L’empiètement du régime chinois sur Hong Kong est un avertissement aux nations libres, affirme le chef du Parti civique pro-démocratie

Par Irene Luo
15 décembre 2019 Mis à jour: 15 décembre 2019

Les démocraties libérales qui s’opposent au régime communiste chinois aident non seulement Hong Kong, mais elles se défendent également contre l’empiètement croissant de ce régime, déclare Alan Leong, président du Parti civique pro-démocratie de Hong Kong.

« Il faut regarder Hong Kong, et en observant ce qui se passe à Hong Kong sur le terrain, en particulier au cours des six derniers mois, vous verrez réellement votre avenir, si vous n’agissez pas maintenant », déplore Alan Leong, dans une interview accordée à l’édition américaine d’Epoch Times pour la série spéciale Voices from Hong Kong de l’émission American Thought Leaders.

Depuis des années, le Parti communiste chinois (PCC) mène une « guerre sans restrictions » contre les États-Unis et d’autres démocraties occidentales, infiltrant et sabotant des institutions clés, selon l’expert chinois Robert Spalding, un général de brigade à la retraite des forces aériennes américaines. Dans le cadre de son initiative « One Belt, One Road – Une Ceinture, une route » – un vaste plan visant à développer l’infrastructure et les liens économiques dans plus de 100 pays – le régime chinois exporte ses systèmes de surveillance à l’étranger et accroît son influence géopolitique dans le monde.

Ce que le dirigeant chinois Xi Jinping a « prêché au monde » se poursuit comme un « sort d’inévitabilité », a dit M. Leong.

« La rhétorique est simple : le modèle chinois est supérieur et un jour, il est inévitable qu’il prévaudra sur les démocraties libérales. »

Mais, en réalité, le modèle chinois est un « régime dictatorial qui n’est utile qu’à l’économie », a précisé M. Leong. Il prive les gens de la liberté et des droits humains fondamentaux, et avec l’aide des technologies de surveillance de pointe, « il est très, très efficace ».

« J’ai raconté à nos amis du monde libre comment le PCC s’est infiltré dans nos différentes institutions et comment le PCC s’est servi de nos règles du jeu pour se retourner contre nous : comment ils achètent les médias, comment ils essaient de changer les programmes de nos écoles afin de laver le cerveau de nos prochaines générations, comment ils remplacent les cadres supérieurs de plusieurs de nos entreprises et institutions financières par des gens du continent », a expliqué M. Leong.

« Mais il y a dix ans, on semblait faire la sourde oreille sur ce que je disais », a dit M. Leong. Il affirme que les dirigeants occidentaux ne pouvaient pas concevoir que le régime communiste chinois utiliserait les mêmes stratégies pour renverser et affaiblir les démocraties occidentales.

« Ce n’est peut-être pas très gentil de ma part de dire cela à nos amis des démocraties libérales, mais ce que je leur ai dit en face, c’est : ‘Si vous vous trouvez dans la situation difficile d’aujourd’hui, ce n’est pas à cause des autres.' »

« Vous n’avez que vous-mêmes à blâmer. » L’Occident a permis à la Chine d’adhérer à l’Organisation mondiale du commerce, pensant à tort que cela « l’inciterait à adopter l’ordre du jeu fondé sur des règles ».

Mais le PCC, de son côté, n’a jamais respecté les règles du marché en ouvrant ses marchés et démantelant ses politiques mercantilistes, et la communauté internationale n’a pas réussi à les contraindre de respecter ses engagements », a martelé M. Leong.

« Ce géant a en fait été nourri par vous, cajolé par vous, par le fait que vous n’avez pas insisté pour faire affaire avec le PCC seulement sous vos conditions. »

« Je ne dis pas que vous ne devriez pas du tout faire affaire avec le PCC. Après tout, le marché chinois compte 1,4 milliard d’habitants. Mais il n’y a rien de mal à ce que vous insistiez pour que le PCC respecte toutes les règles et les promesses.

« C’est peut-être un peu tard, mais mieux vaut tard que jamais. Si vous attendez à plus tard encore, il se peut que vous ayez franchi le point de non-retour. »

« Ce que Hong Kong a vécu et souffert dans le mouvement de libération au cours des six derniers mois pourrait facilement être votre destin à l’avenir. »

La police a agi comme des terroristes

Depuis la rétrocession de Hong Kong en 1997, « le PCC a trahi ses promesses contenues dans la Déclaration commune sino-britannique et dans la Loi fondamentale », a déclaré M. Leong.

Le projet de loi d’extradition maintenant retiré – qui aurait permis aux citoyens de Hong Kong d’être extradés vers la Chine continentale pour y être jugés – n’a été que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase dans une longue série d’abus et a incité de larges pans de la société de Hong Kong à descendre dans la rue pour manifester.

En juillet, la brutalité policière contre les manifestants est devenue un point central des manifestations. À quelques reprises au moins, M. Leong a dit que la police de Hong Kong avait « agi comme des terroristes ».

« La police anti-émeute a pris d’assaut la gare de transport en commun de Prince Edward[le 31 août] et a frappé les gens sans discernement », rappelle M. Leong. « Par définition, si vous frappez des gens sans discernement, c’est vraiment un acte terroriste.

« Et on dit que des gens ont été tués à cette occasion. Mais, bien sûr, la police l’a nié. »

Il a fait état d’un incident survenu dans la gare de Yuen Long en juillet, lorsqu’une foule d’hommes masqués portant des T-shirts blancs a attaqué des navetteurs avec des barres et des bâtons métalliques après une marche de protestation contre les agissements du gouvernement.

« La police était visiblement absente », dit-il.

