Le suicide d’un médecin chinois met en lumière le prélèvement forcé d’organes en Chine

Par Wang Youqun
13 mars 2021
Mis à jour: 13 mars 2021

Aux premières heures du 26 février, le Dr Zang Yunjin, spécialiste des transplantations hépatiques, s’est suicidé. Sa mort pourrait être liée à son implication présumée dans le prélèvement massif d’organes sur des pratiquants de Falun Gong.

Selon des sources, Zang Yunjin aurait sauté d’un immeuble, d’après un article publié par le média chinois Medical Community le 27 février. Il était âgé de 57 ans.

Zang était le directeur de l’Institut du don et de la transplantation d’organes de la faculté de médecine de l’université de Qingdao, et le directeur du Centre de transplantation d’organes de l’hôpital universitaire de Qingdao.

Selon un rapport de MedSci, une plateforme médicale chinoise, Zang était « un éminent expert en transplantation d’organes », qui avait effectué « plus de 2 600 cas de transplantations de foie ». Il figurait parmi les dix premiers (médecins chinois) effectuant des transplantations d’organes hépatiques pendant quatre années consécutives, et en 2019, il a obtenu le titre de « Médecin distingué de la nation ».

Zang était membre du Parti communiste chinois (PCC). Il était médecin en chef, professeur et universitaire revenu des États-Unis. Il possédait une longue liste de titres, dont ceux d’ « érudit de Taishan » et d’ « expert distingué », selon le rapport.

Après son retour en Chine en décembre 2000, Zang a créé le service de transplantation hépatique de l’hôpital Qianfoshan de la province du Shandong, puis est devenu médecin en chef du centre de transplantation d’organes du premier hôpital central de Tianjin et directeur de la branche du Shandong du centre de transplantation d’organes de l’Orient.

En janvier 2005, Zang a été transféré à l’Institut de transplantation hépatique de l’Hôpital général de la police armée de Pékin, où il a occupé les fonctions de directeur adjoint de l’Institut et de directeur du Département de transplantation hépatique de l’hôpital, ainsi que de professeur et de médecin en chef de l’Hôpital Youan de Pékin, de l’Institut d’hépatologie de l’Université médicale de la capitale de Pékin.

En 2014, Zang a été nommé directeur adjoint du groupe médical de l’université de Qingdao, directeur de la chirurgie de l’hôpital affilié de l’université de Qingdao, directeur du centre de transplantation d’organes de l’université et directeur de l’Institut de médecine de transplantation de l’université de Qingdao.

Zang était l’un des célèbres experts en transplantation hépatique du PCC, avec une longue liste de prix, d’honneurs et de titres. Quelle pourrait être alors la raison de son suicide ?

Au cours d’un rassemblement auquel se sont joints des milliers de pratiquants de Falun Gong, quatre manifestants se mettent en scène à Taipei, à Taïwan, le 23 avril 2006. (Patrick Lin/AFP/Getty Images)

L’implication de Zang dans le prélèvement forcé d’organes supervisé par le PCC

Selon moi, la principale raison pour laquelle Zang s’est suicidé est son implication présumée dans le prélèvement massif d’organes sur les pratiquants de Falun Gong. Chaque hôpital dans lequel Zang a travaillé apparaît dans les rapports de l’Organisation mondiale d’enquête sur la persécution du Falun Gong (WOIPFG).

Créée en 2003, la WOIPFG a pour mission « d’enquêter sur la conduite criminelle de toutes les institutions, organisations et personnes impliquées dans la persécution du Falun Gong, de mener ces enquêtes, quel que soit le temps qu’elles prennent, quelles que soient les limites et la profondeur des recherches, à leur terme, d’exercer les principes fondamentaux de l’humanité et de rétablir et faire respecter la justice dans la société », comme indiqué sur son site Internet.

Selon les rapports d’enquête publiés par WOIPFG, de 2004 à 2008, Zang a participé à « 1600 cas d’extractions du foie » au Premier hôpital central de Tianjin.

