La vie de misère des premiers pionniers de l’Amazonie brésilienne

Par Epochtimes.fr avec AFP
8 octobre 2019 Mis à jour: 8 octobre 2019

Il y a 47 ans, Maria Helena Locatelli a tout quitté en quête de la terre promise, un titre de propriété en pleine forêt amazonienne en poche, mais elle n’y a trouvé que la misère.

Cette Brésilienne de 71 ans a pris part en 1972 à l’une des premières vagues de pionniers qui se sont installés le long de l’autoroute transamazonienne. Ce chantier pharaonique a été entrepris dans les années 70 sous la dictature militaire, pour peupler une région considérée comme vulnérable en cas d’invasion étrangère.

-Des terres sans hommes pour des hommes sans terre-

Sous le slogan: « Des terres sans hommes pour des hommes sans terre », le gouvernement a promis à des paysans pauvres de tout le pays une centaine d’hectares et une maison s’ils acceptaient d’aller vivre en Amazonie. Maria Helena, originaire du Rio Grande do Sul, à l’extrême sud du pays, a cru le régime sur parole en entendant un message à la radio. Mais elle a vite déchanté en arrivant.

« Ce n’était pas vrai, c’était un grand mensonge. Quand on est arrivé, il n’y avait rien », raconte-t-elle. A 25 ans, enceinte de jumeaux, elle a parcouru plusieurs milliers de kilomètres avec son mari Orlando pour s’installer dans l’Etat du Para (nord). Malgré la précarité des conditions de vie à leur arrivée, pas question de revenir en arrière: ils avaient déjà vendu leur maison dans le sud du Brésil et n’avaient plus les moyens d’y revenir.

-A trois heures de voiture de Santarem-

Pendant plusieurs mois, ils ont dormi à même le sol, sur la terre, dans un cabanon partagé avec d’autres nouveaux arrivants venus des quatre coins du pays. Sa famille a fini par recevoir un lot de forêt vierge près de Ruropolis, à trois heures de voiture de Santarem, où elle vit actuellement.

Le gouvernement leur avait promis une maison meublée, mais ils n’en ont pas vu la couleur. Sur place, pas d’eau courante. Ils ont bien tenté d’élever du bétail, mais les conditions ne s’y prêtaient pas. « C’était la misère », résume-t-elle. « Nous avons beaucoup souffert. Beaucoup de gens sont morts », insiste-t-elle, évoquant notamment de terribles épidémies de paludisme.

Son mari a finalement trouvé un gagne-pain: il a investi dans l’achat d’une tronçonneuse pour couper des arbres dans leur lot et a commencé à se faire payer pour déboiser les parcelles voisines. C’était le début de la déforestation en Amazonie, qui s’est accélérée lors des décennies suivantes, avec une expansion agricole effrénée, la jungle laissant place à des pâturages ou des champs de soja à perte de vue.

-Maria Helena en charge de famille-

Mais quelques mois plus tard, Orlando s’est grièvement blessé lors de la chute d’un arbre qui a tué l’un de ses collègues. Maria Helena s’est donc retrouvée avec la famille à charge. Même si elle n’avait fait que quelques années d’école primaire, elle s’est inscrite à une formation pour devenir institutrice et a commencé à enseigner dans un établissement au bord de l’autoroute.

Malgré les difficultés, Maria Helena refuse de s’apitoyer sur son sort car elle sait bien que d’autres ont encore plus souffert. « Ce n’était pas facile, mais j’ai dû faire face. Je n’allais pas nous laisser mourir de faim », raconte-t-elle. Même si elle est consciente d’avoir pris part à la déforestation, cela ne l’empêche pas d’être concernée par la propagation des foyers d’incendie qui ont dévasté des régions d’Amazonie cette année.

La déforestation de la plus grande forêt tropicale au monde a presque doublé lors des huit premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2018, pour atteindre 6.404 kilomètres carrés, plus de deux fois la superficie du Luxembourg. « Je ne vois pas les choses de la même façon que quand je suis arrivée. On dépend beaucoup de la forêt », affirme-t-elle.

« J’ai pleuré plus d’une fois et demandé à Dieu d’aider à faire en sorte que la forêt ne soit pas rayée de la carte », conclut-elle.

 

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