Le naufrage de la théorie du libre-échange et des grands accords commerciaux

Par James Gorrie
30 juillet 2019 Mis à jour: 30 juillet 2019

Le président Trump a été critiqué comme étant contre le libre-échange. Une réputation qui a commencé après qu’il s’est retiré des accords multilatéraux de libre-échange comme le Partenariat transpacifique, et qui s’est poursuivie après par la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), entre les États-Unis, le Canada et le Mexique.

Difficile de dire que les critiques ont tort. Mais être anti-libre échange n’est pas nécessairement une mauvaise chose et ne va pas forcément à l’encontre des convictions américaines.

L’un des premiers actes du nouveau Congrès américain de 1789 fut d’utiliser les tarifs douaniers pour protéger les entreprises américaines du mercantilisme britannique. Ces taxes ne sont pas toujours bonnes, mais le libre-échange n’est pas non plus un modèle de vertu.

Que pourrait-il arriver de mieux aux États-Unis aujourd’hui ?

Le libre-échange en question

Pour les défenseurs du libre-échange, l’idée est assez séduisante. L’idée de liberté semble très américain.

Quoi de mieux que le libre-échange pour le « pays du libre » ? L’école de pensée du libre-échange repose sur quelques concepts puissants qui sont fondamentalement vrais en théorie, mais qui finissent souvent par coûter trop cher en pratique. Examinons simplement l’un de ces concepts clés : l’avantage comparatif.

Une idée dont le temps a passé

L’avantage comparatif est l’idée que les pays – ou les gens – fonctionneront à leurs niveaux les plus efficients en produisant ce qu’ils font de mieux et en vendant l’excédent en échange de biens et services nécessaires produits par autrui. Il en résultera une augmentation de la richesse et de la productivité de tous les participants.

Sur le plan académique, ce fut une grande découverte d’Adam Smith et de David Ricardo, et pendant des décennies, voire des siècles, les économistes du marché libre ont insisté sur le fait que le libre-échange sans entraves fonctionne toujours mieux. Mais en réalité, cela ne fonctionne presque jamais aussi bien qu’en théorie.

La raison en est que l’avantage comparatif et le « libre-échange » sont tous deux soumis à diverses mises en garde et distorsions. La manipulation des monnaies, le niveau des salaires des travailleurs pauvres dans les pays qui affichent un retard économique, les subventions, les entreprises d’État axées sur les parts de marché plutôt que sur le profit, les systèmes juridiques corrompus, le vol de technologie ainsi que tous les tricheries et à-côtés : tous ces paramètres donnent aux nations qui les adoptent un avantage comparatif injuste sur le marché.

Ce n’est pas une grande nouvelle, mais le monde réel est plus complexe que le monde théorique.

La tragédie – et l’avertissement – de l’ALENA

L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA ou NAFTA outre atlantique, ndt) entré en vigueur en 1994, est un bon exemple des distorsions que l’on rencontre. Le texte était censé élargir les marchés, créer plus de 200 000 emplois dans le secteur manufacturier américain au cours des cinq premières années et améliorer l’économie et la vie des travailleurs dans trois pays. Le Mexique était censé être devenu un « pays à revenu relativement élevé » au même titre que la Grèce ou le Portugal, voire meilleur.

Mais c’est tout le contraire qui s’est produit.

Dans le cadre de l’ALENA, des milliers d’entreprises américaines ont déménagé leurs usines de l’autre côté de la frontière mexicaine. Au cours des deux dernières décennies, de nombreux États du centre des États-Unis ont perdu une grande partie de leur viabilité économique et de leur assiette fiscale. Aujourd’hui, nous appelons cette région la « ceinture de rouille ».

De plus, les millions d’Américains qui ont perdu des emplois bien rémunérés ont été forcés de trouver deux ou trois emplois moins bien rémunérés pour compenser celui qu’ils avaient perdu au Mexique.

Leur situation était aggravée par l’afflux légal et illégal de millions de travailleurs peu qualifiés et pauvres aux États-Unis. Cette main-d’œuvre immigrée bon marché a changé la donne dans plusieurs secteurs. Les emplois bien rémunérés dans la construction, le travail en usine et des dizaines d’autres métiers ne sont plus ce qu’ils étaient pour le travailleur américain moyen. Et voilà comment l’on détruit les moyens de subsistance des familles.

De plus, le déficit commercial des États-Unis avec le Mexique a explosé, atteignant plus de 575 % en 2017. Même en excluant les combustibles fossiles, le déficit commercial entre les États-Unis et le Mexique s’élevait à plus de 119 milliards de dollars en articles manufacturés et en produits agricoles.

Au Mexique aussi, c’est pire qu’avant

Mais l’avantage comparatif du Mexique en matière de coûts de main-d’œuvre et de salaires, combiné à l’ALENA, a-t-il amélioré le niveau de vie des Mexicains ? L’économie mexicaine s’est-elle transformée en une économie beaucoup plus riche et dynamique ?

La réponse est négative.

Au lieu de cela, après plus de deux décennies d’application de l’ALENA, l’emploi, les salaires et les niveaux de productivité au Mexique demeurent stagnants, se classant au 18e rang sur 20 des pays d’Amérique latine en termes de PIB par habitant. De fait, le PIB par habitant a chuté de plus de 80 % par rapport aux niveaux de 1980 et le taux de pauvreté n’a pas évolué, tandis que le taux de pauvreté du reste de l’Amérique latine a baissé de manière significative.

Libre-échange pour les trafiquants de drogue

Enfin, l’ALENA a eu un autre effet extrêmement négatif, celui de l’expansion du trafic de drogues illicites aux États-Unis. Comme l’a mentionné Jorge G. Casteneda, ancien ministre mexicain des Affaires étrangères en 2015 : « L’ALÉNA n’a apporté aucun des gains énormes promis par ses partisans. Pourtant, l’ALENA a contribué de manière significative à un marché en particulier : le commerce illicite des drogues. »

Non seulement l’ALENA a détruit des emplois et des vies aux États-Unis, mais il a aussi grandement contribué à faire du Mexique la zone de guerre du cartel de la drogue qu’il est aujourd’hui. Malheureusement, ce résultat ne se limite pas à l’ALENA.

L’accord de « libre-échange » dans le cadre des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) liant les États-Unis et la Chine a également entraîné une explosion du trafic de drogues illicites vers les États-Unis.

La Chine est la source numéro un des drogues de la classe du Fentanyl, une classe de drogues très toxicomanogènes et très mortelles, qui sont la principale cause de décès par surdose en Amérique. Rien qu’en 2017, 49 000 Américains sont morts du Fentanyl, un résultat morbide auquel la Chine a contribué.

C’est presque le nombre d’Américains tués pendant toute la guerre du Vietnam (58 000).

Comme le montre clairement l’expérience de l’ALENA, d’importants écarts juridiques, culturels et de développement entre les partenaires commerciaux peuvent avoir des conséquences désastreuses pour les participants. Le libre-échange abusif peut souvent conduire à la marchandisation et à l’exploitation d’êtres humains, sans produire les bénéfices promis.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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