En Chine, porter secours à quelqu’un en danger peut coûter très cher…

26 octobre 2015
Mis à jour: 27 octobre 2015

Aider les personnes âgées en Chine est devenu une affaire si risquée que les compagnies d’assurances proposent des polices assurant les risques provenant d’éventuels bienfaiteurs.

Dans le cadre des « Polices d’aide aux aînés », le géant chinois du commerce électronique Alibaba est la dernière entreprise en date à proposer de telles assurances. Pour trois yuans (45 cents) par an, l’assurance couvre jusqu’à 20 000 yuans (2 800 euros) des frais de litige à ceux qui souhaitent aider une personne âgée qui est tombée ou qui souffre d’une quelconque mésaventure.

Le besoin d’avoir une telle police, aussi bizarre que cela puisse paraître, semble être bien réel. Ce produit d’assurance a attiré plus de 60 000 acheteurs depuis le début de sa mise en circulation, le 15 octobre dernier.

Selon les experts, et d’après l’enquête menée sur les réactions en ligne au lancement de cette assurance, son existence même reflète l’effondrement général de la moralité la plus élémentaire en Chine.

« Si vous voyez une personne que vous ne connaissez pas allongée au sol, tout d’abord, demandez à un ami d’en prendre note. Mieux encore, demandez-le à toute une équipe de télévision, si vous pouvez. »
– Un internaute du Henan

Au cours des dernières années, on a vu en Chine de nombreux cas où de bons samaritains ont été accusés d’avoir eux-mêmes fait du tort aux victimes qu’ils avaient secourues. Pourtant, ils avaient simplement cherché à aider des personnes âgées qui avaient  l’air d’être blessées dans des accidents ou qui avaient succombé en pleine rue. D’importantes sommes d’argent ont ainsi été extorquées à ces bons samaritains.

« Beaucoup de gens veulent faire du bien et aider les personnes âgées allongées devant eux, mais ils sont aussi inquiets qu’ils puissent se faire arnaquer », a confié à l’Associated Press Xu Ting, un responsable chez Alibaba. « Nous espérons que cette assurance permettra de réduire certains coûts financiers en payant les frais de litiges qui pourront aider à rétablir les faits ».

« Personne ne veut être victime de chantage »

La situation peut être illustrée par un incident bien connu qui est survenu en septembre dernier dans la ville de Zhengzhou au centre de la Chine. Après qu’un vieil homme soit tombé dans la rue avec un visage ensanglanté, les passants sortaient leurs smartphones au lieu de l’aider.

« Il saignait, donc personne n’a osé l’aider », a déclaré un témoin. « Personne ne veut être victime de chantage ».

« Les passant ont agi avec bon sens », a écrit un internaute de la province du Henan. « Si vous voyez une personne que vous ne connaissez pas allongée au sol, tout d’abord demandez à un ami d’en prendre note. Mieux encore, demandez-le à toute une équipe de télévision, si vous pouvez. »

Dans un sondage de 2013, 84,9 % des répondants ont dit qu’ils étaient « moralement angoissés » par rapport à la question de secourir des personnes âgées cherchant de l’aide.

Une telle réaction s’explique par certains reportages comme comme celui-ci : en 2007, dans la ville de Nanjing, suite à sa chute à un arrêt de bus, une vieille femme a été emmenée à l’hôpital par un jeune homme. Après qu’on lui ait diagnostiqué des fractures osseuses, elle a exigé que le jeune homme paie la facture d’hôpital.

Bien que l’homme ait nié avoir fait du tort à la vieille femme, le tribunal a décidé qu’il devait payer 40 % des frais médicaux. Ce verdict a été largement condamné.

Toutefois, les personnes âgées ne doivent pas être tenues entièrement responsables d’avoir cherché de l’aide pour couvrir leurs frais médicaux. Les frais d’hospitalisation sont très élevés en Chine, tandis qu’un grand nombre de polices d’assurance médicale, en particulier celles qui sont à la portée des gens aux moyens modestes, ne couvrent pas les accidents de la circulation.

