Le beau temps et ses irritants

23 juin 2015
Mis à jour: 26 octobre 2015

 

Bien que ce soit le retour de la belle saison, la lumière et la chaleur ont aussi parfois leur lot d’inconvénients. Aussi, les changements climatiques exacerbent certains phénomènes estivaux qui peuvent avoir des effets néfastes sur la santé, comme le pollen de l’herbe à poux, les épisodes de smog et les épisodes de chaleur accablante. Voici un aperçu de ces phénomènes ainsi que quelques conseils pour vous aider à protéger votre santé et celle de vos proches.

Le pollen de l’herbe à poux

Si l’été rime avec renaissance des écosystèmes, pour certains, le pollen libéré dans l’air peut être très incommodant. Le pollen de l’Ambrosia artemisiifolia, appelé aussi «herbe à poux» – à ne pas confondre avec l’herbe à puce –, provoque la «rhinite allergique», souvent appelée «rhume des foins» qui, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, toucherait 17% de la population québécoise.

Les symptômes sont relativement bénins, mais importuns: éternuements, écoulement nasal, picotements dans la gorge, démangeaisons aux yeux, etc. Bien qu’elle ne soit pas la seule plante à libérer du pollen (les arbres et les graminées en libèrent aussi), l’herbe à poux provoque ces symptômes chez une personne sur sept et, selon l’Association pulmonaire du Québec, elle peut aussi augmenter la sévérité et la fréquence des épisodes d’asthme.

Selon un rapport du consortium d’experts Ouranos, le changement climatique provoquerait l’augmentation de pollen dans l’air et son allergénicité ainsi qu’un allongement de la saison pollinique. En effet, selon cette source, «à Montréal, la saison de croissance de l’herbe à poux serait passée de 42 à 63 jours entre 1994 et 2002».

Toutefois, ne nous décourageons pas. Pour l’éradiquer, il suffit d’arracher les plants (avec leurs racines) ou de les tondre deux fois dans l’été, avant leur pollinisation, à la mi-juillet et à la mi-août. Par ailleurs, le pollen ne voyage pas sur de longues distances, soit généralement moins d’un kilomètre. Des actions locales peuvent donc avoir des effets bénéfiques importants.

Les épisodes de smog

Les épisodes de smog sont associés à une mauvaise qualité de l’air et peuvent avoir des effets néfastes sur la santé. Selon le Dr Jean Zigby, président de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement: «Il y a de plus en plus d’évidences que la qualité de l’air ambiant, intérieur comme extérieur, est un facteur très important pour la santé humaine. […] Contrairement aux intestins qui ont des défenses pour protéger le corps des pathogènes et au foie qui nettoie le sang en provenance du système gastro-intestinal, il n’y a pas cette forme de protection pour les voies respiratoires. Quand on respire, les toxines peuvent entrer très facilement [dans le corps].»

Le mot «smog» provient de la contraction des mots anglais smoke et fog. C’est une brume jaunâtre constituée de particules fines et de molécules d’ozone qui s’accumulent lors de journées sans vent. Bien que l’ozone soit bénéfique pour nous protéger des rayons ultraviolets lorsqu’il est à haute altitude, c’est un irritant des voies respiratoires lorsqu’il est présent au sol. Sa présence n’est pas naturelle, mais résulte de sous-produits d’émissions de véhicules motorisés, de procédés industriels ou de chauffage au bois, appelés oxydes d’azote et composés organiques volatils qui, sous l’effet de la lumière et de la chaleur, réagissent ensemble pour le produire. Le smog peut provoquer la toux et une respiration sifflante, irriter la gorge, etc.

D’ailleurs, en 2013, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré la pollution atmosphérique comme cancérigène. Non seulement est-elle cancérigène, mais elle favoriserait aussi les maladies cardiovasculaires ainsi que les infections: «La mauvaise qualité de l’air cause plus d’accidents cardiovasculaires majeurs, comme les crises cardiaques, et mineurs qui causent des faiblesses ou des douleurs transitoires. Et, aussi, le smog provoque une diminution de l’immunité qui est la cause d’un plus grand nombre d’infections. Nous avons plus de probabilité d’avoir un rhume, une grippe, une pneumonie après des périodes de smog parce que notre système immunitaire est affaibli alors que notre système inflammatoire est renforcé», affirme le Dr Zigby.

