Les croyants religieux sont contraints de prouver leur loyauté au régime chinois en lui donnant de l’argent

Par Bitter Winter
17 mars 2020
Mis à jour: 17 mars 2020

Reproduit de Bitter Winter : Un magazine sur la liberté religieuse et les droits de l’homme en Chine

Les groupes religieux chinois sont heureux d’apporter leur aide en cas de catastrophe. Mais une grande partie de leurs efforts et des dons collectés est exploitée par le régime communiste chinois.

Selon les médias publics chinois, au 7 février, les cinq organisations religieuses autorisées du pays avaient recueilli 300 millions de yuans (environ 43 millions de dollars) pour aider à faire face à l’épidémie de coronavirus. Face à la catastrophe, les croyants religieux chinois sont désireux d’apporter leur aide, mais tous leurs efforts ne sont pas les bienvenus. Le New York Times a rapporté dans un article du 23 février que lorsque certains lieux de culte non reconnus par le régime ont envoyé l’argent collecté par les paroisses pour aider les personnes atteintes par le virus, leurs contributions ont été rejetées, la police a même interrogé certains responsables religieux.

Le Times cite Susan McCarthy, une politologue qui étudie les organisations caritatives confessionnelles en Chine au Providence College aux États-Unis, qui pense que « le gouvernement est heureux lorsque les groupes religieux font des dons, mais il craint qu’ils n’utilisent la charité pour élargir leur implantation et infiltrer la société ». Pour les lieux de culte approuvés par l’État, Mme McCarthy estime que ces dons peuvent également contribuer à prouver leur patriotisme et leur loyauté envers le régime, et que « beaucoup de ces dons sont de nature défensive ».

De nombreuses informations reçues par Bitter Winter confirment ces déclarations. En outre, l’attitude des croyants change considérablement lorsque l’argent qu’ils collectent pour la charité est dépensé pour des causes douteuses et utilisé à mauvais escient par le régime chinois.

En août dernier, le département du travail du Front uni dans le district de Zhen’an de Dandong, une ville au niveau de la préfecture dans la province nord-est de Liaoning, a publié un document exigeant que les cinq organisations religieuses officiellement sanctionnées lancent une campagne de collecte de dons de charité. Un mois plus tard, le département a comptabilisé les dons et a critiqué les groupes religieux qui ont collecté les plus petites sommes.

« Je ne sais pas pourquoi je dois faire un don. Pour qui dois-je faire un don ? » s’est plaint un membre de l’église des Trois-Soi de Dandong.

« Les responsables affirment que si nous ne faisons pas de dons, nous sommes antipatriotiques », a déclaré un membre du clergé de l’église des Trois-Self, laquelle a été critiquée pour ne pas avoir collecté suffisamment d’argent. « Si les ecclésiastiques s’opposent à cette politique, ils pourraient être privés de leurs fonctions », a-t-il ajouté.

Sur un mur d’un temple taoïste à Ruzhou, une ville de la province centrale du Henan, diverses médailles sont exposées. Elles ont toutes été décernées pour saluer les efforts du temple dans le cadre de campagnes de charité visant à réduire la pauvreté et à aider les étudiants. Un moine du temple n’est cependant pas fier de ces distinctions. Il explique que le gouvernement fixe des quotas pour l’Association taoïste chinoise locale sur le nombre d’étudiants qu’elle doit aider chaque année. Ces quotas augmentent régulièrement : de 13 étudiants en 2017 à 24 en 2019. Le régime chinois leur impose également d’aider les personnes âgées vivant dans les villages et qui n’ont pas de famille.

Les taoïstes sont prêts à aider, et ils font ce qu’ils peuvent, a expliqué le moine. Mais les dons des fidèles, qui ne sont pas eux-mêmes fortunés, ne suffisent pas pour atteindre les importants « quotas de dons ». Tout en essayant de satisfaire les demandes du gouvernement, le temple a accumulé une dette de 8 000 yuans (environ 1 029 euros) et n’a pas les moyens de payer les factures d’électricité de 200 yuans (environ 27 euros) ou d’installer les portes et fenêtres dont la cantine a tant besoin.

« On nous dit que c’est une obligation politique, et nous devons la mettre en œuvre même si elle nous met en faillite, ou si nous devons arrêter de manger et de boire », a déclaré le moine, visiblement affligé. « De plus, les personnes qui reçoivent nos dons ne savent pas que ce sont des personnes religieuses qui les ont collectés. Ils pensent que l’argent vient du [régime], par l’intermédiaire de fonctionnaires du Bureau des affaires civiles ou d’une autre institution de l’État. Ils veulent seulement prouver à leurs supérieurs qu’ils travaillent bien et bâtir leur réputation. »

Le leader chinois Xi Jinping a promis en 2015 de « sortir tous les ménages démunis de la pauvreté d’ici 2020 », mais apparemment, la tâche a été déléguée en partie aux groupes religieux.

« Des campagnes de collecte de dons pour la lutte contre la pauvreté sont organisées dans tout le pays », a déclaré à Bitter Winter un responsable de temple de la ville de Pingxiang, dans la province du Jiangxi, au sud-est du pays. « Lorsque les autorités locales sont chargées de collecter des fonds pour des programmes de lutte contre la pauvreté, elles s’adressent généralement aux lieux de culte approuvés par l’État. Les temples de la région, par exemple, sont invités à collecter l’argent des fidèles et à le remettre à l’association bouddhiste ou à la Croix-Rouge ».

Le directeur du temple a ajouté que le bureau local des affaires religieuses leur demande de donner de l’argent pour réduire la pauvreté chaque mois – 1 000 yuans (environ 134 euros) pour tous les foyers démunis, plus un peu d’huile et de riz – sinon le temple est supprimé.

Selon un moine d’un temple bouddhiste de la ville de Dezhou, dans la province orientale du Shandong, à l’automne 2019, le gouvernement a informé les ménages démunis qu’ils pouvaient se rendre au temple pour obtenir de la farine et de l’huile. « Le [régime] veut faire bonne figure aux yeux du peuple à nos dépens », a déclaré le moine.

Dans le même temps, le régime chinois interdit l’utilisation d’« activités caritatives d’intérêt public à des fins de prosélytisme », comme l’indique le nouveau règlement sur les affaires religieuses. En d’autres termes, le Parti communiste chinois (PCC) ne permet pas aux religions de se développer en faisant du travail caritatif, mais veut simplement prendre leur argent. Pour les groupes religieux qui ne sont pas officiellement approuvés, toute campagne de bienfaisance peut entraîner l’arrestation de croyants, voire une radiation totale.

Par Jiang Tao

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