Le « rêve d’énergie nucléaire » de la Chine nécessite une attention mondiale urgente, selon un expert

Par KATE JIANG et JENNIFER ZENG
25 juin 2021
Mis à jour: 25 juin 2021

Bien que les autorités chinoises aient récemment nié l’existence de fuites dans une centrale nucléaire, l’ambitieux « rêve d’énergie nucléaire » de la Chine nécessite une attention mondiale urgente, selon l’universitaire chinois et expert en énergie Nieh Sen. Le régime chinois continue d’ignorer les questions de sécurité alors qu’il réalise son rêve de devenir le premier producteur d’énergie nucléaire au monde, a-t-il averti.

Le 14 juin, CNN a signalé une fuite à la centrale nucléaire de Taishan, dans la province de Guangdong. La société française Framatome, qui possède et exploite en partie la centrale nucléaire, aurait averti les autorités de sécurité chinoises d’une « menace radiologique imminente » et les aurait accusées de « relever les limites acceptables pour la détection des radiations » à l’extérieur de la centrale afin qu’elle ne soit pas fermée, selon des documents obtenus par CNN. Le gouvernement américain évalue actuellement la situation.

Pékin a nié ces allégations. En réponse au rapport de CNN, le chef de l’Administration nationale de la sûreté nucléaire du ministère chinois de l’Environnement a déclaré lors d’une conférence de presse le 16 juin : « L’augmentation du niveau de radioactivité dans le premier circuit de l’unité 1 [réacteur nucléaire] est principalement liée à la rupture des barres de combustible », mais « les résultats de la surveillance des radiations autour de la centrale nucléaire de Taishan montrent qu’il n’y a pas d’anomalie de radiation dans l’environnement autour de la centrale » et « aucune fuite ne s’est produite. »

Toutefois, l’assurance donnée par les autorités chinoises ne suffit pas à apaiser les inquiétudes du public quant aux risques liés à la sécurité des centrales nucléaires en Chine, et la population sait que Pékin veut réaliser son « rêve d’énergie nucléaire », a dit Nieh Sen, professeur à l’école d’ingénierie de l’Université catholique d’Amérique, dans une récente interview à l’édition d’Epoch Times de Hong Kong.

Nieh Sen a déclaré que pour le Parti communiste chinois (PCC), l’énergie nucléaire est principalement un outil politique qui ne sert qu’à profiter au régime, et que la sûreté et la sécurité du peuple sont la dernière priorité du PCC.

Dans la poursuite de son ambitieux « rêve d’énergie nucléaire », le PCC a non seulement développé la technologie nucléaire en Chine, mais a également exporté sa technologie nucléaire, ainsi que son influence, par le biais de sa « Belt and Road Initiative » (BRI, également connue sous le nom de « la Ceinture et la Route », ou « la nouvelle route de la soie », a-t-il ajouté.

La Chine pourrait devenir le premier pays en matière d’énergie nucléaire d’ici 2030

Selon le rapport 2021 « China Nuclear Energy Development » de l’Association chinoise de l’énergie nucléaire, en décembre 2020, la Chine comptait 17 unités nucléaires en construction, avec une capacité installée totale de 18,53 GW (gigawatt) – la plus grande capacité installée d’unités en construction au monde depuis de nombreuses années.

La Chine a commencé à construire des centrales nucléaires au milieu des années 1980. La première grande centrale nucléaire commerciale de Chine, la centrale nucléaire de Daya Bay, est entrée en service commercial en mai 1994. Cette centrale nucléaire, qui est adjacente à Hong Kong, exporte environ 70 % de son électricité annuelle à Hong Kong et en vend 30 % à Guangdong.

Depuis lors, le PCC a progressivement accéléré le développement des centrales nucléaires.

Une capture d’écran de la capacité nucléaire de la Chine (unité : GW) provenant du China Electricity Council, World Nuclear Association (Capture d’écran via Epoch Times)

À la fin de 2020, la capacité nucléaire installée de la Chine a atteint 49,89 GW, se classant au troisième rang mondial derrière les États-Unis et la France, a rapporté l’agence de presse d’État Xinhua en avril.

En termes de production d’énergie nucléaire, la Chine s’est classée deuxième au monde en 2020, avec 366,2 TWh (terrawattheure), selon l’Association chinoise de l’énergie nucléaire.

Dans son 14e plan quinquennal de développement économique, qui a été présenté en octobre 2020 lors de la cinquième session plénière du 19e Comité central, le PCC a déclaré que l’installation nucléaire chinoise en fonctionnement augmenterait rapidement pour atteindre 70 GW d’ici 2025 et 120 GW d’ici 2030.

