Le narcissisme moral malsain des grands médias

Par Roger L. Simon
28 mai 2020
Mis à jour: 28 mai 2020

Pourquoi les grands médias présentent-ils rarement des excuses ou même admettent-ils, au-delà d’une note enfouie à la page 34 environ, leurs erreurs apparemment partiales et, pour le dire gentiment, leurs inexactitudes ?

Pendant près de trois ans, ils ont jacassé sur la collusion entre Donald Trump et la Russie, et ont même gagné et accepté des prix Pulitzer pour leurs efforts, alors qu’ils savaient tous – et il est clair maintenant, d’après les transcriptions récemment révélées, que les directeurs ont fait de même – que tout cela était un mensonge éhonté.

Ce qui s’est produit régulièrement au cours de ces années (et qui se produit malheureusement encore), c’est que l’un de ces directeurs – ou quelqu’un qui pouvait plausiblement sembler assez proche des directeurs – a divulgué quelque chose qui pourrait être vrai, mais qui ne l’était pas en réalité, à l’un de ces piliers des médias grand public, dont certains sont assez célèbres, qui s’est alors retourné et a claironné ses tergiversations au monde entier.

Le divulgateur était bien sûr pénalement responsable de la fuite – tout le monde le savait – mais il était rarement, voire jamais, puni car seul le journaliste « innocent » (c’est-à-dire le « divulgateur » qui profitait de la fuite) pouvait réellement le désigner. Pourquoi l’aurait-il fait ?

Mais encore une fois, pourquoi ferait-il ou ferait-elle quelque chose d’aussi répréhensible que de participer à un méprisable double pas de désinformation qu’un citoyen respectable pourrait considérer comme antipatriotique ou même comme une trahison ? Il faut être assez « fou de pouvoir » pour cela ou alors, être un vrai adhérant à « la fin justifie les moyens ».

Si cela ne vous dérange pas que je sois un peu autoréférentiel, je pense que la réponse se trouve peut-être dans mon livre publié en 2016, I Know Best: How Moral Narcissism Is Destroying Our Republic, If It Hasn’t Already (personne ne le sait mieux que moi : comment le narcissisme moral détruit notre République, si ce n’est pas déjà fait).

Nous avons tous une idée sur la définition du narcissisme, même si ce n’est pas la définition clinique officielle. Nous connaissons l’histoire du jeune Grec Narcisse tellement envoûté par sa propre image qu’elle lui est montée, dirons-nous, à la tête.

Mais qu’est-ce que le narcissisme moral ?

Voici une courte définition de ce type de morale, pour la grande majorité des personnes qui, hélas, n’ont pas lu mon livre (oui, j’ai lu mes déclarations de droits d’auteur) :

Ce que vous croyez, ou prétendez croire ou dites que vous croyez, et non pas ce que vous faites ou comment vous agissez ou quels peuvent être les résultats de vos actions, vous définit en tant que personne et vous rend « bon ».

N’est-ce pas là une « indication de votre vertu » ? Pas exactement. Faire remarquer sa vertu est ce que font les narcissiques moraux. Ceux qui se contentent de parler de leur vertu, ce sont des narcissiques moraux.

Ils font aussi d’autres choses qui sont pires, comme mentir à la presse parce qu’ils sont convaincus que c’est la bonne chose à faire.

Comme je le décris dans le livre, en étant un narcissique moral – en adhérant à la définition convenue du « bien », quel que soit le résultat – on devient membre d’une équipe, une élite ironiquement similaire à la nomenklatura de Staline.

Depuis que j’ai écrit le livre, à vrai dire en 2015 pour une publication en 2016, le narcissisme moral de nos médias s’est accentué presque de jour en jour. Ils n’admettent rien. Ils ne disent rien sur ce qui s’est passé ni pourquoi.

Quel a été leur rôle dans la promulgation du dossier Steele alors que tant de personnes, c’est devenu évident, savaient qu’il s’agissait d’une fraude ? Le regrettent-ils ? Souhaitent-ils avoir dit quelque chose alors que le dossier avait pris son envol et était devenu le faux pilier de l’enquête sur la Russie ?

Pourquoi, pour ne citer qu’un nom, bien que d’une importance singulière, Dean Baquet, rédacteur en chef du New York Times, a-t-il consacré pendant des mois l’attention de quasiment toute la rédaction sur un sujet aussi fondamentalement malhonnête ?

Appeler cela une « chasse aux sorcières » était un euphémisme. C’était une illusion de masse. Pratiquement tous les grands médias ont joué le jeu, à l’exception des pages éditoriales du Wall Street Journal et, parfois, de Fox News.

Pourquoi ? Nous n’avons pas de réponse à cette question, pas même un indice. C’est comme si tout cela n’était jamais arrivé. Après tout, ils sont dans la « bonne » équipe. Ce sont eux les moraux, dans leur propre tête en tout cas.

C’est une maladie plus grave que ce que j’avais imaginé. Si j’écrivais ce livre maintenant, j’ajouterais un chapitre spécial pour nos médias et j’appellerais leur maladie « narcissisme moral malin », parce que leur forme de narcissisme a évolué vers le dangereusement clinique. Il dépasse la simple névrose, car il a un impact négatif maximal sur la société dans son ensemble.

Nous sommes maintenant une nation divisée comme jamais depuis la guerre civile, et ces mensonges médiatiques en sont largement l’instigateur. C’est d’autant plus grave qu’au sortir de la pandémie, la probabilité que notre société ait la capacité de travailler collectivement est sérieusement compromise, sans doute pour les années à venir.

Nous ne serons peut-être plus jamais les mêmes.

Beaucoup, influencés par leur narcissisme moral, consciemment ou inconsciemment, ne veulent pas que nous réussissions. Ils sont les enfants des médias.

Certains ont critiqué mon livre parce qu’il ne propose pas de solution à la maladie. J’aimerais pouvoir le faire. Mais nous avons peut-être atteint un « point de rupture », comme le souligne le président de CBS News des années 80, Van Gordon Sauter, dans le Wall Street Journal du 25 mai. Il suggère que l’impartialité n’est plus commercialement viable et que la solution consiste, pour chacun, au moins à admettre ses partis pris et à passer à autre chose.

Je suis d’accord, en principe, mais les narcissiques moraux, tels que je les définis de toute façon, ont peu de chances de le faire. Ils pensent avoir la vérité.

Pour être parfaitement honnête, je ne sais pas trop ce que nous devrions faire, mais je cherche la réponse.

(Note de l’auteur : je tiens à remercier Cindy Simpson et Rush Limbaugh pour avoir redonné vie à mon livre, au moins temporairement).

Roger L. Simon – principal chroniqueur politique du journal Epoch Times – est un romancier reconnu et un scénariste nominé aux Oscars. Il a été le co-fondateur de PJ Media et tweete @rogerlsimon.

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