Le Péloponnèse, au cœur de l’histoire de notre civilisation

Par Christiane Goor et Charles Mahaux
4 juin 2021
Mis à jour: 4 juin 2021

La Grèce ouvre ses portes aux touristes, elle en a bien besoin ! Sachez qu’à la date du jour les résidents des pays de l’UE, de l’espace Schengen mais aussi du Royaume-Uni, d’Israël, des Emirats Arabes Unis et de la Serbie sont dispensés de la quarantaine préventive de 7 jours à condition de présenter un test PCR négatif ou un certificat de vaccination de plus de 14 jours, rédigé en anglais…. Les îles semblent avoir la cote cet été, comme si elles vous assuraient de pouvoir profiter de la saison loin des foules. La Grèce a bien d’autres atouts et l’intérieur des terres, toujours proche de la mer pour les fans de plages, offrira à coup sûr de belles escapades !

Le site archéologique d’Olympie dédié à Zeus est un des sites antiques les plus connus en Grèce. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Ce n’est pas pour rien que la mythologie grecque s’enracine dans la presqu’île et que toutes les civilisations y ont laissé des traces ! Ruines antiques, églises byzantines, bastions francs, forteresses turques et vénitiennes, villages de charme et paysages spectaculaires entre mer et montagne : le Péloponnèse se prête à un voyage itinérant avec, à chaque étape, sa double facette de patrimoine culturel et naturel.

Terre des Dieux

Comment ne pas succomber au charme d’Olympie ? Les premiers Jeux Olympiques naquirent en 776 avant  J-C autour de compétitions sportives sous tendues par un idéal de paix. A l’issue de chaque épreuve, le vainqueur recevait une couronne de rameaux d’olivier taillés dans un arbre sacré avec une serpe d’or. En flânant entre les ruines qui émaillent le site, on imagine les athlètes s’entraîner dans la cour enfermée par des colonnades doubles, on s’incline devant les colossales colonnes du temple de Zeus qui jonchent aujourd’hui le sol, on croit entendre les vivats des 45000 spectateurs qui encourageaient les coureurs sur la piste du stade…

Le Philippeion, un joli temple en rond construit à Olympie par Philippe II de Macédoine. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

L’amphithéâtre d’Epidaure érigé au milieu des montagnes l’amphithéâtre est doté d’une acoustique exceptionnelle, à tel point que même des gradins les plus élevés, on peut entendre résonner une pièce qui tombe sur la scène. Pas étonnant que les touristes s’amusent à y déclamer des textes pour le plus grand plaisir des spectateurs occasionnels qui applaudissent tout comme le public il y a 6000 ans.

Le théâtre d’Epidaure, édifié au 4ème siècle avant J-C et parfaitement proportionné pouvait accueillir 6000 spectateurs et est encore réputé pour son acoustique exceptionnelle. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

C’est au dieu Esculape qu’un temple a été édifié à Ithomi. S’asseoir sur les gradins du théâtre qui ouvre sur une scène tapissée de dalles de marbre polychromes ou encore sur les degrés en fer à cheval qui encadrent le stade, c’est s’offrir une merveilleuse incursion dans le passé. Au cœur de cette vallée riante ombragée par des oliviers centenaires, l’imagination se laisse emporter pour vagabonder à l’époque où le général Epaminondas édifiât ici une ville prospère pour stopper l’expansionnisme de Sparte. Pour protéger la cité, il construisit une gigantesque muraille qui serpentait entre la plaine et la montagne en épousant les moindres contours du relief. Aujourd’hui encore, la route emprunte la monumentale porte d’Arcadie dont l’appareillage des murs de type cyclopéen stupéfie le visiteur.

L’enceinte de la cité de Messène d’une longueur de 9 km date du 3ème siècle avant J-C et compte parmi les murailles les mieux conservées de la Grèce. La porte d’Arcadie, avec un immense bloc monolithique posé en travers de la chaussée, donne une idée de la puissance de l’édifice. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Terre de pèlerinage

Le calendrier orthodoxe compte environ 300 saints et le pays foisonne d’églises byzantines, de la chapelle familiale la plus humble au monastère le plus imposant qui s’animent de services religieux et de festivités mêlant piété et plaisirs profanes à l’occasion de la fête du saint patron avant de replonger dans une apparente torpeur qui surprend toujours le touriste d’un jour.

Depuis les ruines de la ville haute de Mystra la vue qui s’ouvre sur les sites de la ville basse et au loin sur Spartes est unique. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Surmontés par une imposante forteresse franque perchée sur un éperon rocheux, les vestiges de Mystra, l’ancienne capitale byzantine du 14ème siècle, s’étagent sur les flancs d’une colline, offrant un aperçu saisissant d’un empire brisé : dédale de maisons détruites, de palais éventrés et d’églises chapeautées de dômes à l’image de la voûte céleste. Un sentier plus raide débouche au monastère de Pantanassa. Des chats s’étirent au soleil dans une cour fleurie, une nonne vêtue de noir glisse le long des murs sans un regard pour le visiteur. Dans l’église, les murs sont décorés de superbes fresques dont le réalisme s’accentue encore dans la lumière vacillante des chandelles offertes par les visiteurs, troublés par la force de la foi qui habite ces moniales d’un autre temps.