La parole du Parti

Les médias du Parti communiste chinois (PCC) mettent régulièrement en évidence une telle situation. Selon le porte-parole officiel le Quotidien du Peuple, un professeur de l’université chinoise a examiné 149 litiges survenus entre 2004 et 2015 et impliquant des personnes aidant les autres dans la rue. Il a conclu que les personnes qui avaient donné de l’aide ont été escroquées dans 84 cas. Ils étaient coupables dans 32 cas, et les faits dans les autres cas n’ont pas été clairs.

Le sondage du journal d’État Beijing Youth Daily, effectué en décembre 2013 et impliquant 140 000 personnes, a révélé que 84,9% ont confié qu’ils étaient « moralement angoissés » par rapport à la question de secourir des personnes âgées dans le besoin. Seulement 5,4 % donneraient une assistance, tandis que plus de la moitié préféreraient quitter les lieux.

Le Quotidien du Peuple a déclaré dans son éditorial du 20 octobre dernier que la nouvelle police d’Alibaba et de l’assurance Hua’an pourrait résoudre le dilemme moral. Il se plaint également que la police d’assurance semblait être une solution technique, plutôt que morale, de ce problème.

Selon Associated Press, cet éditorial soulignait «  qu’on peut sentir la frustration et l’amertume dans cette approche correspondant en apparence aux intérêts civiques et publiques ».

« L’imperturbable Lei Feng »

La nouvelle police d’assurance a provoqué des réactions mitigées parmi les Chinois.

Xiao Luo, un col blanc travaillant à Beijing qui avait souscrit une police d’Alibaba, a déclaré à l’agence officielle Xinhua : « Auparavant, par crainte d’ennuis, je n’aidais pas tellement les aînés tombés dans la rue. Maintenant, si je rencontre une situation où je dois décider de relever ou non une personne tombée, je pourrais agir autrement. »

Mme Gu de Pékin a monté une attitude ambivalente dans une interview donnée aux médias officiels : « Probablement, je ne devrai pas réfléchir si j’ai acheté oui ou non une assurance avant de décider si je dois entreprendre une bonne action, n’est-ce pas ? »

Un commentaire non filtré sur Sina Weibo, site de micro-blogging populaire, se montrait beaucoup plus décapant : « Une telle assurance peut être considérée comme l’une des caractéristiques uniques de la Chine. »

Un autre internaute a écrit avec un même sarcasme : «  Que c’est triste ! Est-ce que les autres pays ont une telle assurance ?! C’est bien que nous avons un tel socialisme unique ! »

Alibaba n’est pas la première société à offrir une telle police d’assurance.

En avril 2014, Yong An Insurance a offert une police à 2 yuans avec une couverture de 10 000 yuans intitulée « L’imperturbable Lei Feng ». Lei Feng est un cadre communiste qui a été glorifié par le PCC comme symbole de l’altruisme. Starr Companies, une compagnie d’assurance basée à New York, offre aussi une police similaire, la « Good People Insurance ».

Lei Feng, a mythic Communist Party figure meant to personify selfless adherence to the socialist cause, holds an insurance policy titled
Lei Feng, personnage élevé au rang de mythe par le Parti communiste symbolisant l’adhésion désintéressé à la cause socialiste, tient une police d’assurance intitulé « L’imperturbable Lei Feng ». (Capture d’écran via yaic.com.cn)

Selon le reportage de Xinhua du 5 juillet 2014, plusieurs organisations de masse et associations industrielles du PCC – y compris la Ligue de la jeunesse communiste du Guangdong, la Fédération de la jeunesse du Guangdong et l’Association de l’industrie des assurances du Guangdong – avaient acheté un million de polices « Lei Feng » pour leurs bénévoles et travailleurs sociaux.  Toutefois, cette police peut ne plus être disponible, car elle n’est plus offerte sur les sites web de la société d’assurance.

Cependant, ceux qui cherchent à s’assurer contre les cas où ils percutent réellement une personne âgée avec leur véhicule, trouveront qu’ils n’ont pas de chance. Toutes les polices d’assurance ne couvrent que les frais de litige. Si la personne qui a donné de l’aide est reconnue coupable, même coupable à 40 %, elle devra payer l’indemnité de sa propre poche.

Version anglaise : In China, ‘Good Samaritan’ Insurance Protects You From the Conniving Elderly

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