Le Japon et la Corée du Sud s’infligent des sanctions commerciales réciproques

Par afp
2 août 2019 Mis à jour: 2 août 2019

Le Japon a décidé vendredi de durcir encore les restrictions commerciales envers la Corée du Sud, la rayant d’une liste d’Etats bénéficiant d’un traitement de faveur, une mesure perçue comme une sanction par Séoul qui a répliqué avec une radiation similaire.

Cette disposition prendra effet le 28 août, a précisé le ministre nippon du Commerce et de l’Industrie, Hiroshige Seko. En dégradant la Corée du Sud de la catégorie des Etats A (exemptés de procédures d’autorisation pour acheter des produits sensibles de fabricants japonais) à celle des Etats B (autorisation spéciale obligatoire), Tokyo signifie que son voisin n’est pas fiable et qu’il faut s’assurer avant d’exporter qu’il ne va pas utiliser à des fins détournées (militaires notamment) les matériaux et équipements venant du Japon.

Pour les autorités japonaises, « il s’agit simplement d’une révision de la liste des pays de confiance, nécessaire dans le cadre d’une gestion appropriée du contrôle des exportations, pour la sécurité nationale », a justifié M. Seko, niant qu’il s’agisse d’une sanction. Mais la tension grimpe entre Tokyo et Séoul, entre lesquels existent de profonds différends historiques liés à l’occupation coloniale de la péninsule coréenne par le Japon (1910-1945), contentieux qui empoisonnent leurs relations depuis des lustres.

A Séoul, le gouvernement sud-coréen a rapidement réagi en retirant le Japon de sa « liste blanche » des partenaires commerciaux privilégiés. Ce qu’a fait Tokyo « sape fondamentalement la relation de confiance et de coopération que les deux pays ont établie », a accusé le ministre sud-coréen des Finances Hong Nam-ki.

Le président sud-coréen Moon Jae-in avait auparavant fustigé « cette action égoïste (qui) infligera des dégâts énormes à l’économie mondiale en perturbant la chaîne internationale des approvisionnements ». Lors d’une déclaration retransmise en direct à la télévision, M. Moon  a enjoint le Japon de « revenir dès que possible sur ses mesures unilatérales et injustes et dialoguer ».

  • Le Japon a cherché à minimiser l’impact de sa décision. 

« Ce n’est pas un embargo sur les exportations. Cela n’affectera pas la chaîne d’approvisionnement et n’aura pas d’impact négatif sur les entreprises japonaises », a argué M. Seko. Selon Tokyo, nombre de firmes nippones disposent déjà d’une autorisation pour exporter vers des pays de catégorie B, et ce sésame sera utilisable pour la Corée du Sud.

« Si les entreprises ont des autorisations spéciales, il ne devrait pas y avoir d’entraves », a confirmé à l’AFP Hajime Yoshimoto, de Nomura Securities. Cependant, vu de Séoul, cette nouvelle disposition ne sera pas aussi bénigne que les Japonais veulent bien le dire.

La liste concerne 15 catégories regroupant chacune des dizaines de produits, allant des armes à divers appareils électroniques, en passant par des produits chimiques, des matériaux avancés ou encore des équipements pour les navires.

« L’impact est susceptible de se propager au secteur de l’automobile et des écrans organiques (OLED) parmi beaucoup d’autres », a expliqué à l’AFP à Séoul Mun Byung-ki, un chercheur de l’Association coréenne du commerce international.

  • Trois produits chimiques nécessaires à la fabrication de smartphones et de téléviseurs pénalisés

Le Japon avait déjà décidé début juillet de lever l’exemption de procédure pour trois produits chimiques nécessaires entre autres à la fabrication de smartphones et de téléviseurs, une décision très pénalisante pour les géants de l’électronique sud-coréens comme Samsung et LG Electronics.

Le ministre japonais des Affaires étrangères, Taro Kono, avait fait savoir dès jeudi soir que les deux pays n’étaient pas parvenus à trouver un terrain d’entente pour éviter cette radiation.

En réalité, le gouvernement japonais est furieux que des tribunaux de Corée du Sud exigent d’entreprises japonaises qu’elles dédommagent des Sud-Coréens qui avaient été forcés de travailler dans leurs usines durant l’occupation japonaise jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

« Le problème du travail forcé est extrêmement grave et il compromet les bases légales des relations entre le Japon et la Corée du Sud », a déclaré jeudi M. Kono.

La ministre sud-coréenne des Affaires étrangères, Kang Kyung-wha, avait averti de son côté que « le cadre de coopération en matière de sécurité entre la Corée du Sud et le Japon pourrait être affecté » par les mesures prises par Tokyo.

Elle a notamment indiqué que la reconduction d’un accord de partage de renseignements militaires pourrait être compromise. Le Japon et la Corée du Sud sont deux alliés des Etats-Unis, dont dépend en grande partie leur sécurité, notamment face à la Corée du Nord. Pyongyang a effectué de nouveaux tirs de missiles vendredi matin, pour la troisième fois en huit jours.

 

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