CORSE – Les nationalistes boycottent le déjeuner avec Macron

7 février 2018
Mis à jour: 7 février 2018

BASTIA – Les nationalistes corses ont marqué leur mécontentement envers Emmanuel Macron en refusant de déjeuner avec lui mercredi à Bastia, quelques heures avant d’assister au discours dans lequel le président dévoilera sa stratégie pour l’avenir de l’île.

Au second jour de sa visite insulaire, le chef de l’État a minimisé l’importance de ce boycott annoncé à la mi-journée. « Ce qui m’importe, c’est la Corse et les Corses. Le reste ne m’intéresse pas », a-t-il dit en visitant le centre de recherche agricole de l’Inra spécialisé dans les agrumes, à San Giuliano, au sud de Bastia.

« Je suis sur le fond… Ce que font les entrepreneurs, les chercheurs, les enseignants, ce dont je vais parler cet après-midi. Pas dans les arrière-cuisines », a-t-il ajouté.

Les nationalistes mettent la pression avant le discours de Macron sur la Corse

Le 6 février, en inaugurant la place Claude Erignac sur les lieux de l’assassinat du Préfet, Emmanuel Macron avait voulu posé les premières pierres de sa position par rapport aux nationalistes corses :« Nous scellons notre union indéfectible dans la République », qui doit « ménager à la Corse un avenir à la hauteur de ses espérances, sans transiger avec les requêtes qui la feraient sortir du giron républicain », a-t-il insisté. Ce qui sera mené « sans faux semblants », « sans non-dits » et « sans détour », selon lui.

Emmanuel Macron avait déjà rencontré Gilles Simeoni, président du conseil exécutif, Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, mardi soir durant plus de deux heures à Ajaccio, mais aucun n’a fait de commentaires à l’issue de leurs échanges. « Le président a été très franc » lors d’un « échange en profondeur », a-t-on indiqué dans son entourage.

Les nationalistes avaient été refroidis par le discours tenu par le chef de l’État lors de l’hommage au préfet Claude Erignac, assassiné vingt ans auparavant dans une rue d’Ajaccio. Il avait notamment exclu toute amnistie pour la dizaine de prisonniers que les nationalistes appellent « politiques », l’une des principales revendications des nationalistes.

Le président Emmanuel Macron, l’autonomiste Gilles Simeoni (au centre), qui dirige le conseil exécutif, et l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni (à droite), à la tête de l’Assemblée de Corse, le 6 février 2018, à Ajaccio (LUDOVIC MARIN/AFP/Getty Images)

C’est « en raison de la teneur assez violente du discours du président de la République, qui apparaît très décalé avec la situation de la Corse aujourd’hui » que le boycott du déjeuner de mercredi a été décidé, a expliqué Jean-Felix Acquaviva à l’AFP.

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Dans son discours, le chef de l’Etat « s’exprimera sur les sujets qui intéressent surtout les Corses, à savoir le développement économique de leur île », selon son entourage. Il pourrait ainsi annoncer des mesures pour dynamiser l’économie locale, qui souffre de sous-investissements chroniques et de la faiblesse du tissu industriel.

M. Macron pourrait également répondre aux revendications des nationalistes sur un statut de résident et sur la co-officialité de la langue corse, deux demandes qui n’ont pas de chances d’être satisfaites en l’état.

Des avancées pourraient être annoncées pour rapprocher en Corse des prisonniers détenus sur le continent. « Que votre enfant puisse voir son père, que les personnes qui sont détenues dans notre pays puissent voir leur famille, ça fait partie des choses que nous allons assurer », a répondu Emmanuel Macron à l’épouse d’Yvan Colonna, condamné à la perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac.

LG avec AFP

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