L’amour persistant d’un couple marqué par des années d’emprisonnement et de torture

Par Léonard Plantain
28 mai 2019
Mis à jour: 13 juillet 2019

Li Shanshan connaissait à peine Zhou Xiangyang avant d’être arrêté et condamné à neuf ans de prison, victime de la répression brutale du régime chinois contre la pratique spirituelle du Falun Gong.

Pourtant, elle n’avait aucun doute sur le fait de vouloir l’épouser.

« Nous ne nous sommes rencontrés que trois fois avant qu’il ne soit envoyé en prison. Nous ne nous sommes même pas tenus la main une seule fois. J’ai entendu parler de lui pour la première fois par sa famille, ses amis et ses lettres. Il a touché mon cœur, alors j’ai accepté d’être sa femme et de commencer ma vie extraordinaire avec lui », a-t-elle écrit dans une lettre ouverte publiée sur Minghui.org.

Li apprit rapidement que la plupart des proches de Zhou avaient également été emprisonnés pour avoir pratiqué le Falun Gong, à l’exception de son beau-frère, qui s’était chargé de leur rendre visite en prison.

Li voulait revoir Zhou et aussi l’aider, alors par une froide journée d’hiver, elle a décidé de lui rendre visite à la prison de Gangbei à Tianjin. Cependant, à son arrivée, on lui a dit que seuls les membres de sa famille pouvaient rendre visite aux prisonniers et on lui a refusé l’entrée.

Mais elle ne voulait pas abandonner. Tandis qu’elle se tenait dehors dans la neige et se demandait quoi faire, elle eut une idée : elle demanderait à un fonctionnaire de la prison d’officialiser leur mariage, à elle et Zhou, ce qui lui permettrait d’être un parent et de lui rendre visite.

Sa demande a grandement étonné les responsables de la prison. On ne leur avait jamais demandé de célébrer un mariage auparavant ; au contraire ils ont reçu de nombreuses demandes de divorce en raison de la rupture de couples causées par la pression de la campagne nationale de persécution lancée contre les pratiquants du Falun Gong par le régime chinois en juillet 1999.

C’était une tentative courageuse, mais Li n’a pas pu réaliser son souhait de se marier ce jour-là et elle n’a pas non plus pu voir Zhou. Mais elle a persisté et, cinq mois plus tard, les responsables de la prison ont finalement accepté de la laisser lui rendre visite.

C’était en décembre 2004. Cependant, sept ans s’écoulèrent avant qu’il ne soit libéré et que les deux puissent enfin se marier. Entre-temps, ils ont tous deux enduré beaucoup de souffrances à cause de la campagne de persécution contre les pratiquants de Falun Gong.

Zhou Xiangyang avant le début de la persécution du Falun Gong. (Minghui.org)

Appel à la libération de Zhou :

Lorsque Li a rencontré Zhou pour la première fois en 2003, il venait tout juste d’être libéré de 18 mois de détention dans divers camps de travail pour le motif de s’être rendu à Pékin afin de demander le droit de pratiquer librement le Falun Gong, une pratique de méditation traditionnelle également appelée Falun Dafa, basée sur les principes d’Authenticité, Bienveillance et Tolérance.

En raison de la persécution, Li a été forcée d’abandonner l’université parce qu’elle refusait d’abandonner la pratique du Falun Gong, et Zhou a perdu son emploi d’ingénieur.

Après l’arrestation de Zhou en 2004 et la condamnation à neuf ans de prison, Li a commencé à faire appel en sa faveur de toutes les manières possibles, malgré une pression énorme et le risque d’être arrêtée elle-même. Elle a écrit des lettres de plainte pour dénoncer les tortures et les mauvais traitements infligés à Zhou et a régulièrement appelé le directeur de la prison. Elle a également continué à essayer de rendre visite à Zhou en prison, sans grand succès.

Le harcèlement et l’intimidation ont commencé en janvier 2006. Li a été menacé pour avoir fait appel pour Zhou et a été suivie par des agents de la sécurité nationale. Puis sa maison a été saccagée et elle a été emprisonnée pendant un mois. Après sa libération, elle a été surveillée à son domicile, puis arrêtée de nouveau et envoyée dans un camp de travail pendant 15 mois.

