Comment le PCC tirera parti des initiatives climatiques

Par Petr Svab
13 novembre 2021
Mis à jour: 13 novembre 2021

Le Parti communiste chinois (PCC) espère prendre l’avantage des pays occidentaux occuper à lutter contre le changement climatique, expliquent plusieurs spécialistes pour Epoch Times. Cette stratégie rencontre toutefois quelques obstacles.

Au cours de l’année passée, le PCC s’est montré plus responsable face aux questions de l’environnement, adoptant diverses mesures pour réduire ses émissions de carbone.

L’année dernière, lors de l’Assemblée des Nations unies, Xi Jinping, s’est engagé à ce que la Chine soit neutre en carbone d’ici 2060. La Chine représente 1,4 milliards d’habitants, elle est responsable d’environ un tiers des émissions de carbone mondiales. Par ailleurs le pays est en plein boom économique. Atteindre la neutralité carbone d’ici à 2060, à peine dix ans après l’échéance des autres pays développés est extrêmement ambitieux.

La Chine a augmenté sa production d’énergie renouvelable de 120 millions de kilowatts en 2020 et prévoit de la multiplier par 10 d’ici à 2030. Récemment, le PCC a ajouté d’autres modalités : l’engagement à produire 80 % de son électricité à partir de sources non carbonées d’ici 2060 ; l’engagement à ne plus construire de centrales électriques au charbon à l’étranger.

Néanmoins, les responsables chinois annoncent, que ses émissions de monoxyde de carbone atteindront un pic avant 2030.

Les dirigeants occidentaux ont apparemment bon espoir que le PCC tienne ses engagements. Après tout, sans la Chine, tous les efforts mondiaux resteront accessoires. Force est de constater que le nouveau plan d’action du PCC en matière de climat s’engage cependant dans la direction opposée.

Rien de surprenant, néanmoins, selon les observateurs, car le PCC ne s’est jamais illustré pour sa probité environnementale.

Derrière la rhétorique écologique, le régime poursuit son propre programme, loin de tout altruisme. Obsédé par son propre maintien, la pression internationale sur le climat peut lui être avantageuses de multiples façons, bien qu’il lui soit toujours plus difficile de masquer ses réelles motivations.

Maintenir une position de force

Depuis le début, il était évident pour les observateurs que Pékin essaierait d’exploiter les initiatives climatiques comme levier politique – pour détourner l’Occident de ses violations des droits de l’homme, expansion géopolitique, pratiques commerciales déloyales, etc.

« Si les États-Unis et l’UE s’engagent pleinement dans la réalisation des accords de Paris [sur la réduction des émissions de carbone], la Chine sera en position de force pour tirer parti de cette problématique afin d’obtenir des avantages ailleurs », explique Katie Tubb, analyste en politique économique pour le think tank conservateur Heritage Foundation.

C’est en effet le résultat observé. En début d’année l’envoyé de Joe Biden pour le climat, l’ancien secrétaire d’État John Kerry, a mis de côté la question des travaux forcés, indiquant que le climat devait avoir la priorité dans les négociations avec le PCC.

« C’était une position de faiblesse », estime Mme Tubb pour Epoch Times.

Il apparait également que l’administration Biden ne tiendra pas le PCC pour responsable du déclenchement de la pandémie – un point particulièrement sensible pour le régime.

Gordon Chang, chercheur principal au Gatestone Institute et auteur de The Coming Collapse of China (L’effondrement imminent de la Chine), critique l’administration américaine qui permet au PCC d’exercer sa pression politique.

« C’est leur objectif [du PCC] et John Kerry y participe et cela prouve la naïveté de M. Kerry », explique-t-il à Epoch Times.

Le cas du secrétaire d’État n’est cependant pas isolé. Régulièrement les médias grand public suggèrent qu’il serait judicieux pour les États-Unis de faire certaines concessions au PCC en échange d’une coopération sur le climat. De facto, sous couvert d’enjeux environnementaux, on rend légitime l’absolution du régime.

