L’effet Kaboul et le nouvel axe du mal

Par John Mac Ghlionn
1 septembre 2021
Mis à jour: 1 septembre 2021

L’effet papillon, comme vous le savez sans doute, est un phénomène par lequel de petits changements dans un système complexe localisé entraînent, ailleurs, d’énormes bouleversements. Si je peux me permettre d’exagérer un peu, le battement d’ailes d’un papillon à Tokyo a le potentiel de produire un tremblement de terre à Téhéran.

Et que dire de « l’effet Kaboul », un phénomène selon lequel l’effondrement de la capitale afghane a des répercussions dans le monde entier, de l’Europe aux États-Unis, de Pékin à Bangalore, de Karachi au Cachemire ? Avec le retour des talibans au pouvoir, l’« effet Kaboul » semble susceptible de changer l’échiquier géopolitique on ne peut plus profondément.

Le régime chinois étant prêt à s’aligner avec les talibans – et à exploiter les minerais de terres rares de l’Afghanistan au passage –, qu’adviendra-t-il du Pakistan, un pays où la Chine exerce déjà une influence considérable ?

Il y a six ans, le régime chinois a instauré le corridor économique Chine-Pakistan (China-Pakistan Economic Corridor, CPEC), censé changer la donne économique à coups de milliards d’euros. En tant que rouage important de l’initiative « la Ceinture et la Route » (la nouvelle route de la soie) de la Chine, le corridor économique vaut aujourd’hui, selon les rapports, 42 milliards d’euros. Le régime chinois a investi massivement au Pakistan, et il est impatient de voir ces investissements porter leurs fruits. Toutefois, avec les talibans au pouvoir, l’instabilité de l’Afghanistan voisin pourrait-elle nuire au Pakistan ? Si le Pakistan est entraîné dans un tourbillon de violence, les investissements chinois en pâtiront inévitablement. Tous ces bâtiments et ces ponts, financés par Pékin, pourraient se retrouver bombardés dans l’oubli.

En réalité, le Premier ministre pakistanais Imran Khan est un partisan des talibans. Lorsque le groupe terroriste s’est emparé de la capitale, Khan a fait l’éloge de la prise de pouvoir, déclarant que les « chaînes de l’esclavage » avaient été brisées. On peut se demander ce que les femmes afghanes ont à dire sur cette prétendue rupture des chaînes, en particulier celles qui sont mariées à des membres des talibans. À l’heure actuelle, les investissements du régime chinois au Pakistan semblent sûrs. Si les talibans, Pékin et le Pakistan travaillent en harmonie, ce qui semble probable, nous pourrions bien assister à un nouvel axe du mal.

La trinité impie

Le 16 août, le régime chinois, manifestement peu familier avec le concept de contradiction, a publié une déclaration assez éloquente. Les responsables de Pékin, nous dit-on, « respectent la volonté et le choix du peuple afghan », mais respectent également la volonté et le choix des talibans, un mouvement meurtrier qui applique déjà la stricte charia dans le pays. Bien entendu, le régime chinois ne respecte « la volonté et le choix » de personne, pas même de son propre peuple. La déclaration, pleine de platitudes génériques, peut en fait se résumer à deux phrases : le Parti communiste chinois (PCC) est prêt à travailler avec les talibans. Tout cela au nom du profit.

En Afghanistan, les minéraux et les métaux des terres rares font partie d’une industrie qui vaut plus de 2 000 milliards €. Alors que le régime chinois semble prêt à capitaliser sur les ressources naturelles de l’Afghanistan, il cherchera également à favoriser davantage les relations entre les talibans et le Pakistan.

Bien que de tels développements devraient inquiéter l’administration Biden, les États-Unis sont bénis par la distance géographique. Cependant, l’Inde, un proche allié des États-Unis, ne l’est pas. Le Pakistan et la Chine, unis par des intérêts économiques, sont également unis par leur mépris de l’Inde. Les dirigeants de Pékin et d’Islamabad profiteront-ils de l’ascension des talibans pour s’en prendre au deuxième pays le plus peuplé du monde ?

Le journaliste brésilien Pepe Escobar se moque quelque peu de l’idée du « nouvel axe du mal ». Le lien entre les talibans, le Pakistan et la Chine, nous dit-on, n’est qu’une invention. Un produit de notre imagination. Je ne suis pas d’accord. Avec la volonté de la Chine de travailler avec les talibans, le peuple indien est plus vulnérable aujourd’hui qu’il ne l’était il y a quelques semaines.

Des routes aux barrages, le gouvernement indien a fait des investissements considérables en Afghanistan. Mais tous ces investissements ont été réalisés avec la bénédiction des États-Unis, bien avant que les talibans ne changent la donne. Aujourd’hui, comme le rapporte la BBC, l’ascension des talibans est susceptible de mettre à l’épreuve le gouvernement indien, « étant donné les relations historiquement tendues et les différends frontaliers du pays avec le Pakistan et la Chine ». La restructuration géopolitique a le potentiel de causer un préjudice important à l’Inde, qui abrite l’une des économies à la croissance la plus rapide au monde. Auparavant, les talibans refusaient de reconnaître la frontière notoirement poreuse entre le Pakistan et l’Inde, mais cela pourrait être sur le point de changer.

Si les talibans acceptent de reconnaître la frontière, le Cachemire administré par l’Inde se retrouvera, une fois de plus, être l’épicentre d’un violent conflit. L’Inde et le Pakistan revendiquent tous deux le Cachemire, une région himalayenne très volatile et ethniquement diverse. À l’heure actuelle, les deux pays administrent des parties distinctes du Cachemire, divisées par la ligne de contrôle (Line of Control, LoC*). Si les talibans, soutenus par des dirigeants de Pékin, se retrouvent mêlés à l’équation du Cachemire, l’Inde devrait en pâtir.

* La « Line of Control » (LoC) est le nom donné par l’ONU à la ligne de cessez-le-feu issu de l’accord de Karachi en 1949 à l’issue de la Première Guerre indo-pakistanaise. À cette date, son étanchéité est assurée par une force d’observation sous mandat international.

Bien qu’il reste à voir si cette trinité impie devient un véritable axe du mal, ceux qui ricanent à cette idée feraient bien de se rappeler que le régime chinois, le Pakistan et les talibans sont connus pour beaucoup de choses, presque toutes mauvaises. Une alliance ne fera qu’empirer la situation, plutôt que de l’améliorer.

John Mac Ghlionn est un chercheur et un essayiste. Ses écrits ont été publiés dans des journaux comme le New York Post, Sydney Morning Herald, American Conservative, National Review, The Public Discourse et d’autres médias respectables. Il est également chroniqueur à Cointelegraph.

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