Le nominalisme, moteur du mensonge

Par Kenneth LaFave
28 juillet 2021
Mis à jour: 29 juillet 2021

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment en sommes-nous arrivés à un point où la valeur d’un individu dépend de sa race, son sexe ou sa classe ? Comment en sommes-nous arrivés à croire que « l’équité » a moralement préséance sur la liberté ? Comment avons-nous été amenés à accepter que le genre n’ait aucune signification en dehors de celle donnée par chaque individu, peu importe son sexe ?

Le véhicule qui nous conduit au bord de cet abîme s’appelle le nominalisme.

Le nominalisme est l’affirmation philosophique par laquelle l’identité n’existe que par les mots que nous utilisons. En langage technique, on dit que le nominalisme rejette l’existence d’universaux, ce qui revient à dire la même chose : les choses n’ont pas d’identité en dehors des mots que nous leur attribuons.

Il s’oppose au réalisme philosophique, qui reconnaît l’identité existante à l’intérieur de nos expériences préverbales des objets, du physique et du mental. Le nominaliste n’appelle pas quelque chose X parce que c’est X ; c’est X parce qu’il l’appelle X. Le réaliste appelle une chose X, parce que X est l’étiquette conventionnelle utilisée pour une chose du monde réel à laquelle il se réfère.

Le nominalisme est un jeu consistant à épingler un mot sur un concept. Les nominalistes ne cherchent pas la vérité, ils l’enferment dans un labyrinthe de verbiage. Un mot a le sens que lui donne la majorité des personnes qui l’utilisent. Il n’est même pas nécessaire que ce soit une majorité. « Le racisme, c’est les Blancs » est une croyance ayant le vent dans les voiles, car ceux au pouvoir culturel insistent sur ce point.

Un mot « signifie » ce que ceux au pouvoir disent qu’il signifie, et par « ceux qui sont au pouvoir », je fais référence, dans ce cas, aux médias et à l’académie. Ils vous diront que le racisme, c’est d’être Blanc, et que vous ne pouvez rien y faire, tant que vous vous soumettez à la thèse nominaliste selon laquelle rien n’est réel en dehors des mots que nous utilisons. La plupart des gens le feront, car le nominalisme est aussi courant qu’un rhume.

Il est également exigé par un décret de l’académie, qui se résume à la déclaration du philosophe français Jacques Derrida, acceptée par tous les professeurs d’université « respectables », selon laquelle « il n’y a rien en dehors du texte ». Les mots sont tout. Le réel est simplement ce que nous choisissons d’appeler « réel ».

Les mots sur la nature

Le cas actuel le plus évident de nominalisme endémique est le mouvement transgenre, qui prétend qu’un homme biologique peut être une femme ou l’inverse. Une femme est simplement une personne qui s’identifie comme une femme, qui emploie le mot « femme » en référence à elle-même.

On peut se demander quelle différence cela fait pour une personne transsexuelle si la société refuse de l’appeler « femme ». Pourquoi une personne transgenre insiste-t-elle sur une approbation extérieure ? Parce qu’un monde où la réalité est indifférente aux souhaits et aux sentiments du progressiste est un endroit dangereux, où les choses, les gens, les pensées et les émotions ont des natures inhérentes qui ne peuvent être contrôlées. La biologie ne signifie rien pour un progressiste pur, car le monde réel, par opposition au monde des mots, est vide de sens pour lui. Seuls les sentiments d’une personne comptent, et ceux-ci sont incarnés par l’application de pronoms adaptés. Le concept voulant que les mots l’emportent  sur la nature est un nominalisme sur des échasses.

Dans A Conflict of Visions, Thomas Sowell parle de deux façons de voir l’existence : la vision contrainte et la vision non contrainte. Dans la vision contrainte, les humains sont intrinsèquement limités par leur nature, tandis que la vision sans contrainte n’admet aucune limite naturelle à l’activité humaine. La première conduit à un mode de gouvernance conservateur, tenant compte à la fois de la liberté et des défauts de l’homme, tandis que la seconde libère le pouvoir de quiconque a un projet utopique pouvant façonner une population à ses souhaits.