Pourtant, si le PCC parvient à se donner des airs de responsabilisation climatique, la récente absence de Xi Jinping lors du COP26 des Nations unies n’a trompé personne.

Joe Biden n’a pas manquer de blamer Xi Jinping pour s’être dérobé, n’ayant pas participé à l’évènement ni assumé aucun nouvel engagement.

« La déception est grande concernant la Chine, car on s’attendait à ce que la Chine agisse davantage. Et elle devrait en faire plus », poursuit M. Chang.

« Malgré tout l’optimisme du passé, il y a désormais une prise de conscience que, Pékin n’est pas une composante avantageuse. »

Si la stratégie de levier politique chinois échoue, le PCC tirera parti des contraintes environnementales par d’autres moyens.

L’affaiblissement des marchés

Une partie des initiatives en faveur du climat sont centrées sur un renforcement des infrastructures, la modernisation du réseau électrique, la construction de parcs éoliens et solaires. Une autre partie importante porte sur la réduction de la consommation.

Afin de contribuer à la lutte contre le changement climatique, des organisations telles que les Nations unies et le Forum économique mondial invitent les Occidentaux à faire preuve de modération : réduire le chauffage et la climatisation, voyager moins, modérer la consommation de biens, délaisser la viande. Bien que cela puisse réduire les émissions de carbone, de telles mesures impliquent également une diminution de la consommation et, par conséquent, un affaiblissement global des marchés américains et européens.

Pour sa part, si le PCC se montre prêt à imposer de telles restrictions, il s’agit avant tout d’éviter les sanctions. Il est improbable que le régime se soucie du climat. En revanche le marché chinois peut gagner en importance relative, et le régime peut tirer avantage des entreprises qui cherchent à y avoir accès, explique Mme Tubb.

Par ailleurs, il ne s’agit pas seulement de la consommation.

Selon Mme Tubb, si la trajectoire actuelle des réglementations environnementales se poursuit, il deviendra pratiquement impossible de forer du pétrole et du gaz naturel, d’extraire des minéraux essentiels ou de vendre des voitures à essence.

« L’argument économique devient de plus en plus convaincant pour délocaliser tout cela vers un endroit comme la Chine. (…) Plus nous rendons les choses difficiles aux États-Unis, plus la Chine devient un marché attrayant, non seulement pour vendre des produits, mais aussi pour continuer à développer la fabrication. »

M. Chang est du même avis : « Si Biden arrive à ses fins, les capacités économiques et financières des États-Unis vont être gravement compromises. »

D’autre part, de nombreuses entreprises ont tiré des leçons douloureuses des manœuvres déloyales du PCC à l’égard des sociétés étrangères, notamment des transferts forcés ou du vol pur et simple de la propriété intellectuelle.

« Étant donné que Xi Jinping s’en prend aux entreprises étrangères, je ne pense pas que vous verrez une migration significative des entreprises vers la Chine », poursuit M. Chang.

Cependant, même si personne ne se déplace spécifiquement vers la Chine, le PCC bénéficiera de l’affaiblissement de l’économie américaine. Tout dépendra du succès du programme climatique en Occident, qui est loin d’être garanti, estime M. Chang.

Manque de soutien public

M. Biden a fait du changement climatique le « principe directeur » de son administration, poursuit Mme Tubb. Mais cela ne signifie pas qu’il parviendra à mettre en œuvre ses politiques, ni même à les mener aussi loin qu’il le souhaite, selon M. Chang.

« Rappelez-vous, Joe Biden (…) vient d’éponger une chute désastreuse de sa cote de popularité », ajoute-t-il. « Je ne sais pas jusqu’où les efforts américains en matière de climat pourront aller. »

Les récentes défaites des démocrates en Virginie les amèneront probablement à revoir leur programme. Certains démocrates soutiennent fermement les initiatives pour le climat, mais « ils n’ont pas beaucoup de soutien politique », selon M. Chang.

« Qui sait ce qu’il adviendra du programme de M. Biden au Congrès ? » ajoute-t-il.