« Je n’avais que 25 ans à l’époque. J’ai souffert du travail forcé et d’une solitude insupportable au camp, mais je ne regrette pas d’avoir fait appel pour Zhou », a-t-elle dit dans sa lettre ouverte, intitulée Le Parcours tragique d’un jeune couple : La fiancée de Zhou Xiangyang demande pendant sept ans à ce qu’il soit libéré.

« La veille de la fin de mon mandat, un responsable de la sécurité nationale est venu au camp pour me parler. Il a essayé de me faire abandonner mes appels pour Zhou. Je lui ai dit solennellement que j’aiderais tout ami dans le besoin, et encore plus mon fiancé. »

En détention, Li a failli souffrir d’un effondrement mental. Après sa libération, sa famille l’a à peine reconnue parce qu’elle était terriblement émaciée.

Prison de Gangbei à Tianjin, Chine. (Minghui.org)

« Torture de l’ancrage » et autres mauvais traitements :

Pendant ce temps, Zhou vivait un enfer à la prison de Gangbei. Il a été torturé à plusieurs reprises par des matraques électriques à haute tension, il a été constamment soumis à des coups violents, détenu en isolement pendant de longues périodes, et privé d’accès aux toilettes, selon le site Minghui, qui sert de centre d’information sur la persécution du Falun Gong.

Dans le cadre d’une tactique de lavage de cerveau, il a été forcé de regarder des vidéos qui calomniaient le Falun Gong. Il a également été contraint d’accomplir un travail d’esclave éreintant, bien qu’il fût blessé par les tortures incessantes qu’il subissait.

Une fois, il a été torturé par des matraques électriques pendant toute une nuit, ce qui lui a causé des brûlures, des blessures et des bleus sur tout le corps. Une autre fois, il a été privé de sommeil pendant 30 jours consécutifs.

Mais l’un des abus les plus durs auxquels Zhou a été soumis était ce qu’on appelle « la torture de l’ancrage ». Dans cette méthode de torture, les mains et les pieds de la victime sont liés à des anneaux métalliques, qui sont ancrés dans le sol. Les jambes sont séparées à un angle de 130 degrés et les deux mains sont attachées à un autre anneau à côté de l’un des pieds. Cette position fait que la victime souffre constamment. La victime peut ainsi être torturée 24 heures sur 24 pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Certains pratiquants de Falun Gong sont morts de cette torture, selon Minghui.

Zhou a enduré la torture de l’ancrage plusieurs fois. Après avoir entrepris une grève de la faim pour protester contre la persécution du Falun Gong, il a été mis à l’isolement et « ancré » sur le sol 24 heures sur 24 pendant presque un mois.

Illustration de la torture de l’ancrage. (Minghui.org)

Après un an de grève de la faim et de torture, Zhou était dans un état critique à plusieurs reprises. Amnesty International a fait de lui un cas « d’action urgente » et son cas a également été soumis à la Commission des droits de l’homme des Nations unies.

Le 28 juillet 2009, Zhou a été libéré sous caution médicale avant la fin de sa peine de prison.

« Quand Zhou est revenu pour la première fois de la prison de Gangbei, il était très faible », a déclaré Li. « Il mesurait 1 m 75 mais ne pesait que 39 kg. Il pouvait à peine marcher seul et il ne pouvait manger que de la nourriture liquide. À cause de la torture de l’ancrage, il n’a pas pu se tenir droit et n’a pas pu redresser son dos pendant plusieurs mois. »

Mais dès que Zhou est revenu à la pratique du Falun Gong et qu’il faisait régulièrement les exercices doux et de méditation, son corps a commencé à guérir. Le couple s’est finalement marié le 26 octobre 2009.

« En raison de 11 ans de persécution, la famille de Zhou a vécu une vie très difficile, nous n’avions donc pas l’intention d’organiser une cérémonie de mariage. Mais Zhou avait une très bonne réputation auprès de sa famille et de ses amis, tant de gens nous ont proposé de nous aider et ont organisé un festin », a déclaré Li.

