Les Bozos, des pêcheurs nomades en voie de sédentarisation

Par Epoch Times avec AFP
22 avril 2021
Mis à jour: 22 avril 2021

Les Bozos, dépositaires d’une tradition de pêche nomade sur le fleuve Niger, subissent de plein fouet les conséquences du changement climatique et du conflit sahélien.

Ils sont une ethnie parmi des centaines au Sahel mais ont toujours eu leur prérogative: pêcher dans cette région semi-aride sur l’un des trois plus grands fleuves d’Afrique avec le Nil et le Congo.

Les Bozos ont longtemps été, avec les Somonos, les seuls à naviguer le Niger dans sa partie sahélienne.

-Un pêcheur malien appartenant à l’ethnie Bozo devant son village, situé à la périphérie de la capitale Bamako, après avoir été inondé par le fleuve Niger, le 14 septembre 2018. Photo par Michele Cattani / AFP via Getty Images.

Les Bozos croient aux génies du fleuve

Réputés endogames, les Bozos croient aux génies du fleuve, explique Ousmane Djebare Djenepo, président de la fédération des pêcheurs du delta du Niger.

« Avant, avant, avant la colonisation, nous étions +les maîtres des eaux+, (mais) quand le Mali a pris son indépendance (en 1960), le président Modibo Keïta a dit que les eaux et les forêts étaient pour le Mali », raconte-t-il.

Les Bozos parcourent au rythme des saisons le Niger et son immense réseau hydrographique.

« Cette expérience migratoire » s’acquiert « sur des distances courtes ou moyennes » entre le village nomade et des « pêcheries (zones de pêche) de proximité », écrivait en 2009 le chercheur malien Salif Togola. Ces campagnes sur de longues pinasses, pirogues traditionnelles en bois caractéristique, durent en moyenne de quatre à six mois, disait-il.

Une vue aérienne montre le port de Mopti le 16 mars 2021. Photo par Michele Cattani / AFP via Getty Images.

Nombreux sont ceux qui, une fois aguerris, partent pêcher quasiment dans toute l’Afrique de l’Ouest desservie par le fleuve, indiquait-il. Cette migration peut durer plusieurs années.

Sédentarisés sur les rives du Niger

Les Bozos représenteraient environ 2% des 20 millions de Maliens selon diverses statistiques difficilement vérifiables. Leur activité et la vente du poisson, destiné aussi bien au marché intérieur qu’à quasiment toute l’Afrique de l’Ouest, ont longtemps été un moteur de l’économie du centre du Mali.

Mais l’exportation du poisson, fumé dans les ports du delta par les femmes bozos, a chuté sous l’effet de l’insécurité qui afflige tout le Sahel.

Une vue aérienne montre le port de Mopti au centre du Mali le 29 février 2020. Photo par Michele Cattani / AFP via Getty Images.

« C’est une question de chance: si ta cargaison tombe sur les gens qui veulent la pagaille, tu perds tout », explique un exportateur à Mopti, qui veut rester anonyme car il continue à effectuer le trajet. Il peste aussi contre la concurrence du poisson massivement importé d’Asie.

Faute de pouvoir pêcher comme autrefois, beaucoup de Bozos se sont sédentarisés sur les rives du Niger, à Mopti, Djenné et dans d’autres villes qu’ils sont réputés avoir fondées. A Bamako, des centaines de pêcheurs se sont installés dans des campements le long du fleuve de plus en plus pollué sous l’effet d’une urbanisation galopante.

 

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