Avant même que le Grand Old Party (GOP) ne remporte la Virginie, il était clair que Joe Biden ne parviendrait pas à rallier les démocrates à sa cause. En effet, ses projets de loi les plus audacieux étaient régulièrement rejetés par les démocrates dans cet État pourpre [État dont la majorité électorale, républicaine ou démocrate, est imprévisible, ndlr], attachés aux tendances plus modérées de leur électorat.

« Je ne pense pas que l’humeur du peuple américain soit en faveur des mesures climatiques de Biden », observe M. Chang. « Tout le monde veut un air pur, mais très peu de gens souhaitent faire ce que Biden exige. »

Changement de paradigme

À certains égards, il peut sembler que la Chine est partiellement sincère en ce qui concerne les objectifs climatiques. Elle a en effet augmenté ses capacités éoliennes et solaires et semble vouloir en faire davantage. Elle produit une majorité des panneaux solaires mondiaux et se montre apparemment engagée dans sa fabrication de voitures électriques.

Mais, selon Mme Tubb, ce serait une erreur de confondre stratégie et sincérité.

La Chine n’a pas l’intention de se tourner vers les énergies renouvelables, elle essaie avant tout d’éviter une pénurie d’énergie, poursuit-elle.

« Ils sont motivés par la nécessité de poursuivre la croissance économique. Ils sont prêts à obtenir de l’énergie par tous les moyens. »

Même pour ceux qui sont moins préoccupés par les effets du changement climatique, l’éolien et le solaire « ont un certain intérêt dans un réseau, mais ils ont un intérêt dans un réseau diversifié », explique-t-elle.

« Les énergies renouvelables représentent des avantages – leur carburant est gratuit – mais elles ont aussi des inconvénients. »

En effet, la principale inquiétude de l’Ouest concernant l’éolien et le solaire est qu’ils sont moins pratiques, moins fiables et moins efficaces que le gaz naturel, reconnait-elle.

Mais la logique est différente en Chine. Le PCC n’hésite pas à construire des villes fantômes pour soutenir le PIB et l’emploi. La construction de fermes solaires inefficaces ne représenterait rien en comparaison. Le développement des énergies renouvelables par le PCC pourrait servir d’argument en termes de relations publiques, mais, comme l’explique M. Chang, cela ne signifie pas que la Chine envisage concrètement d’abandonner le pétrole, le gaz et le charbon.

« Ils ne sont certainement pas sérieux à ce sujet et ils ne vont certainement pas respecter leurs engagements », estime-t-il.

« Prendre les paris »

Selon Mme Tubb, la décision du PCC de fixer l’échéance de la neutralité carbone de la Chine à 2060 est une décision « stratégique » qui consiste à attendre de voir comment vont évoluer les technologies vertes.

« Ils sont en train de prendre les paris », affirme-t-elle.

Le PCC n’a qu’à prendre un siège et regarder l’Occident se démener pour contrer le changement climatique. Finalement, si la voiture électrique devient à la fois moins chère et plus pratique qu’une voiture à essence, la Chine sera au rendez-vous pour la fabriquer.

De l’avis de M. Chang, le jeu du PCC est désormais tout à fait évident.

Selon lui : « Personne n’est dupe des promesses qu’ils ont faites. D’autant plus que nous les avons vus baisser le prix du charbon et augmenter leur consommation suite aux coupures de courant. Je pense que cela a réveillé un certain nombre de personnes. »

« Ce n’était pas le bon moment, en pleine propagande chinoise sur le climat. »

Clivage politique

Sous un certain angle le climat profite déjà considérablement à la Chine : la question renforce le clivage politique en Occident.

Plus les Occidentaux se disputent entre eux sur le climat, moins ils consacrent de temps à contrer le PCC.

« C’est une erreur tactique majeure de cette administration que d’avoir fait du réchauffement climatique la première ou la deuxième menace urgente à laquelle elle prétend s’attaquer », conclut Mme Tubb, notant que cela « détourne les ressources, l’énergie et l’attention (…) de menaces beaucoup plus urgentes ».


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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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