« Enfin, j’ai pu mettre la robe de mariée blanche dont j’avais rêvé si longtemps. »

Remis en liberté et de nouveau arrêtés

Leur vie commune en tant que couple marié, cependant, a été de courte durée. Ils ont tous deux été arrêtés de nouveau le 5 mars 2011.

Après sa libération 20 jours plus tard, Li a entamé une autre série d’appels, écrivant des lettres à la prison où Zhou était détenu, à la Division de la sécurité intérieure et au parquet. Une pétition demandant la libération de la mère de Zhou accompagnant sa lettre ouverte a été signée par 2 300 habitants de sa ville natale, dans le comté de Changli.

Reconstitution de la torture par des matraques électriques. (Minghui.org)

Pour ses efforts, cependant, Li Shanshan a été arrêtée et condamnée à deux ans de prison au camp de travail forcé des femmes de Hebei. Là, elle a été maintenue confinée l’isolement pendant une longue période parce qu’elle ne voulait pas renoncer au Falun Gong, et elle a aussi été forcée de travailler comme esclave. Elle n’a pas eu le droit d’avoir de visiteurs pendant un an.

Mais la pétition a permis d’obtenir la libération de la mère de Zhou en avril 2012. C’était à son tour de faire appel pour Li. Elle et Zhou ont immédiatement commencé à faire des efforts pour la sauver.

Zhou a écrit une lettre ouverte aux autorités, intitulée Pure vérité et pure compassion, être dans l’erreur et être en danger. Lui et sa mère se tenaient devant les portes du camp de travail, racontant aux passants comment Li l’avait aidé à les sauver, et maintenant elle était emprisonnée. Plus de 5 200 personnes ont signé une pétition accompagnant sa lettre pour manifester leur appui.

Zhou a écrit : « Faut-il vraiment que nous épuisions notre jeunesse et que nous passions toutes nos meilleures années à faire appel et à présenter des pétitions pour défendre notre foi et protéger le droit fondamental à la liberté de croyance dans cette société ? »

Li a été libérée en novembre 2013 après avoir purgé sa peine. Juste au moment où ils semblaient enfin pouvoir avoir une vie conjugale paisible ensemble, le 2 mars 2015, ils ont de nouveau été arrêtés tous les deux.

Cette fois, Zhou a été condamné à 7 ans à la prison de Binhai et Li à 6 ans à la prison des femmes de Tianjin.

La mère de Li n’a pas été autorisée à lui rendre visite car elle aussi pratique le Falun Gong. Lorsque son père, qui ne pratique pas, a été admis pour la visite, Li était accompagnée de deux détenues qui ont dit qu’elle avait été torturée en étant obligée de rester debout pendant de longues périodes.

Après que Li eut dit à son père qu’on ne lui donnait que de maigres quantités de nourriture chaque jour, l’une des détenues lui a arraché le téléphone et ne lui a plus permis de parler.

Selon Minghui, de son côté Zhou fait une grève de la faim depuis plus de trois ans et demi, et chaque jour, il est conduit à l’hôpital de la prison pour être nourri de force, une forme de torture en soi.

Reconstitution d’un gavage forcé typique imposé aux pratiquants de Falun Dafa. (Minghui.org)

« La grève de la faim à long terme et les tourments physiques causés par le gavage ont affaibli et brisé cet homme de 45 ans », indique le rapport.

Selon le Falun Dafa Info Center (vous pouvez visiter ce site similaire en français), depuis le lancement de la campagne de persécution en 1999, des millions de personnes qui pratiquent le Falun Gong ont subi les mêmes injustices que Li et Zhou.

« Des millions de personnes ont été victimes d’emprisonnement injustifié, de séances de ‘lavage de cerveau’ et de torture, et des milliers de décès ont été confirmés en détention », selon la FDIC.

« Des dizaines de millions de personnes pratiquent le Falun Gong aujourd’hui en Chine, chaque jour, et tiennent bon au risque d’être emmenées par les autorités chinoises pour être emprisonnées, torturées, ou pire. »

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