L’Hodigitria, l’église principale du monastère du Brontochion, avec ses fresques dédiées à la Vierge « qui montre le chemin » est une des plus belles de Mystra. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Même exaltation muette dans les murs des monastères suspendus à flanc de falaises, au-dessus de gorges profondes. Scellé à la façade rocheuse qui surplombe le canyon de Lousios, le monastère Prodromou semble défier la terre, telle une forteresse de la foi dressée contre les agressions du monde extérieur. Couverts d’un paréo qui cache jambes et bras nus, les rares visiteurs s’égarent en silence entre escaliers et coursives. Une porte qui s’entrouvre, une longue silhouette vêtue de noir, des pas feutrés, c’est à peine si on perçoit la présence des quelques moines qui invitent ainsi leurs hôtes à se recueillir dans le silence. La vue qui s’ouvre sur le ciel depuis les balcons est immense, à l’image du plongeon de l’âme dans un monde de vertige.

Le monastère de Prodromos construit en enfilade sur une faille de la falaise, à 200 mètres au-dessus de la rivière Loussios offre une incroyable vue sur un paysage sauvage de l’Arcadie. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Visages secrets d’une Grèce rustique

L’Arcadie, au cœur de la presqu’île, est hérissée d’austères montagnes de schiste dont les flancs dévalent vers d’étroites vallées. Pour ouvrir leur horizon et se protéger d’éventuels envahisseurs, les villages se sont perchés sur des buttes.

Le village de Dimitsana au cœur de l’Arcadie montagneuse s’étire sur le haut d’une colline et a conservé son caractère authentique. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Andritsena, Karitena, Stemnitsa, Dimitsana, autant de hameaux perchés qui déroulent leurs ruelles étroites et pavées entre des maisons patriciennes ornées de balcons en bois et coiffées de toits de tuiles. Quelques boutiques d’un autre âge font encore la part belle à l’artisanat local : du miel parfumé, des tapis de laine, des nappes brodées, des cannes de berger, des confitures de fruits sauvages,… D’un bourg à l’autre, la route tortueuse serpente le long des gorges, ouvrant de superbes panoramas sur les montagnes tapissées de forêts de sapins. Paradis des randonneurs, chaque village propose des sentiers balisés qui mènent à d’innombrables trésors cachés : ruines antiques, fontaines scellées dans la pierre, chapelles byzantines, cascades bondissantes…

Au cœur du Pélopponèse, l’Arcadie est un plateau recouvert de forêts et sillonné de hautes montagnes qui offrent des panoramas immenses. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Plus au sud, d’autres villages de pierre se nichent au creux de criques enserrées dans un écrin de hautes falaises ou encore sur des éperons rocheux dans un décor âpre ouvert sur le golfe de Messénie. Loin de la douceur habituelle des rivages grecs et de l’effervescence qui règne sur les sites antiques, la petite péninsule du Magne s’étire entre l’imposante épine dorsale des Monts Sangios et les eaux bleues de la Méditerranée. Les ondoyantes oliveraies qui font la réputation de Kalamata cèdent la place à un paysage de buttes pelées, royaume de chèvres dont les clochettes qui résonnent semblent souvent être le seul signe de vie dans ces terres arides.

Le cap Tenaro, le point le plus méridional de la Grèce continentale baigné d’un côté par la Méditerranée et de l’autre par la mer Ionienne. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Liméni, Gerolimenas, Porto Kagio, autant de ports minuscules où d’humbles barques colorées dansent sur l’eau et des filets de pêche sont tirés sur la plage de galets. Chaque village se hérisse de hautes maisons carrées dont l’étroite silhouette grise a des allures de sentinelle figée dans la pierre. C’est que les Maniotes sont réputés pour leur caractère farouchement indépendant et leur tempérament guerrier. Ils ont toujours résisté aux envahisseurs de tout poil, Byzantins, Francs, Vénitiens ou Turcs et ils ont déclenché de sombres vendettas contre des hameaux voisins, voire même des clans ennemis du même village. Ces conflits meurtriers ont préservé cette architecture particulière qui confère aujourd’hui à ces villages marqués par un exode massif une ambiance d’abandon surréaliste. Vathia, hérissée d’une dizaine de tours, a vu la plupart de ses maisons fortifiées abandonnées aux chats et aux ronces. Toutefois, le village reprend vie peu à peu, au rythme des réhabilitations qui installent dans ce décor historique des maisons d’hôtes bien attrayantes pour ceux qui sont séduits par ce paysage de landes battues par les vents.

