La « vraie Chine » demeure inconnue des Occidentaux

8 octobre 2015
Mis à jour: 14 mars 2016

Quand la plupart des médias internationaux abordent les questions relatives à la Chine, l’angle d’approche est la plupart du temps optimiste. L’essentiel de l’information se concentre bien souvent sur les indicateurs économiques. Ces données sont très prisées par les analystes en quête de signe que la Chine maintient sa croissance économique, et que le pays tend vers un système juridique et financier plus développé.

Ce 1er octobre, lors d’un séminaire consacré aux droits de l’homme qui s’est tenu à l’Université d’État de Californie, à San Marcos, un comité de cinq membres se sont réunis. Issus de divers horizons, les participants ont livré un témoignage très différent de ce qu’ils nomment « la vraie Chine ».

Le forum a été organisé par le groupe Citizens for Global Solutions (CGS), en réponse aux récents événements troublants survenus en Chine. Parmi eux, le « Black Friday » (le 10 juillet dernier, ndr), une journée durant laquelle au moins 200 avocats des droits de l’homme ont été arrêtés à travers le pays. D’après les chiffres recueillis par le CGS, le nombre exact serait plutôt de l’ordre de 2 000.

Le séminaire se voulait aussi en lien avec la récente visite aux États-Unis de Xi Jinping. Cette première visite officielle du chef de file du Parti communiste chinois était placée sous le thème des négociations sur le développement économique et les initiatives liées au changement climatique.

« C’est précisément ce sur quoi, le gouvernement chinois aimerait que les pays occidentaux se focalisent : comment le pays met de nouvelles lois en vigueur, et l’illusion d’avancées vers l’établissement d’un État de droit. Moi, aussi, je me suis laisser piégé », regrettait Yong Feng Peng, avocat chinois des droits de l’homme et membre du comité.

« Cependant, ce que j’ai vécu personnellement m’a montré une réalité, complètement différente », a t-il témoigné.

Le règne du mensonge

En tant qu’ancien avocat du cabinet Hebei Hope, de la province du Hebei, Peng, est un témoin privilégié. Il a vu de près le traitement accordé aux droits de l’homme et aux défenseurs de la démocratie, à ceux qui protestent contre les expropriations violentes (de leurs domiciles), ainsi que les groupes religieux et spirituels persécutés en Chine, en particulier la pratique méditative du Falun Gong, aussi appelé Falun Dafa.

« Quand vous en venez à parler de l’Holocauste, vous vous rendez compte que c’est étonnamment similaire », explique M. Kilgour

Au cours des 16 dernières années, les pratiquants de Falun Gong ont été régulièrement arrêtés pour avoir accompli de simples exercices, lu certains livres. Ou plus simplement parce que, d’après les autorités, l’enseignement d' »authenticité, bienveillance, tolérance » – les principes du Falun Gong – ne correspondent pas à l' »idéal marxiste-athéiste » largement répandu dans la société et l’éducation chinoise. Ils sont alors jetés dans des camps de travaux forcés, torturés et poussés à renoncer à leur foi.

Peng estime qu’après tant d’années consacrées à défendre au mieux ces personnes, sans pour autant observer de résultats probants, il n’avait fait qu’appliquer la loi. « En Chine » affirme-il, « ce n’est pas la loi qui prime, c’est  » le règne du mensonge  » « .

L’exemple le plus choquant de la maltraitance infligée à ces « prisonniers de conscience » est un programme soutenu par le régime, qui permet de procéder à des analyses de compatibilité des tissus des prisonniers avec ceux de patients en attente de greffes d’organes. Les prisonniers peuvent ensuite être tués à la demande, dans un processus lucratif, appelé prélèvement d’organes. Les organes sont vendus à de riches Chinois, ou à des touristes médicaux.

Amnesty International révèle que la Chine à elle seule, exécute plus de personnes que le reste du monde combiné.

Pour Greg Autry, membre du comité et Professeur à l’école de Commerce Marshall de l’Université de Californie du Sud « pendant des années, la Chine a menti au monde, et affirmé ne pas utiliser ces organes dans des transplantations ». Greg Autry est co-producteur du livre et du film « Death by China ».

