Le monde d’après: pour la cinéaste libanaise Carol Mansour « rien ne va changer »

Par Epoch Times avec AFP
27 juin 2020
Mis à jour: 27 juin 2020

La réalisatrice libanaise, Carol Mansour, estime que « rien ne va changer » dans le monde après la pandémie de Covid-19, malgré les opportunités qui se sont présentées pendant cette crise.

Lors d’un entretien avec l’AFP via l’application Zoom, elle explique que les restrictions liées à l’épidémie ont fait émerger « une dimension personnelle » dans son travail et l’ont poussée à regarder autrement sa ville, Beyrouth, « devenue la ville des chats ». 

L’avenir du cinéma reste selon elle en suspens: C’est comme si « nous avions appuyé sur pause » depuis l’apparition du virus. « Mais j’ai très peur de ce qui se passera après le retour à normale » car la crise « ne nous a apparemment rien appris ».

N’avoir rien appris de la crise

« Les régimes (politiques) restent inchangés. Voyez ce qui se passe en Amérique et dans d’autres pays, Je pense que nous retournerons rapidement là où nous étions et peut-être pire », tant que « 3% de la population mondiale, c’est-à-dire ceux qui nous gouvernent », dominent la planète.

-Carol Mansour utilise son téléphone pour filmer et debout à côté de graffitis lisant en arabe « mort aux chefs de boucher », dans le centre de la capitale Beyrouth le 1er juin 2020. Photo de JOSEPH EID / AFP via Getty Images.

La plus grande peur de la réalisatrice est de n’avoir rien appris de la crise.

« Peut-être que le ciel et les rivières se sont un peu assainies, mais si la crise ne nous change pas, je ne sais pas ce qui le pourrait. »

En collaboration avec le site d’information libanais Daraj  qui traite les thématiques liées aux droits des femmes, des minorités, de l’environnement et du changement climatique, Mme Mansour a produit deux courtes vidéos sur l’épidémie, dont l’une sur son père, décédé des suites du Covid-19 au Canada où il habitait.

N’avoir jamais imaginé que mon père serait dans les chiffres

« Chaque jour, nous entendons parler du nombre de personnes décédées, mais je n’aurais jamais imaginé que mon père serait l’un de ces chiffres », déclare-t-elle dans le premier court-métrage.

Dans la deuxième vidéo, la cinéaste souligne les contradictions entre « ses espoirs et ses préoccupations » dans sa ville affectée par les restrictions.

« Beyrouth est laide », soutient Carol Mansour, « à cause de la construction aveugle, de la prolifération d’immenses centres commerciaux et des démolitions de vieux bâtiments ». Mais cela « a changé » avec l’épidémie.

Elle explique qu’au pic de l’épidémie, elle pouvait se promener dans des rues d’habitude bondées, « seule parmi les chats », car avec le confinement, Beyrouth « est devenue la ville » des matous.

« Beyrouth est-elle devenue belle ou le calme l’a-t-il embellie? », s’interroge-t-elle.

A remporté plusieurs prix internationaux

Connue pour ses films documentaires, la réalisatrice libanaise aux origines palestiniennes a remporté plusieurs prix internationaux, dont le prix du meilleur documentaire au Festival international du film de New Delhi pour « La Palestine, de fil en aiguille ». 

Avec le coronavirus, « j’ai découvert des choses sur moi-même », dit-elle. « Je parle plus et mes proches l’ont remarqué », plaisante-t-elle.

-Carol Mansour utilise son téléphone pour filmer debout près des graffitis lisant en arabe « pouvoir au peuple », dans le centre de la capitale Beyrouth, le 1er juin 2020. Photo de JOSEPH EID / AFP via Getty Images.

Elle explique notamment avoir réalisé pouvoir vivre en consommant moins. « Je n’aspire qu’à avoir des amis et des câlins. »

Réaliser un film sur sa mère, arrivée au Liban en 1948

Durant le confinement, Mme Mansour a décidé de de la ville palestinienne de Jaffa et décédée en 2015.

Ce sera « un film très personnel qui suit deux autres films: ‘Le Covid, moi et Beyrouth’, et ‘Le Covid, mon père et la mort' ».

Le film abordera les propos de sa mère « sur la Palestine » lorsqu’elle souffrait d’Alzheimer. « Je la filmais sans avoir l’intention de rassembler ces vidéos pour en faire un film. »

Carol Mansour estime que « l’essence (des films) réside dans l’histoire et l’intrigue et pas seulement dans la photographie », facilitée par « l’émergence des smartphones ».

Mais avec la pandémie, « tout le cinéma va changer. Par exemple, nous ne savons pas quand nous pourrons retourner dans les salles » et la crise intervient aussi à un moment où le monde se familiarise avec « de nouvelles façons » de voir et de photographier.

« Nous avons fait plusieurs projections de ‘La Palestine, de fil en aiguille’ via Zoom avec 350 participants de vingt pays différents. Nous avons regardé le film, puis une discussion a eu lieu. Dans ce domaine, il y a définitivement du changement. »

 

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