L’Argentine, une semaine après les Kirchner

1 décembre 2015
Mis à jour: 11 décembre 2015

Avec l’élection de Mauricio Macri, la troisième économie d’Amérique du Sud sort de 12 années d’une ère Kirchner dont le bilan est peu flatteur. Après une semaine au pouvoir, le nouveau président libéral a donné le ton de son mandat : « Davos » et « Mercosur ».

Les années 2000 ont été difficiles en Argentine. Il faut dire que Nestor Kirchner – on pourrait dire « et sa femme », tant les deux ont indissociablement exercé ensemble le pouvoir – avait été élu presque par défaut en 2003 à la suite de la banqueroute nationale. Péroniste, il n’a su piloter son pays qu’au jour le jour et avec la liberté limitée que lui laissait l’immense réseau des péronistes positionnés à tous les niveaux de l’appareil d’État.

Si Kirchner a réussi à renégocier la dette argentine lors de son début de mandat, le clientélisme débridé de son pouvoir – repris en 2007 par son épouse – a rapidement fait dégringoler l’Argentine au fin fond du classement de Transparency International sur la corruption.

Cristina Kirchner, auréolée au début de son mandat par la reprise économique dans le pays, a rapidement cimenté contre elle une large opposition, des agriculteurs d’abord qu’elle a massivement taxés à l’export, puis de toute la société face aux scandales de corruption à répétition et aux assassinats politiques supposés.

Début 2015 par exemple, Mme Kirchner tentait, en démantelant les services de renseignement argentins, d’éteindre le feu allumé par la mort suspecte du procureur Alberto Nisman, sans réussir mieux qu’à donner une nouvelle impression d’amateurisme. Le procureur s’était « suicidé » le jour où il devait témoigner en justice contre Cristina Kirchner en l’accusant d’avoir protégé des terroristes en échange de contrats commerciaux.

« Je défends la démocratie. J’ai une position claire qui refuse les prisonniers politiques et les violations de la liberté d’expression au Mercosur ».Mauricio Macri Président de l’Argentine

L’imprédictibilité du gouvernement argentin a rapidement fait fuir les investisseurs du pays : l’Argentine est aujourd’hui au bord de la récession, menacée par des fonds vautours à qui elle doit, par décision de la justice américaine, plus de 7 milliards de dollars. Cristina Kirchner a soigneusement laissé le dossier de côté pour le transmettre à son successeur.

Retrouver la confiance des investisseurs

Les entreprises étrangères, échaudées par les nationalisations forcées et l’alliance des Kirchner avec le Venezuela chaviste, ont barré l’Argentine de la liste des nations d’intérêt.

Les premières annonces de Mauricio Macri après son élection sont des messages clairs : en premier, l’Argentine retournera dès janvier 2016 au forum de Davos, snobé par les Kirchner, « afin de discuter avec des présidents et des personnalités sur l’investissement ». « Nous allons profiter de cette invitation à laquelle l’Argentine n’a pas répondu pendant une décennie », a déclaré le président Macri sur la chaîne nationale Canal 26.

Seconde annonce, pour une sortie du protectionnisme, la possibilité de relancer les discussions du Mercosur, le marché commun sud-américain. L’Europe y compte : « Les électeurs de certains pays ont fait un choix qui va peut-être nous autoriser à espérer aller dans une meilleure direction », a indiqué Jean Asselborn, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères cité par le Buenos Aires Herald.

Pour Mauricio Macri cependant, pas question d’y côtoyer le régime chaviste. Lors du prochain sommet du Mercosur le 20 décembre au Paraguay, l’Argentine y demandera purement et simplement l’exclusion du Venezuela : « Je défends la démocratie et ce qui se déroule au Venezuela ne reflète pas la démocratie ; ceux qui ne voient pas cela, c’est parce que cela leur convient ; j’ai une position claire qui refuse les prisonniers politiques et les violations de la liberté d’expression au Mercosur », a expliqué Mauricio Macri, déjà suivi dans cette position par l’Uruguay.

Une équipe gouvernementale venue du monde des affaires

Mauricio Macri, qui prendra officiellement ses fonctions le 10 décembre, a déjà donné des indications sur la composition de son équipe, dans laquelle les postes clés sont attribués à des économistes et à des dirigeants du monde des affaires : au ministère des Finances par exemple, un ancien cadre de la banque américaine JPMorgan, Alfonso Prat-Gay. À la tête de la Banque centrale, Federico Sturzenegger, économiste formé au MIT et actuellement à la tête de la Banco Ciudad de Buenos Aires, dont il a fait en six ans l’entreprise d’État la plus rentable d’Argentine.

La Banque centrale, d’ailleurs, est le plus pressant problème de Mauricio Macri : insuffisamment indépendante, elle a beaucoup servi sous Kirchner à éponger la dette souveraine et à soutenir le peso, au point que le faible niveau de ses réserves de change met aujourd’hui le pays en danger.

L’Argentine est aujourd’hui au bord de la récession, menacée par des fonds vautours à qui elle doit plus de 7 milliards de dollars.

Au ministère de l’Énergie – secteur stratégique en Argentine – Juan José Aranguren, un ancien patron de Shell Argentine, qui se donne comme premier objectif de diminuer la part d’énergie importée, un « crime » selon lui au vu de la richesse en ressources énergétiques du pays. Dans le même temps, M. Aranguren a pris à revers l’opposition qui agite le chiffon rouge de privatisations massives et a affirmé que la compagnie pétrolière publique argentine YP resterait aux mains de l’État.

M. Macri va devoir appliquer une thérapie de choc à l’Argentine en commençant par une réévaluation du peso, il ne dispose que d’une partie des leviers pour le faire pour les deux années à venir, le Congrès étant contrôlé par les péronistes, au moins jusqu’aux prochaines élections législatives de 2017. Subira-t-il la malédiction des autres gouvernements non péronistes qui n’ont jamais tenu le temps d’un mandat ? Sa coalition de centre-droit, libérale modérée, devrait lui permettre de garder le soutien populaire et de mettre en place son programme, pour autant qu’il sache rallier les gouverneurs des provinces et qu’il ne découvre pas dans les finances nationales de « pilule empoisonnée » laissée par ses prédécesseurs.

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