Affaire Jeffrey Epstein : Bill Clinton dit ne rien savoir alors qu’il a réalisé au moins 26 voyages à bord du « Lolita Express »

Par Mimi Nguyen-ly
10 juillet 2019 Mis à jour: 18 juillet 2019

L’attaché de presse de l’ancien président américain Bill Clinton a fait une déclaration le 8 juillet, affirmant que M. Clinton « ne sait rien des crimes terribles » liés à Jeffrey Epstein, le milliardaire pédophile qui a été arrêté le 6 juillet dans le New Jersey pour trafic sexuel.

Selon un acte d’accusation déposé par le Southern District Court de New York, Jeffrey Epstein, 66 ans, a abusé sexuellement et exploité des dizaines de filles, dont certaines n’avaient que 14 ans, à New York et en Floride. Les documents ont été publiés en ligne (pdf) par la Cour le 8 juillet.

L’ancien président Bill Clinton à Port-au-Prince, Haïti, le 22 mars 2010. (Sophia Paris/MINUSTAH via Getty Images)

« Le président Clinton ne sait rien des crimes terribles pour lesquels Jeffrey Epstein a plaidé coupable en Floride il y a quelques années, ou de ceux dont il a été récemment accusé à New York », a déclaré le secrétaire de presse de Clinton, Angel Ureña.

Le communiqué note ensuite que M. Clinton avait fait « quatre voyages au total » dans l’avion d’Epstein. Au moins deux de ces voyages en 2002 ont impliqué une rencontre avec M. Epstein.

« En 2002 et 2003, le président Clinton a fait un total de quatre voyages dans l’avion de Jeffrey Epstein : Un vers l’Europe, un vers l’Asie et deux vers l’Afrique, avec des arrêts liés au travail de la Fondation Clinton.

« Le personnel, les partisans de la Fondation et ses services secrets l’ont accompagné à chaque étape de chaque voyage. Il a eu une réunion avec Jeffrey Epstein dans son bureau de Harlem en 2002, et à peu près au même moment, il a fait une brève visite à l’appartement d’Epstein à New York avec un membre du personnel et son équipe de sécurité. »

La déclaration souligne ensuite que Bill Clinton n’a « pas parlé à M. Epstein depuis plus d’une décennie » et « n’a jamais été à Little St. James Island, au ranch d’Epstein au Nouveau Mexique, ni à sa résidence en Floride ».

Le message ci-haut résume le rapport de cet article.

La déclaration de M. Clinton sur J. Epstein ne mentionne pas les liens financiers qui les unissent. Le Daily Beast a rapporté que la Fondation COUQ, un ancien organisme de bienfaisance d’Epstein, avait donné 22 300 € soit 25 000 $ à l’organisme de bienfaisance de Bill et Hillary Clinton en 2006, et que COUQ figure sur une liste des donateurs actuels et anciens sur le site Web de la Fondation Clinton.

Il n’est pas clair combien de vols ont été impliqués dans chacun des quatre voyages de Clinton mentionnés dans sa déclaration.

Cependant, les carnets de vol indiquent que M. Clinton aurait fait 26 voyages distincts à bord du 727 d’Epstein, tristement connu sous le nom de « Lolita Express », après que la presse a rapporté que l’avion avait un lit qui était utilisé pour les relations sexuelles avec des jeunes filles.

Contrairement à ce qu’affirme Bill Clinton, The Political Insider a rapporté que cinq vols avaient été effectués sans ses services secrets.

En 2015, le site Gawker rapportait que les carnets de vol (pdf) montraient également que tous deux MM. Clinton et Epstein étaient à bord d’un vol intérieur entre Miami et Westchester County en 2002.

L’arrestation

Jeffrey Epstein a été arrêté le 6 juillet à l’aéroport de Teterboro, près de New York, après l’atterrissage de son jet privé depuis la France. Il a été détenu au Metropolitan Correctional Center, une prison fédérale, avant de comparaître au Palais de justice de Manhattan pour son audience du 8 juillet pour établir sa caution.

Le 8 juillet 2019, un groupe de protestation appelé « Hot Mess » brandissant des pancartes de Jeffrey Epstein devant le palais de justice fédéral dans le quartier Manhattan de New York City. (Stephanie Keith/Getty Images)

Jeffrey Epstein restera en prison au moins jusqu’au 15 juillet, date à laquelle l’enquête reprendra.

Selon les dernières accusations (pdf), de 2002 jusqu’en 2005 au moins ou vers 2005, M. Epstein « a attiré et recruté des mineures pour visiter son manoir de Manhattan, New York, et son domaine de Palm Beach, Floride, pour se livrer à des actes sexuels avec lui, après quoi il a donné aux victimes des centaines de dollars en liquide. »

Un acte d’accusation annonçant des accusations de trafic sexuel de mineurs et de complot en vue de commettre le trafic sexuel de mineurs contre Jeffrey Epstein déposé par le Southern District of New York est photographié à New York.

Les autorités ont également noté qu’Epstein « a payé certaines de ses victimes pour qu’elles recrutent d’autres filles qui seront victimes de la même violence » afin de maintenir et d’accroître son nombre de victimes. Les filles n’avaient que 14 ans et Epstein savait que certaines d’entre elles étaient mineures parce qu’elles le lui avaient dit directement.

Une entente préalable sur le plaidoyer

En 2007, Jeffrey Epstein a été accusé d’avoir exploité un réseau international de prostitution juvénile dans son manoir de Palm Beach et son domaine insulaire privé de 72 acres dans les Caraïbes, Little St. James Island.

Les filles mineures, pour la plupart âgées de 13 à 16 ans, étaient souvent transportées depuis les États-Unis à son domaine insulaire sur le « Lolita Express ».

Little St.James Island

L’arrestation d’Epstein le 6 juillet est survenue plusieurs mois après que le ministère de la Justice a publié, le 6 février, une déclaration très ferme annonçant une enquête interne sur l’entente relative au plaidoyer conclue en 2007 concernant les accusations selon lesquelles Jeffrey Epstein aurait agressé plus de 100 filles mineures sur une période de huit ans.

Dans le cadre de l’entente relative au plaidoyer, M. Epstein est devenu un délinquant sexuel enregistré après avoir plaidé coupable en 2008 à seulement deux chefs d’accusation de sollicitation d’une prostituée.

Il a évité de passer de longues peines derrière les barreaux et n’a purgé que 13 mois dans une prison de Floride en échange de la communication d’informations non divulguées aux autorités. Pendant cette période, il a bénéficié d’un programme de placement à l’extérieur lui permettant de quitter la prison 12 heures par jour, six jours par semaine, et de travailler sans surveillance à son bureau du centre-ville de West Palm Beach.

Sa peine de 13 mois était l’une des plus clémentes de l’histoire des États-Unis pour un délinquant sexuel en série.

Le 21 février, un juge fédéral a statué que les procureurs de l’Attorney’s Office du Southern District of Florida avaient enfreint la loi lorsqu’ils ont conclu une entente relative au plaidoyer parce qu’ils n’avaient pas avisé les victimes présumées d’Epstein pendant la négociation de plaidoyer, en violation de la Crime Victims’ Rights Act.

Jack Philips, Zachary Stieber et Melanie Sun ont contribué à ce rapport.

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