les directives encourageant les start-up et l’entreprenariat sont les éléments centraux de cette nouvelle politique, incluant la garantie d’un montant allant jusqu’à 100.000 yuans (14.425€) pour de petits prêts aux entrepreneurs. Même les travailleurs migrants ont été encouragés à créer des entreprises, que ce soit sur Internet ou à la campagne.

Cette dernière politique fait partie d’un récent «engouement pour les start-up» promu par le régime pour relancer l’innovation, l’emploi et la croissance économique.

(STR/AFP/Getty Images)

Promouvoir l’entrepreneuriat

Dans la librairie chinoise en ligne Dangdang.com, l’un des titres les plus populaires est Ne jamais abandonner – 24 leçons de Jack Ma aux entrepreneurs. Jack Ma est le fondateur et PDG du géant de l’Internet chinois Alibaba et l’homme le plus riche de Chine.

Jack Ma a débuté sa carrière en tant que professeur en gagnant moins de 18 € par mois. Aujourd’hui, selon les estimations de Forbes, il pèse près de 20 milliards d’euros.

Et il n’est pas le seul. Le temple de la renommée des rois chinois de la start-up comprend des noms tels que Lei Jun, fondateur du fabricant de smartphones Xiaomi, Ma Huateng, fondateur du groupe en ligne Tencent Holdings, ou encore Robin Li, co-fondateur du moteur de recherche Baidu et deuxième homme le plus riche de Chine.

Ces histoires d’hommes et de femmes partis de rien ayant atteint la richesse sont bien connues en Chine et les médias officiels font l’éloge de ces entrepreneurs. Presque chaque jour, des anecdotes sur les start-up technologiques sont mises en avant dans le Quotidien du peuple, le journal officiel du Parti communiste chinois, ainsi que sur les comptes Weibo et les blogs affiliés à la Ligue de la jeunesse communiste, un organisme d’État qui forme les jeunes membres du Parti.

Mais la Chine actuelle est loin d’être un incubateur favorable à l’innovation. Alors que Pékin se gargarise de ses nouveaux objectifs d’entrepreneuriat, ces derniers pourraient tout aussi bien favoriser l’arrivée de la prochaine grande bulle de capitaux.

Bien que le paysage évolue lentement, des générations de Chinois ont été éduqués à favoriser la stabilité et la longévité en évitant la prise de risque. Selon le Xinmin Evening Post, en 2013, environ 2,1% des diplômés universitaires ont lancé leurs propres entreprises avec un taux de plus de 90% d’échec.

L’article soulignait également le manque d’expérience en entrepreneuriat des professeurs d’université et le fait que l’environnement actuel en Chine offre un cadre peu favorable aux start-up.

Sur le site populaire d’informations chinois NetEase, Andrew Yan, directeur associé de SAIF Associés, une société d’investissements de capitaux à risques bien placée sur le marché asiatique, a averti que «l’esprit d’entreprise ne concerne qu’une petite minorité des gens, il n’appartient pas à tout le monde.»

«La chose la plus probable qui puisse arriver est de voir dilapidé par les enfants l’argent que les parents ont mis des décennies à épargner en travaillant dur.»

Version originale: China bets on entrepreneurship to boost jobs

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