L’ancien Premier ministre chinois Wen Jiabao victime de la censure

Par Nicole Hao
21 avril 2021
Mis à jour: 21 avril 2021

L’ancien premier ministre chinois Wen Jiabao a publié un article à la mémoire de sa mère décédée le 15 avril. Cependant, l’essai a été censuré, peut-être parce que Wen Jiabao a appelé de manière discrète à l’équité, à la justice, à l’humanité et à la liberté pour le pays.

Wen Jiabao, aujourd’hui âgé de 78 ans, a été le deuxième plus haut responsable de la Chine de 2003 à 2013. Il a déclaré dans l’article que sa vie à ce poste était « comme marcher sur de la glace fine ».

Les Chinois ont été surpris de savoir que même Wen Jiabao ne peut pas échapper à la censure de plus en plus stricte du régime.

« WeChat a censuré l’hommage poignant rendu par Wen Jiabao à sa mère lors du festival de Qingming[ jour de balayage des tombes en Chine]. Cela m’a vraiment [rendu] sans voix ! » c’est le message posté par Gao Yu, journaliste et chroniqueur chinois, sur Twitter le 19 avril.

Gao Yu a précisé que Wen Jiabao comprendrait très bien les idéologies communistes et s’autocensurerait strictement, laissant de nombreux Chinois surpris de voir son article interdit.

Feng Chongyi, professeur associé en études chinoises à l’université de Technology Sydney, a dit lundi à l’édition chinoise d’Epoch Times que Wen Jiabao a exprimé indirectement sa déception et son mécontentement à l’égard du régime de Xi Jinping en écrivant dans l’hommage l’expérience de ses parents et ses propres sentiments, ce qui explique pourquoi le régime ne permet pas aux gens de le lire.

L’essai de Wen Jiabao

La mère de Wen Jiabao est décédée fin 2020 à l’âge de 99 ans.

Pour exprimer sa tristesse et sa gratitude, Wen Jiabao a écrit un long article avant le festival Qingming, qui avait lieu le 4 avril. Du 25 mars au 15 avril, l’essai de Wen Jiabao a été divisé en 4 parties et publié dans le Macao Herald, un journal local de Macao dont le siège est basé dans la ville voisine de Zhuhai, dans la province du Guangdong, dans le sud de la Chine.

Dans cet article, Wen Jiabao évoque la vie de sa mère et décrit comment son père a été torturé pendant la Révolution culturelle, qui a duré 10 ans, de 1966 à 1976, parce qu’il était enseignant.

« Mon père était détenu à l’intérieur de l’école et était fréquemment interrogé, grondé et battu. Un jour, les rebelles ont frappé son visage et lui ont causé un gonflement. L’enflure est si grave qu’il ne pouvait plus rien voir », a écrit Wen Jiabao.

Le régime communiste chinois a envoyé presque tous les érudits, les lettrés et les enseignants dans les zones rurales pour travailler comme agriculteurs, et les a humiliés en public pendant la Révolution culturelle.

Wen Jiabao a expliqué à plusieurs reprises comment sa mère lui a appris à être un homme et un fonctionnaire vertueux qui chérit et suit la norme morale, et qui prend soin des groupes vulnérables.

Lorsque Wen Jiabao a été nommé Premier ministre, il a déclaré que sa mère lui avait écrit des lettres pour l’encourager. Il a ensuite écrit : « J’ai travaillé à Zhongnanhai (le gouvernement central de la Chine) pendant 28 ans… J’ai suivi les ordres très attentivement, comme si je marchais sur de la glace mince ou à côté d’un abîme sombre. Je me suis toujours préparé à être licencié dès le premier jour. »

À la fin de l’article, Wen Jiabao exprime son souhait : « Dans mon cœur, la Chine devrait être un pays plein d’équité et de justice. Dans ce pays, la volonté du peuple, l’humanité et la nature humaine devraient toujours être respectées, et l’esprit devrait toujours être jeune, libre et diligent. »

L’ancien Premier ministre chinois Wen Jiabao (au centre) passe devant l’ancien dirigeant chinois Hu Jintao (à gauche) et le dirigeant actuel Xi Jinping (à droite) lors de la séance de clôture du congrès du Parti à Pékin, en Chine, le 17 mars 2013. (Feng Li/Getty Images)

Victime de la censure

L’essai de Wen Jiabao n’a pas attiré beaucoup d’attention au départ, car le Macao Herald s’adresse principalement aux lecteurs de Macao.

Le 17 avril, l’article a été partagé des centaines de milliers de fois sur les médias sociaux chinois après avoir été repris par des commentateurs et par Phoenix télévision, un média pro-Pékin basé à Hong Kong, sous la forme d’un article complet.

Quelques heures plus tard, l’essai a été interdit par les plateformes de médias sociaux chinoises, et le Phoenix TV a également supprimé l’article. Mais une version archivée de la page web ainsi que des copies en cache sont toujours accessibles en dehors de la Chine.

En opposition à Xi ?

Tang Jingyuan, un commentateur des affaires chinoises basé aux États-Unis, a dit à Epoch Times dans une interview téléphonique le 19 avril : « Wen Jiabao a dit qu’il avait reçu une grande éducation de sa mère. Il sous-entendait que Xi Jinping n’a pas reçu une bonne éducation de ses parents. »

« Le père de Xi est un libéral au sein du Parti communiste. Il[le père de Xi] était contre la Révolution culturelle [qui a été lancée par l’ancien dirigeant chinois Mao Zedong], il soutenait le libre-échange et l’économie de marché », explique Tang Jingyuan. « Xi a une opinion politique différente de celle de son père. Il essaie d’adapter les politiques de Mao Zedong à la Chine actuelle. »

« Par ailleurs, la vocation de Wen Jiabao s’oppose totalement à la stratégie de Xi Jinping », a déclaré M. Tang, soulignant que les administrations de Xi construisent un pays totalitaire en contrôlant chaque personne par des règles et règlements stricts.

« Qui ose parler publiquement de liberté, de justice ou d’humanité en Chine ? » a demandé M. Tang. « Les écrits de Wen Jiabao accusent le régime de Xi de chercher à obtenir l’injustice, l’inhumanité, l’iniquité et la persécution en Chine. »

Le Premier ministre chinois Wen Jiabao s’exprime lors d’une conférence de presse après la clôture du Congrès national du peuple à Pékin, en Chine, le 14 mars 2012. (Feng Li/Getty Images)

De plus, Xi a ordonné que tous les fonctionnaires et le peuple chinois construisent une « vision correcte de la culture du Parti », ce qui signifie que peu importe ce qui s’est passé dans l’histoire, les personnes parlant en public ne doivent présenter qu’une image du « grand, glorieux et correct Parti communiste chinois ».

« Comme l’enfant dans l’histoire Les habits neufs de l’empereur qui s’exclame que l’empereur ne porte rien du tout, la version de la Révolution culturelle de Wen Jiabao a révélé la vérité de la vie en Chine que le régime de Xi interdit totalement de mentionner », a ajouté M. Tang.

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