Le roman iranien s’épanouit chez les femmes et en Occident

Par Epoch Times avec AFP
17 octobre 2020
Mis à jour: 17 octobre 2020

C’est en Occident que s’épanouit le roman iranien, chez des autrices qui cherchent à nuancer l’image d’un pays abîmé par les soubresauts de la politique internationale, et par les censeurs qui frappent la culture.

Deux points communs unissent Dina Nayeri, Américaine, Nazanine Hozar, Canadienne, et Négar Djavadi, Française: elles sont exilées d’un même pays, et publient un roman en France en cette rentrée littéraire.

Pour Négar Djavadi, cela n’a rien d’un hasard. « Il n’y a jamais eu vraiment de romanciers iraniens. La poésie a toujours été une tradition forte. Le roman était moins noble, et de ce fait, laissé aux femmes. Les hommes sont plus poètes. Les femmes plus romancières », dit-elle à l’AFP, rencontrée fin septembre lors du festival littéraire Correspondances de Manosque.

Cette scénariste de 51 ans a signé deux romans. Le premier, « Désorientale » (2016), qui fictionnalisait son départ d’Iran, a connu un succès international. Dans le second, « Arène » (2020), elle évoque les quartiers populaires de Paris.

Même thème, le départ d’Iran, pour Dina Nayeri, actuellement en résidence artistique à Paris, et qui voit paraître la traduction française de « Faiseurs d’histoires ». Le livre, écrit en anglais, raconte les multiples parcours et désarrois d’émigrés iraniens peinant à se faire accepter comme demandeurs d’asile en Europe.

« Il y a une envie d’histoires comme celles que je dis là, bien entendu. Mais l’immigration, les réfugiés ne sont pas le seul sujet sur lequel je veux écrire », affirme-t-elle à l’AFP.

Ces réfugiés se retrouvent face à des administrations froides, qui traquent le moindre prétexte pour rejeter leur demande d’asile, et tentent de ranger les individus dans des cases prédéfinies de persécutés sans appréhender la complexité des situations. A force de s’y heurter, l’un d’eux commettra l’irréparable. « Même le meilleur écrivain ne peut émouvoir le lecteur paresseux et cynique », dit la narratrice.

Le roman émeut quand il raconte l’expérience de cette émigrée aux Etats-Unis, un pays que Dina Nayeri, 41 ans, a quitté pour l’instant sans regret. « Pour certains lecteurs, cela leur a ouvert les yeux. Des gens âgés par exemple, qui vont à l’église, pas forcément diplômés. Certains ont commencé à se dire: est-ce que c’est comme ça que nous voulons accueillir des personnes qui souffrent? », rapporte-t-elle, un an après la parution en anglais.

Dépeindre l’Iran d’avant la Révolution islamique de 1979

La Canadienne Nazanine Hozar, 42 ans, qui publie « Aria », a pour sa part choisi de dépeindre l’Iran d’avant la Révolution islamique de 1979. « Ce qui m’intéressait c’était d’écrire sur et de comprendre la Révolution: pourquoi la Révolution s’est produite. Je pense toujours qu’il faut aller voir quelques temps en arrière, dans le passé », dit-elle à l’AFP, jointe par téléphone dans la région de Vancouver.

Pour parler de Téhéran sous le Shah d’Iran, à partir de 1953, elle choisit une fiction: le destin d’une orpheline qui navigue entre les milieux sociaux, du bas en haut de l’échelle, les quartiers, les cultures et même les religions.

Si cette époque ne doit pas être idéalisée, « il y avait au moins une certaine capacité à s’exprimer chez les gens, qui ensuite est réprimée. Aujourd’hui, en ce qui concerne la musique et la culture plus généralement, c’est ça qui est mis sous l’éteignoir », d’après Nazanine Hozar.

Pays hostile aux étrangers

Toutes trois espèrent contrebalancer l’image d’un pays hostile aux étrangers, comme on la perçoit dans le best-seller mondial « Jamais sans ma fille » de l’Américaine Betty Mahmoody (1988), adapté ensuite en film.

« Il y a beaucoup d’histoires dans la société iranienne. Il y a certes cette histoire, mais il y a aussi celle d’Iraniens qui désapprouveraient ce qui se passe dans cette famille en particulier. Et dépeindre tout un pays et tout un peuple avec un pinceau unique et dans une couleur unique, c’est là le danger », estime la Canadienne.

Pour ces romancières, il serait difficile d’imaginer une parution dans leur pays d’origine. Ou même, il aurait été difficile d’envisager d’y être romancière.

« Le propre de ce régime politique, c’est de rentrer dans la vie privée des gens, jusqu’aux prénoms de leurs enfants. Et quand vous sortez de l’Iran, vous sortez de l’emprise », souligne Négar Djavadi.

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