« Cependant, c’était un jeu d’enfant de constater, à partir des données disponibles, que le don d’organe n’est pas un acte populaire en Chine. Cela pour un certain nombre de raisons historiques. Le pays n’a pas non plus de liste de donneurs d’organes », continue t-il.

En 2009, les autorités chinoises ont finalement reconnu que l’essentiel de leurs organes transplantés étaient prélevés sur les prisonniers.

Un Holocauste moderne

« C’est à peine croyable », confie Autry, au sujet de la pratique des prélèvements d’organes en Chine. « Avant, et même pendant la seconde guerre mondiale, les Américains étaient incrédules devant les récits décrivant les horreurs commises par l’Allemagne nazie. Ce n’est qu’après la guerre, lorsque les camps ont été libérés, que nous avons saisis tout ce qui s’y était passé ».

Le comité comptait aussi en son sein, David Kilgour, ancien membre du Parlement canadien et nominé pour le prix Nobel de la Paix. Depuis une dizaine d’années, Kilgour mène des enquêtes sur les allégations de prélèvements d’organes forcés, pratiqués sur des prisonniers de conscience en Chine. « Quand vous en venez à parler de l’Holocauste, vous vous rendez compte que c’est étonnamment similaire », explique M. Kilgour.

Pour Kilgour, et David Matas, un autre avocat canadien des droits de l’homme, avant 2005, ce sont entre 40 000 et 60 000 personnes qui auraient été tuées en Chine pour leurs organes. Dans son livre « The Slaughter », un autre enquêteur, Ethan Gutmann, estime le nombre de morts à environ 65 000 entre 2000 et 2007. Les vrais chiffres sont certainement beaucoup plus élevés.

Kilgour a partagé le récit direct d’un receveur d’organe, venant d’un pays sous anonymat, qui a voyagé en Chine. Le patient explique que les médecins ont vérifié une liste de noms, avant de disparaître pendant quelques heures. Puis ils sont revenus huit fois, chaque fois avec un rein différent, le temps de trouver le rein compatible (au niveau du sang et des tissus). Huit personnes avaient clairement été tuées ce jour-là, pour que ce patient reçoive un seul rein !

Cet été, Ileana Ros-Lehtinen, Représentante de Floride, a introduit une résolution auprès du Congrès américain, pour condamner les crimes de prélèvement d’organes en Chine. Le site internet du Congrès américain www.congress.gov, révèle que le projet de loi a recueilli quelques 120 soutiens.

« Je suis convaincu de l’importance de bien agir et de condamner les prélèvements d’organes, au niveau personnel, et de voir notre gouvernement saisir avec courage l’opportunité de se positionner et d’agir », a déclaré Autry. « Je salue les membres du congrès, qui sont prêts à prendre position sur cette question ».

Cependant, Autry estime que les Américains devraient aussi faire pression sur les entreprises qui ont délocalisé en Chine, puisque leurs activités aident financièrement le régime chinois à commettre de tels crimes.

L’oppression au-delà des frontières chinoises

Anastasia Lin, représentante du Canada à l’élection Miss Monde 2015 faisait également partie du comité de jeudi dernier. Celle qui a été couronnée en mai prévoit de participer le 19 décembre prochain au concours de Miss Monde, organisé cette année à Sanya en Chine. Cependant, sa position sur la question des droits de l’homme, qu’elle exprime franchement, risque de mettre en cause son autorisation d’entrée dans le pays.

« Leurs esprits et leurs croyances ont été si étroitement confinés qu’ils ne se souviennent même pas avoir le choix », s’attriste Anastasia Lin.

Il y a neuf ans, une ancienne Miss Monde Canada expliquait à Anastasia Lin que la beauté pouvait être mise au service d’une noble cause. Lin a pris ce conseil à cœur, et s’exprime aujourd’hui ouvertement sur la situation de ceux qui sont persécutés en Chine, comme les Ouïghours, les Tibétains, les Chrétiens et les pratiquants du Falun Gong.

Après son élection, Lin a déclaré que son père, resté en Chine, était heureux. Mais quelques jours plus tard, ce dernier l’a rappelé pour lui demander de ne plus parler de la situation des droits de l’homme en Chine. Il a reconnu que des forces de sécurité chinoises lui avaient rendu visite.