À l’Hôpital général de la police armée, Zang a effectué au moins 1570 transplantations de foie.

Le centre de chirurgie générale (transplantation du foie) de l’hôpital Youan de Pékin, où Zang a travaillé à temps partiel, avait effectué 1001 transplantations du foie au 10 août 2017.

Depuis que Zang a rejoint l’hôpital affilié de l’université de Qingdao, celui-ci s’est « classé parmi les meilleurs centres de transplantation d’organes en Chine en termes de nombre et de qualité des greffes de foie réalisées au cours de la même période », selon la WOIPFG.

Le 20 juillet 1999, le PCC a commencé à persécuter le Falun Gong, une discipline spirituelle également connue sous le nom de Falun Dafa. He Xiaoshun, directeur adjoint du premier hôpital affilié à l’université Sun Yat-sen dans la province de Guangdong, a révélé que l’année 2000 a été un tournant pour les transplantations d’organes en Chine, qui sont passées d’une pénurie de donneurs à une croissance explosive, et que « le nombre de transplantations de foie à l’échelle nationale en 2000 était 10 fois supérieur à celui de 1999 ».

Il n’y a qu’un seul foie dans un être humain. Extraire le foie d’une personne pour le transplanter signifie qu’elle va mourir.

D’où proviennent une quantité aussi énorme d’organes ? De nombreuses enquêtes ont montré que les organes des pratiquants de Falun Gong étaient prélevés à grande échelle.

Zang a été à plusieurs reprises sur la liste de suivi du WOIPFG. Les milliers de transplantations de foie qu’il a effectuées peuvent avoir impliqué qu’un nombre considérable de pratiquants de Falun Gong soient tués dans le processus.

Quatre autres cas de « suicides » de spécialistes chinois de la transplantation d’organes

Plusieurs autres spécialistes chinois de la transplantation d’organes se seraient suicidés.

Le 24 mars 2014, Zhang Shilin, 44 ans, directeur adjoint du Département d’urologie du centre anticancéreux de l’université Fudan de Shanghai, a sauté de la fenêtre de son bureau au 8e étage de l’hôpital.

Le 13 octobre 2013, Jiang Xusheng, 50 ans, professeur de chirurgie générale et directeur de la transplantation hépatique à l’hôpital Qilu de l’université de Shandong, s’est suicidé en se coupant au cou et à l’abdomen dans son appartement du côté ouest de l’hôpital.

Le 16 mars 2010, Li Leishi, 84 ans, spécialiste du rein de renommée internationale, s’est jeté du haut de l’immeuble de 14 étages où il vivait à Nanjing. Il était l’ancien directeur adjoint de l’hôpital général de Nanjing du commandement militaire de Nanjing et académicien de l’Académie chinoise d’ingénierie.

Le 4 mai 2007, Li Baochun, 44 ans, spécialiste renommé de la transplantation rénale à la deuxième université médicale militaire de Shanghai, a sauté du 12e étage du bâtiment des transplantations rénales de l’hôpital.

Leur point commun ? Ces quatre médecins ont été cités dans les rapports d’enquête du WOIPFG pour leur implication présumée dans le prélèvement d’organes de pratiquants de Falun Gong.

Les médecins se sont-ils réellement suicidés ou ont-ils été assassinés ? Il est difficile de l’affirmer.

Par exemple, Li Leishi a été classé comme « anti-révolutionnaire » pendant la soi-disant Révolution culturelle et a été brutalement persécuté et forcé de se séparer de sa femme et de ses enfants. Lors d’une interview, on lui a demandé s’il allait se suicider un jour. Il a répondu : « Non, je ne pense pas être un anti-révolutionnaire. Je ne suis pas coupable. » Pourquoi, alors, s’est-il suicidé à l’âge de 84 ans alors qu’il avait atteint la gloire et la fortune ?