Actuellement, la Chine compte 62 unités de production d’énergie nucléaire, dont 49 sont en service, principalement dans les zones côtières.

Dans le même temps, les États-Unis, le plus grand pays nucléaire du monde, ont atteint leur pic de 102 GW d’unités nucléaires installées en 2012 ; leur première unité nucléaire est entrée en service commercial en 1969, et a depuis décliné car certaines unités ont été retirées. D’ici à la fin de 2020, la capacité nucléaire américaine sera tombée à 96,5 GW, selon l’Administration américaine d’information sur l’énergie (EIA).

À ce rythme, la Chine pourrait dépasser les États-Unis en tant que premier producteur mondial d’énergie nucléaire d’ici 2030, selon Forbes.


Une capture d’écran des centrales nucléaires en Chine provenant de la World Nuclear Association (Capture d’écran via Epoch Times)

L’objectif du PCC : exporter l’énergie nucléaire

L’énergie nucléaire est une industrie stratégique pour le PCC, car la Chine a exporté sa technologie d’énergie nucléaire vers d’autres pays ces dernières années.

Le 26 février 2015, Wang Xiaotao, directeur adjoint de la Commission du développement et de la réforme de la Chine, a déclaré lors d’un point de presse que Pékin allait promouvoir l’exportation des chemins de fer et de l’énergie nucléaire, et développer le marché international des équipements majeurs des industries ferroviaire et nucléaire.

Le 11 janvier 2016, le gouvernement central a publié sur son site internet : « Dans la stratégie ‘la Ceinture et la Route’ de notre pays [Belt and Road Initiative, BRI], l’énergie nucléaire, comme le train à grande vitesse, présente les caractéristiques suivantes : seuil élevé de technologie de base, investissement initial élevé, barrières industrielles élevées et licences industrielles rares, et constitue une industrie stratégique que le pays s’attache à soutenir. »

« Pour chaque unité d’énergie nucléaire exportée, plus de 80 000 ensembles d’équipements sont nécessaires et plus de 200 entreprises sont impliquées dans la fabrication et la construction, créant environ 150 000 emplois et une demande d’investissement de 30 milliards de yuans[environ 3,887 milliards d’euros]. Les experts estiment que si la Chine peut obtenir 20 % des parts de marché des pays situés le long de ‘la Ceinture et la Route’, soit environ 30 unités pour les marchés étrangers, elle générera directement près de 1 000 milliards de yuans[environ 129,55 milliards d’euros] de valeur de production et créera 5 millions d’emplois. »

Selon l’Association nucléaire mondiale, la Chine exporte actuellement sa technologie nucléaire vers 12 pays, dont le Pakistan, la Roumanie, l’Argentine, le Royaume-Uni, l’Iran, la Turquie, l’Afrique du Sud, le Kenya, l’Égypte, le Soudan, l’Arménie et le Kazakhstan. Mais tous ces pays en sont à des stades différents de coopération avec Pékin.

Les unités 3 et 4 de la centrale nucléaire de Chashma que la Chine a exportées au Pakistan sont déjà en service, tandis que les unités de Roumanie et d’Argentine sont en phase de planification.

Le Kenya et l’Égypte ont signé des protocoles d’accord ou des accords officiels avec la Chine, tandis que le projet arménien est toujours en cours de négociation.

L’ambition d’exporter la technologie de l’énergie nucléaire à l’étranger a poussé le régime chinois à développer ses technologies nucléaires de génération III telles que le réacteur Hualong One, développé par l’entreprise publique China General Nuclear Power Group, et le réacteur CAP1400, développé par la State Power Investment Corporation.

Cependant, le développement de Hualong One, de CAP1400 et des centrales nucléaires chinoises était basé sur des technologies étrangères, selon un rapport de Xinhua.

« Sur la base de la conception française de 157 assemblages de combustible, 20 autres ont été ajoutés pour former les ‘177 assemblages de combustible’, qui sont devenus la principale caractéristique qui distingue la technologie nucléaire chinoise de troisième génération des technologies étrangères, et qui sont l’âme de Hualong One », a déclaré Xinhua.

Le rapport indique également qu’« en plus de la centrale nucléaire Qinshan I qu’elle a elle-même conçue, la Chine a également coopéré avec la France pour construire la centrale nucléaire de Daya Bay, en suivant la voie de ‘l’introduction, de la digestion et de l’absorption’. Ainsi, le M310, un réacteur à eau pressurisée amélioré de deuxième génération plus avancé, est devenu la première cible de l’industrie nucléaire chinoise pour ce qui est d’apprendre et d’assimiler ».