La relation entre la vision sans contrainte et le nominalisme est claire : la vision sans contrainte ne peut être justifiée que si le monde est constitué de mots, et non d’objets physiques et mentaux réels. Si la « liberté » signifie quelque chose de réel dans le monde, on est limité à ce concept. Mais si la « liberté » peut être redéfinie pour signifier « ce qui ne vient qu’avec l’équité des revenus », alors il est possible de détruire la vraie liberté au nom de la liberté.

Gauche et droite

Cela nous amène à la plus trompeuse de toutes les distorsions verbales actuelles : les définitions de la gauche et de la droite politiques. Il est bien connu que ces termes sont nés à l’Assemblée nationale française de 1789, lorsque les partisans du roi se sont assis sur le côté droit de la chambre et ceux qui voulaient l’éliminer sur le côté gauche. Cette distinction a pris de l’ampleur et s’est répandue dans le monde entier. Mais qu’est-ce que ces termes indiquent en réalité, si ce n’est une disposition des sièges ? Consultez la plupart des définitions des dictionnaires et vous verrez qu’être à droite signifie favoriser l’autorité au détriment des libertés individuelles, tandis qu’être à gauche indique la compassion et la liberté.

Cette indication nominale de gauche et de droite est due à l’association d’un roi avec l’autoritarisme. Seulement, pourquoi les membres de l’assemblée qui étaient assis à droite favorisaient-ils le roi ? Parce que le roi Louis XVI a été le premier roi français à prendre au sérieux le cri des marchands français du XVIIe siècle : « Laissez-faire et laissez-passer ; le monde va de lui-même. » Aujourd’hui encore, Louis XVI est désigné comme « le restaurateur de la liberté française ».

Par conséquent, une définition réaliste de la droite politique correspondrait au concept original des droitiers : « La position favorisant la liberté individuelle ; le laissez-faire. » Les partisans de la gauche, comme la Terreur allait bientôt l’attester, voulaient dire le contraire : la gauche, par définition réaliste, indique « la position favorisant l’interférence autoritaire avec les décisions individuelles ». La confusion entre « gauche » et « droite » vient de l’hypothèse selon laquelle les mots peuvent s’attacher aux concepts qui conviennent à notre système de croyances ; en d’autres termes, du nominalisme.

Le monde réel

Nous pouvons maintenant comprendre pourquoi George Orwell s’est concentré sur l’importance du langage. Une culture nominaliste peut facilement déformer un mot pour qu’il signifie son contraire : « La liberté, c’est l’esclavage » était un slogan clé de la dictature socialiste dans le roman 1984 d’Orwell. Si vous laissez le nominalisme s’exprimer pleinement, il qualifiera la liberté d’esclavage, les hommes de femmes et les mensonges de vérité. Seul le réalisme philosophique peut combattre cet assaut contre l’humanité. Seule la compréhension du fait que les mots ne sont que des étiquettes pour les concepts qui les sous-tendent, concepts qui à leur tour correspondent aux objets mentaux et physiques du monde réel (non verbal), peut restaurer la raison. Le monde est réel, et nous sommes libres de nous y engager, mais uniquement selon les termes propres à celui-ci.

Orwell a souligné que « la liberté est la liberté de dire que deux plus deux font quatre ». La liberté n’est pas la liberté de dire que la réponse à cette équation est cinq si cela convient à son identité ethnique ou de genre. La liberté n’est pas le subjectivisme – c’est l’individualisme, c’est-à-dire l’obligation pour chaque humain de discerner le monde réel de son point de vue, plutôt que de le fabriquer selon une idéologie politique ou des sentiments personnels. Le nominalisme se présente comme une « liberté », mais est en réalité un subjectivisme sans fondement. Le réalisme ouvre la porte à l’expérience de la vraie liberté, et à sa question la plus profonde, la beauté. C’est ce que soulignait le regretté poète lauréat américain Richard Wilbur lorsqu’il écrivait :

« Laissez les rêveurs rêver les mondes qui leur plaisent,
Ces Edens ne peuvent pas être trouvés.
Les flux les plus doux, les arbres les plus beaux
Poussent dans la terre ferme. »

Ancien critique musical pour l’Arizona Republic et le Kansas City Star, Kenneth LaFave a récemment obtenu un doctorat en philosophie, art et pensée critique de l’European Graduate School. Il est l’auteur de trois livres, dont lib (2017, Rowman & Littlefield).

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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