Des vidéos de la scène montrent deux policiers s’éloignant de la foule qui se rassemblait dans la gare, où au moins 45 personnes ont été blessées. En réponse aux critiques du public, la police a déclaré que les deux policiers étaient partis demander des renforts.

« Le monde a vu des images de policiers utilisant leurs matraques, frappant très durement des gens qui avaient été maîtrisés, sans rien en main pour frapper la police ou pour mettre la police en danger », a précisé M. Leong. « Et nous avons vu des images de jeunes femmes traînées le long de la rue, même descendant les escaliers, tirées par les cheveux.

« De telles scènes n’auraient jamais dû se produire dans un endroit aussi civilisé que Hong Kong », nous rappelle M. Leong, à propos d’une ville qui se vantait autrefois de forces de l’ordre très respectées.

« Comment pouvez-vous, d’une part, ne rien faire pour stopper la brutalité policière, alors que de l’autre, vous avez poursuivi des gens pour des émeutes, alors que nous étions juste là pour défendre nos droits de l’homme, notre liberté et l’État de droit ? »

Et pour comble, un policier qui avait pointé un fusil de chasse vers les manifestants de Hong Kong à bout portant a été invité à Pékin pour participer au défilé du 1er octobre lors du 70e anniversaire du régime communiste, a noté M. Leong.

Selon lui, la disparité de traitement entre les manifestants et la police portera gravement atteinte à l’État de droit à Hong Kong, l’héritage le plus important de la période coloniale britannique.

Référendum de fait

Alors que les conseillers de district à Hong Kong ont un pouvoir formel limité, les élections des conseils de district du 24 novembre ont été traitées par de nombreux Hongkongais comme un référendum de facto sur le gouvernement municipal et la directrice générale, Carrie Lam, puisque, pour la première fois, les 452 sièges des conseils de district avaient été contestés, a fait remarquer M. Leong.

Les élections ont connu un taux de participation record, 71,5 % des électeurs inscrits s’étant rendus aux urnes.

Parce que le vote par correspondance n’est pas autorisé, beaucoup de gens « ont fait un long voyage en avion depuis Toronto, New York, Londres et Paris, m’a-t-on dit. Et ce qui est encore plus impressionnant, c’est qu’ils devaient retourner d’où ils venaient pour travailler le lundi matin. Ils sont donc arrivés par avion après le travail vendredi, ont voté dimanche, puis se sont précipités à l’aéroport pour rentrer ».

« À Hong Kong, nous n’avions pas eu de visages souriants ces six derniers mois. Mais ce jour-là, lorsque je suis allé dans des salons de thé pour recueillir des votes pour les candidats de mon parti, j’ai vu beaucoup de visages souriants.

« Ils disaient : ‘M. Leong, j’ai déjà voté. Et je me sens tellement bien après avoir manifesté, en votant, mon opposition au régime de Carrie Lam, au PCC et à la brutalité policière que nous subissons depuis six mois.' »

Alan Leong a raconté comment une femme lui a dit : « M. Leong, j’ai regardé le bulletin de vote aussi longtemps que je l’avais tant souhaité. Et vous savez pourquoi ? [Parce que] les policiers avaient leurs matraques ; [moi] j’ai ce vote, ce document sur lequel je peux indiquer comment je déteste, comment je m’oppose à la brutalité policière. »

Le camp pro-démocratie a remporté une victoire écrasante, remportant 388 des 452 sièges de district.

« L’effet du référendum s’est donc fait sentir haut et fort : les gens voulaient en fait un pays, deux systèmes. Nous voulons que Carrie Lam parte, que la police soit réformée. Nous voulons une enquête indépendante sur les brutalités policières », a réitéré M. Leong.

Alors que Pékin a qualifié les manifestants d’ « émeutiers » et affirmé qu’une « majorité silencieuse » soutenait le gouvernement de Hong Kong, « nous avons envoyé un message clair et net à Pékin : ‘Vous avez tort' », a dit M. Leong. « Nous voulons redéfinir ce mouvement comme un mouvement de défense de notre mode de vie, de notre liberté individuelle, des droits de l’homme et de l’État de droit. »

La législation américaine « met le doigt sur le problème »

La loi de Hong Kong sur les droits de l’homme et la démocratie, qui a été signée par le président Donald Trump le 27 novembre, « a tapé en plein dans le mille », souligne M. Leong, en exerçant des pressions directes sur le régime de Pékin et le gouvernement de Hong Kong pour mettre fin aux abus dans cette ville.

En vertu de la loi sur les droits de l’homme et la démocratie de Hong Kong, le secrétaire d’État américain est tenu de certifier chaque année si Hong Kong est « suffisamment autonome » pour justifier son statut économique spécial accordé en vertu de la loi de 1992 sur les politiques entre les États-Unis et Hong Kong.

Hong Kong « est toujours indispensable pour le PCC », explique M. Leong. « Les deux tiers des investissements directs étrangers dans le pays[la Chine] passent par Hong Kong chaque année, et nous sommes le plus grand marché forex sur lequel le renminbi peut être converti en d’autres monnaies mondiales. »

M. Leong espère que la menace de perdre Hong Kong en tant que centre financier majeur freinera le régime chinois.

Et il espère que les démocraties occidentales seront émues par les « jeunes hommes et femmes de Hong Kong, qui ont perdu leur carrière et même leur vie au cours des six derniers mois » et œuvreront ensemble pour élaborer une stratégie coordonnée afin de résister à Pékin.

Ce faisant, l’Occident aiderait Hong Kong dans sa lutte contre l’autoritarisme, et « en même temps, vous vous [aideriez] vous-mêmes », a martelé M. Leong.

 

American Thought Leaders est une émission d’Epoch Times en anglais, disponible sur Facebook et YouTube.

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