La star chinoise du tennis Peng Shuai probablement torturée dans une prison secrète

Désormais, les méthodes de répression de Pékin évoluent selon les réactions du public
Par Peter Dahlin
23 novembre 2021
Mis à jour: 29 novembre 2021

Les apparitions publiques mises en scène de Peng Shuai constituent une nouvelle version des confessions télévisées qu’imposait autrefois Pékin.

Il est presque certain que Peng Shuai a été placée en résidence surveillée ou en RSDL (surveillance résidentielle dans un lieu désigné), c’est à dire dans une prison secrète – ce qui expliquerait sa disparition. La publication par les médias d’État chinois d’une prétendue lettre rédigée par elle, suivie de messages sur les réseaux sociaux et d’apparitions publiques mises en scène, témoigne des tentatives fébriles que déploie Pékin pour orienter l’opinion publique et invalider les critiques.

Il est téméraire d’incriminer un ancien membre du Comité permanent du Politburo (pour agression sexuelle d’autant plus) sachant que le retour de bâton sera inévitable. De même que soulever une polémique #MeToo dans une dictature où les inconduites sexuelles sont régulières, y compris parmi les plus hauts fonctionnaires du Parti communiste chinois (PCC), est tout à fait malavisé. Il n’en reste pas moins que l’arrestation d’une athlète de renom à l’approche des Jeux olympiques d’hiver reste une riposte incommode pour le PCC.

Peng Shuai a soit été assignée à résidence, de manière informelle ou légale, soit elle a rejoint les 50 000 personnes (au moins) prises pour cible par le système RSDL mis en place en 2013 et qui implique une disparition temporaire. La plupart des victimes sont inconnues ou font rarement l’objet d’une attention médiatique, à quelques exceptions près, comme les célèbres avocats spécialisés dans la défense des droits de l’homme Wang Yu et Wang Quanzhang, l’actrice Fan Bingbing ou le magnat des affaires Jack Ma.

Nous savons que Peng est en détention. La semaine dernière a été désastreuse en termes de relations publiques pour le PCC, et rien n’indique que la tendance puisse s’inverser. Si Peng était libre, elle aurait continué à mobiliser l’opinion publique, quelles qu’en soient les conséquences, pour dénoncer son viol.

C’est pourquoi les tentatives déployées par le PCC à travers de grossières mises en scènes pour signaler que Peng n’est en aucun cas soumises à de sévères punitions suite à ses allégations, et pour apaiser les critiques internationales allant croissant, sont toujours plus infructueuses : en premier lieu, la sportive aurait rédigé une lettre, ensuite de prétendus messages écrits par elle ont été rediffusés sur les réseaux sociaux, enfin est-elle apparue dans un restaurant sur une vidéo. Plus récemment, on a pu l’apercevoir (à l’instar de Jack Ma avant elle) dans son cadre professionnel. Toutefois, cela n’a pas suffi à dissiper le malaise croissant concernant sa sécurité ou les méthodes de répressions troublantes du régime chinois.

Il est difficile d’imaginer qu’une personne est temporairement détenue ou torturée tandis qu’elle apparaît régulièrement ici ou là. Mais, il ne s’agit pas d’une situation nouvelle, c’est un phénomène qui existe depuis longtemps en Chine. Jusqu’à une période récente, Pékin contrait les critiques étrangères en faisant apparaître certains de ses ressortissants reclus dans des confessions forcées filmées et transmises à la télévision, sur la China Global Television Network (CGTN) – la chaîne du Parti qui se charge en ce moment même de diffuser la plupart des informations sur Peng. Bon nombre de ces confessions forcées ont été enregistrées par les victimes dans des prisons secrètes, des victimes exhibées à des fins de mise en scène tout en étant incarcérées – dans un simulacre soigneusement orchestré, jusqu’aux médias et journalistes chinois coopérant le plus souvent avec les autorités.

Si Safeguard Defenders et d’autres groupes de défense des droits n’avaient pas contraint la CGTN à stopper la diffusion des confessions publiques (un moyen de terreur politique dirigé contre un individu ou la communauté qu’il représente) Peng aurait déjà avoué tous ses torts (et plus encore) à la télévision. Cependant, un nombre croissant de pays ont enquêté sur la CGTN et ont interdit sa diffusion dans leurs frontières du fait de ses contenus scandaleux violant les droits humains fondamentaux. De ce fait, une telle confession forcée télévisée n’est plus possible. Désormais, la stratégie du régime consiste à déployer toute une série de leurres qui s’adaptent aux réactions du public – tels que la lettre, les publications, les apparitions, autant de mascarades amenées à augmenter proportionnellement aux critiques.

Nous sommes à présent les témoins des nouvelles méthodes forcenées du PCC (car le temps joue contre lui), pour contrer les critiques quant à la disparition de Peng. Jusqu’à présent, toutes ces mises en scène ont échoué à être convaincantes. Peut-être Peng finira-t-elle par passer un appel téléphonique ou vidéo à la WTA (Woman Tennis Association), avec un script préparé minutieusement, ou finira-t-elle par apparaître dans un talk-show sur CGTN. Quoi qu’il en soit, en ce qui concerne cette tragédie, nous n’en sommes malheureusement qu’au début.

Peter Dahlin est le fondateur de l’ONG Safeguard Defenders et le cofondateur de l’ONG chinoise China Action, basée à Pékin (2007-2016). Il est l’auteur de « Trial By Media » (Procès mené par les médias) et a contribué à « The People’s Republic of the Disappeared » (La République populaire des disparus). Il a vécu à Pékin à partir de 2007, jusqu’à ce qu’il soit détenu et placé dans une prison secrète en 2016, puis expulsé et interdit de retour. Avant de vivre en Chine, il travaillait pour le gouvernement suédois spécialisé dans les questions d’égalité des sexes. Il vit aujourd’hui à Madrid, en Espagne.


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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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