Les épisodes de chaleur accablante

Les périodes de chaleur accablante ou extrême peuvent aussi avoir des effets néfastes sur la santé. Le Dr Zigby confirme: «C’est certain, il n’y a aucun doute, la qualité de l’air et la chaleur accablante causent une augmentation de la fréquence de visites aux salles d’urgence. Ceci commence de 24 h à 48 h après le début de la chaleur intense et se continue de 3 à 5 jours après. C’est un phénomène qui a été démontré partout dans le monde.»

Les principaux problèmes de santé qui découlent de l’exposition à une chaleur soutenue sont la déshydratation, les maux de tête, les étourdissements, la confusion, les évanouissements. Dans les cas plus graves, la chaleur peut exacerber des problèmes de santé déjà existants et même précipiter les individus vulnérables vers la mort. Par exemple, selon l’Institut national de santé publique du Québec, au cours de la semaine du 4 au 10 juillet 2010, un épisode de chaleur extrême a eu lieu au Québec ce qui aurait provoqué une hausse de la mortalité, toutes causes confondues, de 30,1%, par rapport aux années précédentes.

Par ailleurs, selon les experts du changement climatique, les vagues de chaleur accablante et extrême sont de plus en plus fréquentes au Québec. En ville surtout, la chaleur s’accumule particulièrement puisque les surfaces minéralisées et foncées, tel l’asphalte, absorbent davantage la chaleur que les environnements végétalisés, un phénomène appelé «îlot de chaleur urbain».

Ainsi, certaines personnes peuvent en être particulièrement incommodées, en particulier les personnes à mobilité réduite qui ont du mal à se déplacer vers les endroits frais, celles souffrant de maladies chroniques, les jeunes enfants et les personnes souffrant de problèmes de santé mentale qui peuvent avoir du mal à ressentir la chaleur et la soif. Lors de grandes chaleurs, il est recommandé de prendre régulièrement des nouvelles de ses proches, de bien s’hydrater et de fréquenter les endroits frais ou climatisés.

Une fille s’amuse dans l’eau le 18 juillet 2014, à Central London, lorsqu’une partie du pays s’attend à vivre la journée la plus chaude de l’année. Lors de grandes chaleurs, il est recommandé de bien s’hydrater et de fréquenter les endroits frais ou climatisés. (Ben Stansall/AFP/Getty Images)
Une fille s’amuse dans l’eau le 18 juillet 2014, à Central London, lorsqu’une partie du pays s’attend à vivre la journée la plus chaude de l’année. Lors de grandes chaleurs, il est recommandé de bien s’hydrater et de fréquenter les endroits frais ou climatisés. (Ben Stansall/AFP/Getty Images)

Des efforts récompensés

Au cours des dernières années, l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, en collaboration avec d’autres organismes, a soutenu le gouvernement ontarien dans sa démarche visant à fermer les dernières centrales thermiques au charbon, notamment à Nanticoke et Thunder Bay. Ceci aurait grandement amélioré la qualité de l’air dans le sud du Québec. En effet, bien que d’autres facteurs aient pu jouer un rôle positif sur la qualité de l’air (notamment la diminution des feux de forêt et l’absence de canicule), à Montréal, l’été 2014 aura été un sans smog. Quant à l’Ontario, selon Radio-Canada, en 2013, la province aurait enregistré seulement deux jours de smog comparativement à 53 jours en 2005.

Selon les experts, il est à prévoir que le changement climatique exacerbe la fréquence, la durée et l’intensité de ces phénomènes. Bien que, pour le moment, ils affectent surtout une tranche de la population québécoise plus vulnérable, «il est essentiel actuellement, selon le Dr Zigby, que toute la société ne participe pas seulement à l’adaptation au changement climatique, mais aussi aux efforts de mitigation pour éviter que l’on ait de plus en plus de difficulté à nous adapter dans le futur».

 

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