« Mon père m’a envoyé un sms, pour me supplier d’arrêter : « s’il te plaît », écrivait-il, « ne complique pas notre survie en Chine ! » Ce message m’a vraiment brisé le cœur », confie-t-elle. Toute une semaine durant, elle a pleuré, ne sachant que faire, quelle décision prendre. Finalement, elle a décidé de ne pas céder, car l’oppression ne ferait que continuer. Elle a réalisé que le meilleur moyen de venir au secours de son père consistait à attirer l’attention internationale sur la question.

Anastasia Lin a partagé son histoire auprès des médias canadiens, avant d’envoyer un éditorial au Washington Post. D’autres grands médias ont aussi couvert son histoire. Elle explique avoir été touchée par la détermination des pratiquants de Falun Gong de Chine, qui malgré les tortures auxquelles ces derniers font face, tiennent bon dans leur foi.

« Plus que leur capacité à supporter toutes sortes d’épreuves » commente t-elle, « pour moi, c’est surtout leur capacité à garder une attitude très positive, et à continuer à voir le monde avec compassion, qui a été une grande source d’inspiration ».

L’espoir pour la Chine et pour le monde

Si la jeune femme entend prendre la parole, c’est d’après elle non seulement pour parler au nom de ceux qui sont persécutés, mais aussi pour réveiller les consciences des personnes comme son propre père. Les personnes âgées, qui ont connu des terreurs telles que la campagne politique de la Révolution culturelle, sont aujourd’hui paralysées par la peur. « Leurs esprits et leurs croyances ont été si étroitement confinés qu’ils ne se souviennent même pas avoir le choix », s’attriste Anastasia Lin.

Le Dr Chen partage le même espoir de toucher le cœur des personnes qui vivent hors de Chine. Il est persuadé que beaucoup de politiciens occidentaux et groupes de médias s’autocensurent, et se détournent des sujets des droits de l’homme en Chine, pour des questions d’intérêts économiques et d’affaires commerciales. Toutefois, il pense que ces derniers finiront bien un jour par être obligé de choisir quelle posture ils vont adopter devant la tonne de preuves des crimes horribles perpétrés par le régime chinois.

LIRE AUSSI: Pourquoi est-il si difficile de croire que la Chine prélève des organes sur des personnes vivantes ?

Le Dr Chen a également déclaré que les pratiquants de Falun Gong en Chine et dans le reste du monde n’ont jamais cessé d’exposer les abus qu’ils ont subit, permettant de faire évoluer la situation en Chine. Le 1er mai de cette année, la Cour Suprême populaire de Chine a commencé à accepter toutes les plaintes écrites, plutôt que les rejeter en bloc comme c’était jusqu’ici le cas.

Près de 180 000 personnes ont ainsi pu porter plainte contre Jiang Zemin, l’ancien dirigeant chinois, à l’origine de la persécution du Falun Gong lancée en juillet 1999. « Je pense que l’avenir des droits de l’homme en Chine, se joue maintenant, parce que le vent a tourné », prévient le Dr Chen. « Ceux qui s’opposent à la marche de l’histoire, sont ceux qui risquent gros. Parmi eux, beaucoup des dirigeants politiques de ce pays ».

L’intervenant Greg Autry exhorte plus de gens à s’intéresser aux droits de l’homme en Chine et à comprendre que les problèmes qui s’y rapportent affectent également leurs propres vies. « Lorsque vous ignorez les souffrances des autres, vous compromettez votre propre intégrité et en même temps, vous fragilisez vos propres droits », avertit Autry.

Des membres de la communauté locale, des étudiants, des lycéens, dont beaucoup découvraient pour la première fois les épineux sujets abordés, ont assisté à la rencontre sur les droits de l’homme de jeudi dernier.

Alex Raydan, étudiant au Rancho Buena Vista High School, a assisté à l’événement avec ses amis, à l’occasion d’un devoir communautaire pour la classe. Il estime avoir énormément appris et trouve que l’événement était profond et touchant.

« C’est la première fois que j’entends parler du Falun Gong. Je suis extrêmement choqué de ne le découvrir que maintenant, parce qu’il s’agit d’un problème mondial très important », analyse t-il. « Je suis vraiment très motivé pour en parler et commencer à agir d’une manière qui aidera la situation en Chine ».

Article en anglais : Human Rights Panel Says Westerners Don’t See The  » Real China « 

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