Enquêtes indépendantes et preuves confirmant les prélèvements d’organes

L’un des premiers lanceurs d’alerte qui a révélé les prélèvements d’organes sur les pratiquants de Falun Gong était un ancien employé de l’hôpital Sujiatun dans la ville de Shenyang, dans la province du Liaoning. Annie (pseudonyme) a fait une déclaration publique sur cette atrocité en mars 2006. Elle vit aujourd’hui aux États-Unis.

Depuis lors, des avocats spécialisés dans les droits de l’homme en dehors de la Chine, des experts et des universitaires, le WOIPFG et le China Tribunal du Royaume-Uni ont mené de nombreuses enquêtes indépendantes sur la question et ont conclu que le prélèvement d’organes vivants à grande échelle sur les pratiquants de Falun Gong par le PCC existe depuis de nombreuses années et se poursuit.

Le 24 février, 117 organisations, dont la Fondation commémorative des victimes du communisme et la Coalition internationale pour mettre fin aux abus de transplantation en Chine, ont co-organisé un séminaire sur le prélèvement d’organes vivants perpétré par le régime du PCC. Des experts, des législateurs, des fonctionnaires et des représentants de 25 pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Union européenne et l’Australie, ont participé à cet événement.

Sir Geoffrey Nice QC, procureur au Tribunal pénal international pour Slobodan Milošević, a également présidé le China Tribunal, un tribunal populaire sur les prélèvements d’organes en Chine.

Sir Geoffrey Nice QC, président du Tribunal chinois sur les prélèvements forcés d’organes lors de la première journée d’audiences publiques à Londres, le 8 décembre 2018. (Justin Palmer)

Il a déclaré dans son discours que son équipe était partie « d’une feuille vierge » avant d’enquêter sur la question du prélèvement d’organes vivants par le PCC, « en y inscrivant des preuves uniquement ». Il a ajouté que les membres du panel « n’avaient pas d’idées préconçues », qu’ils n’étaient pas des militants et qu’ils n’avaient pas de sympathie particulière pour les victimes. Ils ont simplement traité les preuves qui leur ont été présentées et ont achevé la procédure « dans la forme du jugement ».

« Il est très difficile pour quiconque de contester cela », a déclaré Nice, et pendant les deux années qui ont suivi l’annonce du jugement, « il n’a pas été démonté ou contesté en détail par qui que ce soit. »

Le China Tribunal a tenu des audiences publiques ouvertes du 8 au 10 décembre 2018 et les 6 et 7 avril 2019. Le 17 juin 2019, le panel de sept membres a conclu qu’il était « incontestable » que des prélèvements forcés d’organes sur des prisonniers avaient eu lieu « à une échelle massive par des organisations et des individus soutenus ou approuvés par l’État », constituant des « crimes contre l’humanité. »

Le tribunal a également statué que les membres du Falun Gong ont été la cible de persécutions de la part du PCC depuis juillet 1999.

L’avocat canadien des droits de l’homme, David Matas, a déclaré que le prélèvement d’organes vivants à grande échelle sur les pratiquants de Falun Gong est l’un des pires crimes contre l’humanité et qu’il est plus sanglant, plus atroce et plus brutal que l’holocauste qui a eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale.

Des militants des droits de l’homme, des experts et des législateurs ont appelé la communauté internationale à s’unir et à prendre des mesures pour tenir le régime du PCC responsable de sa pratique, orchestrée par l’État, de prélèvement d’organes sur des pratiquants de Falun Gong vivants.

Cette année, cela fait 22 ans que le PCC a commencé à persécuter le Falun Gong, et 15 ans que les prélèvements d’organes sur ses membres ont été révélés. Le temps est venu de mettre un terme à cette atrocité.

Wang Youqun est titulaire d’un doctorat en droit de l’université Renmin de Chine. Il a déjà travaillé comme rédacteur pour Wei Jianxing (1931-2015), membre du Comité permanent du Politburo du PCC de 1997 à 2002.

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