Les fruiticulteurs australiens face au casse-tête de la récolte

Par Epoch Times avec AFP
21 novembre 2021
Mis à jour: 21 novembre 2021

Dans des conditions presque parfaites, grâce à des pluies abondantes et à des arbres en bonne santé, le verger de cerises du fruiticulteur australien Michael Cunial semble prêt à donner une récolte exceptionnelle. Il n’a qu’un seul problème: la récolte. 

Comme de nombreux agriculteurs australiens, il fait appel, pendant les récoltes, à des travailleurs saisonniers, dont beaucoup ont été exclus du pays depuis la fermeture de ses frontières internationales en mars 2020, afin d’enrayer la propagation de la pandémie de coronavirus.

50 travailleurs saisonniers pour la récolte annuelle

Dans sa ferme de 50 hectares, Curinya Orchards, à Nashdale, à environ quatre heures de route de Sydney, M. Cunial engage habituellement environ 50 travailleurs saisonniers pour la récolte annuelle et les paie à la pièce. Mais les règles pourraient être sur le point de changer.

« Le système de rémunération à la pièce est en général cohérent », estime ce producteur de fruits. « Si vous êtes motivé, vous pouvez gagner beaucoup d’argent. Mais si vous êtes nul, très peu ».

– La grande majorité des exploitations horticoles australiennes rémunèrent leurs saisonniers au rendement, mais ce mode de rémunération a été récemment remis en cause. Photo par Gregory PLESSE / AFP via Getty Images.

Mais système a été condamné par la Fair Work Commission, le tribunal australien des relations industrielles car il ne garantit pas le salaire minimum pour de nombreux travailleurs.

Salaire horaire minimum

Statuant sur une plainte déposée par l’Australian Workers Union, la Fair Work Commission a déclaré que les travailleurs agricoles saisonniers devraient recevoir le salaire horaire minimum de 25,41 dollars australiens (16,29 euros).

« L’ensemble des éléments de preuve montre que les travailleurs à la pièce du secteur de l’horticulture sont nettement sous-payés par rapport au taux horaire minimum autorisé », selon la commission.

Les fédérations agricoles, qui s’opposent à ce constat, ont jusqu’au 26 novembre pour faire appel.

Un homme travaille dans une ferme de cerises située dans la ville rurale de Nashdale,  à quelque 212 km  de Sydney. Photo par Gregory PLESSE / AFP via Getty Images.

Selon une étude réalisée en 2018 par le médiateur du travail équitable auprès de plus de 8.000 exploitations horticoles, 56% d’entre elles sous-payaient une partie de leurs travailleurs.

Condition du visa vacances-travail

Travailler dur n’est pas toujours suffisant. Victor, un jeune Français qui a préféré ne pas être identifié par son nom complet pour protéger ses perspectives d’emploi, a dû travailler 88 jours dans l’agriculture pour être autorisé à rester une deuxième année, une condition du visa vacances-travail.

« J’ai travaillé dans les vignobles. Je devais enrouler les branches autour de fils de fer. Nous étions payés 11 cents par branche. Je faisais partie des 10% les plus performants et je n’ai quand même obtenu que 9 dollars australiens de l’heure, soit moins de la moitié du salaire minimum », a-t-il déclaré.

-Fleurs de cerisier aux Auburn Botanic Gardens le 31 août 2021 à Sydney, Australie. Photo de Brook Mitchell/Getty Images.

Cédric Gestin, un autre travailleur français qui en est à sa troisième année en Australie, dit qu’il a toujours préféré les fermes qui payent à l’heure.

Après avoir travaillé trois ans à temps plein dans la cerisaie de Cunial, Rémy Genet gère les travailleurs saisonniers. « J’ai des gars qui peuvent remplir 60 caisses de fruits, gagner 700 dollars australiens en une journée, et d’autres qui ne peuvent remplir que neuf caisses. La différence, c’est la motivation », dit-il.

« Bien sûr, il y a des fermes où même les bons ne gagnent jamais assez d’argent parce qu’il n’y a pas assez de fruits ou que la ferme est mal gérée. Mais là où certaines personnes peuvent gagner de l’argent, tout le monde peut en gagner. »

M. Cunial dit s’inquiéter de la perspective de licencier les travailleurs qui ne cueillent pas assez de fruits si l’on passe à une rémunération à l’heure.

Il s’attend cette année à des cerises « vraiment grosses » qui seront probablement prêtes à récolter entre le début et la mi-décembre.

Le visa vacances-travail a chuté de près de 120.000

« Les cerises ont une fenêtre d’environ cinq jours à une semaine, si vous avez de la chance, explique-t-il. Donc si vous n’avez pas les cueilleurs, elles peuvent finir par se gâter sur l’arbre. »

A ce défi s’ajoute un autre: il a du mal à recruter depuis la fermeture des frontières. Le nombre de jeunes présents en Australie avec un visa vacances-travail a chuté de près de 120.000 en décembre 2019 à 39.000 en 2020.

La pénurie de main-d’œuvre coïncide avec une production agricole record attendue, dont la valeur devrait atteindre 73 milliards de dollars australiens, toutes cultures confondues, pour la saison 2021-2022, en hausse de 7% par rapport à l’année précédente.

Pour attirer les travailleurs saisonniers dans son exploitation, M. Cunial a augmenté ses tarifs de 5 à 10% l’année dernière.

Cette année, il devra peut-être aller plus loin. « Nous envisagerions probablement une prime de fidélité », a-t-il déclaré, qui permettrait d’offrir jusqu’à 10% de plus aux travailleurs qui restent pour la saison.


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