Le réacteur nucléaire CAP1400 est basé sur la technologie américaine Westinghouse AP1000. Selon l’Association nucléaire mondiale, la State Nuclear Power Technology Corp (SNPTC), une filiale du National Power Investment Group, et Westinghouse ont conclu un accord selon lequel Westinghouse transférerait la technologie à SNPTC sur les quatre premières unités AP1000 afin que SNPTC puisse construire elle-même les unités suivantes.

En 2014, SNPTC et Westinghouse ont signé un autre accord pour poursuivre le développement des technologies AP1000 et CAP1400.

Le 30 janvier, l’unité n° 5 de la centrale nucléaire de Fuqing de China National Nuclear Corporation (CNNC), dans le sud-est de la province du Fujian, le premier réacteur nucléaire Hualong One au monde, est entré en service.

Le porte-parole du PCC, le Quotidien du Peuple, a déclaré que la Chine avait maîtrisé la troisième génération de la technologie de l’énergie nucléaire après les États-Unis, la France, la Russie et d’autres pays, et que le niveau de la technologie de l’énergie nucléaire chinoise était entré dans le peloton de tête mondial.

Le PCC promeut l’énergie nucléaire sous le couvert de la coopération mondiale

Le 3 septembre 2019, le Bureau d’information du Conseil d’État chinois a publié le premier livre blanc sur la sûreté nucléaire. Selon le document, le PCC mentionne la nécessité de construire « une communauté commune avec un avenir partagé pour la sûreté nucléaire » afin de promouvoir la construction d’une « communauté humaine avec un avenir partagé ».

Le concept de la construction d’une « communauté humaine avec un avenir partagé » est venu de Xi Jinping en 2012 lors du 18e Congrès national du PCC.

Cependant, le PCC poursuit ses projets d’énergie nucléaire sans prendre pleinement en compte les questions de sécurité.

Les efforts vigoureux de la Chine pour développer l’énergie nucléaire contrastent fortement avec ceux de Taïwan. Selon le professeur Nieh Sen, contrairement au régime chinois, Taïwan donne la priorité à la sécurité de sa population.

En 2000, Taïwan a mis en œuvre sa politique énergétique « sans nucléaire ». Dans l’article 23 de la loi fondamentale sur l’environnement, les autorités de Taïwan ont déclaré que « le gouvernement devrait formuler un plan pour atteindre progressivement l’objectif d’une ‘patrie sans nucléaire’, et devrait renforcer le contrôle de la sécurité de l’énergie nucléaire, la protection contre les radiations, la gestion des matières radioactives et la détection des radiations dans l’environnement afin de garantir que la vie des gens soit exempte de risques liés aux radiations ».

M. Nieh a mentionné que les États-Unis ont fait peu d’efforts pour développer des unités de production d’énergie nucléaire au cours des 50 dernières années, depuis la catastrophe nucléaire de Three Mile Island en 1979.

Il a également souligné que la centrale nucléaire de Taishan a été construite en 2009 en utilisant les réacteurs de puissance évolutifs européens (EPR). Cette technologie a également été utilisée pour la construction de l’unité Olkiluoto 3 en Finlande en 2005 et de la centrale nucléaire de Flamanville en France en 2007. Cependant, les centrales finlandaise et française sont actuellement en suspens en raison de problèmes techniques et de normes de sécurité.

En avril 2015, l’Autorité de sûreté nucléaire française a adressé un avertissement à la société française Flamanville concernant « une anomalie dans la composition de l’acier de certaines zones du couvercle et du fond de cuve de l’EPR de Flamanville », indique le communiqué.

Certains médias ont rapporté que le même problème existait dans la cuve de pression de la centrale nucléaire de Taishan. En 2016, le portail d’information chinois Sina a révélé que deux réacteurs EPR de la centrale de Taishan avaient été signalés par l’Administration nationale de la sûreté nucléaire comme ayant des cuves sous pression défaillantes. Dans le même temps, plusieurs médias ont rapporté que le fournisseur français de la centrale, Framatome (anciennement connu sous le nom d’Areva), a déclaré que 400 composants n’avaient pas été testés de manière appropriée pour la sécurité.

Cependant, en 2018, alors que les unités EPR en Finlande et en France étaient bloquées en raison de problèmes de sécurité, la centrale de Taishan a commencé son exploitation commerciale.

Nieh Sen a averti que le PCC prend d’énormes risques en développant l’énergie nucléaire, et il a ajouté : « Un régime aussi dangereux exporte des centrales nucléaires dans le monde entier. »

Il a souligné : « À un tel moment, il est important de connaître la vérité. Quel est le statut opérationnel des centrales nucléaires en Chine ? Quel est le niveau de sécurité ? Toutes ces questions doivent faire l’objet d’une attention mondiale urgente. »

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