Vathia, un étrange village-citadelle avec quelque 150 tours, maisons et bâtisses fortifiées ramassées qui témoignent de l’architecture maniote. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Cap sur la côte

Sur un millier de kilomètres, le Péloponnèse déroule un littoral souvent déchiqueté, ponctué de ports paisibles dont les quais occupés par un cordon de terrasses invitent à déguster le poisson pêché le matin même. A quelques mètres à peine, les enfants s’ébattent dans les flots bleus de la mer qui vient mourir dans un soupir sur une courte plage de galets ronds.

Le petit port de Finikounda où les heures s’étirent au rythme de la vie des pêcheurs et des tavernes familiales qui servent chaque jour du poisson frais. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

 

Etalé en amphithéâtre face à la mer, Pylos sommeille au fond d’une des plus belles rades de la Grèce. Ancien port de Sparte, Gythion dévoile son front de mer en arc de cercle autour d’un port pittoresque où les pêcheurs de poulpes sèchent les prises de la journée au soleil avant de les servir aux tables des restaurants alignées le long du quai.

La ville de Gythio bâtie en arc de cercle avec le long du port une succession de tavernes que les poissonniers locaux approvisionnent chaque jour. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Les amateurs de vieilles pierres ne sont pas en reste. Le long des côtes découpées s’égrènent des forteresses, témoins du passage des Francs, des Vénitiens ou des Ottomans. Couronnée par une citadelle vénitienne, Nauplie a préservé son ambiance italienne avec ses ruelles pavées de marbre qui invite à se perdre entre placettes ombragées et ruelles longées d’ateliers d’artistes, de boutiques branchées et de restaurants alléchants.

L’îlot de Kranaï rattachée aujourd’hui au continent par une jetée aurait accueilli Pâris et Hélène lors de leur fuite de Troie, d’après l’Iliade. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

L’impressionnante citadelle de Methoni occupe tout un promontoire qui se prolonge dans la mer et se termine par un îlot relié au continent par une digue étroite. S’y promener plonge le visiteur dans l’ambiance médiévale de jadis quand le port jouait un rôle stratégique sur la route de Constantinople et de la Terre Sainte.

Le château de Methoni, en fait une citadelle vénitienne fortifiée du 13ème siècle, a bien survécu au passage des ans comme en témoigne ce fortin qui offrait une surveillance parfaite sur la mer. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Quand on voit surgir le gigantesque rocher de Monemvasia, on n’imagine guère le joyau qui se cache derrière ce vaisseau de pierre battu par les flots qui le cernent. Une cité médiévale invisible depuis la péninsule est accrochée aux flancs du rocher, à l’abri de remparts qui l’enserrent depuis la ville basse jusqu’à la ville haute couronnée par un champ de ruines éparses. Quand on pénètre dans son enceinte, on se sent happé par l’histoire de ces habitants qui vécurent à l’abri de ces minuscules maisons de pierre, agglutinées les unes sur les autres. Se perdre dans le lacis des venelles, entre passages voûtés, volées d’escaliers et chemins de garde, c’est plonger avec ravissement dans les racines de l’histoire de notre civilisation.

Qui peut imaginer qu’à l’arrière de ce rocher relié à la terre par une jetée étroite se cache une citadelle médiévale, Monemvassia, une étape incontournable pour tout voyageur de passage dans le Péloponnèse ! (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Infos pratiques.

Infos : Un site incontournable et assez complet : www.visitgreece.gr et www.aroundpeloponnese.com

Quand partir : Le Péloponnèse se visite toute l’année et on peut s’y baigner de mai à octobre. Le printemps et l’automne sont les meilleures saisons sans trop d’affluence sur les sites.

Se loger : Entre mer et montagne, le Péloponnèse propose de tout et à tous les prix. A Kalamata, une étape sur le port www.elektrahotelspa.gr avec un spa sur le toit. Face au rocher de Monemvasia, le superbe hôtel boutique www.kinsternahotel.gr offre un confort exceptionnel dans un décor de rêve qui rime avec élégance, luxe et raffinement.

Près de Nauplie, au cœur de vignes et de vergers d’agrumes, le www.hotelperivoli.com est une étape toute en douceur et à prix doux pour ceux qui veulent visiter les sites proches de Epidaure, Tirynthe et Mycènes.

Les kafeneions, des lieux de vie implantés sur toutes les places des villages grecs et reconnaissables à leurs chaises en bois. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Se restaurer : Reflet d’une terre d’échanges, la cuisine grecque intègre les éléments de la gastronomie turque comme dans les pâtisseries fondantes et sucrées. Cuisine de soleil, les légumes, les épices, le miel et l’huile d’olive sont prépondérants. Le Péloponnèse produit du vin de qualité comme le blanc de Mantinia ou le rouge de Néméa. Une excellente adresse www.domainspiropoulos.com

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