Les six facteurs paralysants de l’économie chinoise

9 juin 2015 Mis à jour: 18 octobre 2015

 

L’économie chinoise est en train de ralentir – sur ce fait, les chiffres sont clairs. Cependant, les nombreux et immenses obstacles auxquels la Chine est confrontée pour construire une économie saine ne sont pas toujours faciles à comprendre. Une éminente économiste chinoise, basée aux États-Unis, a identifié six facteurs qui pourraient stopper la croissance en Chine. Au cours d’un forum organisé par Shenglin Financial Inc. à Vancouver le 3 mai dernier, l’économiste He Qinglian a identifié six principaux « obstacles » – dans un pays démocratique, l’identification de trois de ces obstacles suffiraient à faire tomber un parti au pouvoir – qui pourraient avoir un profond impact sur l’avenir de la Chine si aucune solution ne leur est apportée. Voici une version révisée et condensée de ses remarques.

1. Perte du statut d’« usine du monde »

Ce qui monte doit redescendre : le secteur manufacturier de Chine en plein essor et alimenté entre 2001 et 2010 à un coût énorme pour l’écologie et le peuple chinois, est aujourd’hui dans un déclin irrémédiable.

La ville de Dongguan, un important carrefour industriel de la province méridionale du Guangdong, est en train de connaître une deuxième vague d’effondrement des entreprises – au moins 4.000 entreprises on fermé leurs portes l’an dernier. Selon des données publiques, 72 000 sociétés ont mis la clé sous la porte entre 2008 et 2012.

Les trois moteurs de la croissance économique chinoise – les investissements, le commerce extérieur et la demande intérieure – ne sont plus là, comme l’indique la chute de 15% de la croissance du commerce extérieur au premier trimestre 2015 par rapport à la même période l’an dernier.

L’immobilier a entraîné la croissance économique chinoise au cours des 20 dernières années. Le régime communiste et les entreprises ont coopéré afin de prévenir l’effondrement du marché immobilier, mais depuis 2013, plusieurs dizaines de sociétés en amont et en aval du secteur immobilier ont toutes été piégées par la surproduction. La production est une « menace atomique » pour l’économie chinoise et pourrait mener à une crise économique à tout moment.

Ces problèmes montrent que la restructuration de l’économie chinoise est sans espoir. Le soi-disant ajustement structurel de l’économie n’est pas une chose qui peut être mis en place comme les autorités le souhaitent. Dès 2005, la province du Guangdong avait commencé à remplacer les industries à forte capacité de main-d’œuvre par des entreprises de high tech à forte intensité de technologie. Cela a provoqué l’épuisement du secteur dans tout le delta de la rivière des Perles.

2. Un taux de chômage très élevé

Le taux de chômage officiel de moins de 4,5 % de la population active en Chine n’est pas exact. Ce chiffre n’inclut que les personnes inscrites auprès des autorités locales, tout en excluant les agriculteurs au chômage qui représentent une partie importante de la population active.

Dans la Chine actuelle, les chômeurs peuvent être divisés en quatre groupes: les travailleurs agricoles en surplus en raison de la migration inverse suite à la fermeture des usines; les employés « cols blanc » dans les villes qui ont perdu leur emploi suite au retrait des investisseurs étrangers; les étudiants qui quittent l’université avant l’obtention d’un diplôme; les collégiens et lycéens qui abandonnent leur études.

L’ancien Premier ministre chinois Wen Jiabao a estimé qu’il y avait 200 millions de chômeurs en Chine en mars 2010. Justin Lin, ancien vice-président de la Banque mondiale a déclaré en mars dernier lors du Forum économique mondial de Davos, que 124 millions d’ouvriers chinois des secteurs manufacturiers devraient prochainement émigrer vers d’autres pays en développement en quête de salaires plus élevés.

L’actuelle population active de la Chine étant estimée à 940 millions de personnes, s’il y a 300 millions de chômeurs, le taux de chômage réel équivaut à 32 % – sept fois plus que les prévisions officielles.

3. Crise des ressources

Le développement économique de la Chine a laissé dans son sillage des eaux, des terres et de l’air pollués – des facteurs qui vont peser sur la croissance économique future de la Chine et accroître sa dépendance en ressources étrangères.

En outre, la croissance économique chinoise dépend des ressources extérieures – le pays importe plus de 60 % de son pétrole et dépend fortement des importations de fer, de cuivre, de zinc et d’autres métaux.

La suffisance alimentaire de la Chine est estimée à 87 % – les produits de base tels que le soja, le maïs et le blé sont importés. Dans l’avenir, près de 200 millions de Chinois devront compter sur des produits alimentaires importés.

Toute fluctuation des prix des céréales en Chine aura une incidence sur les prix du marché international, et toute catastrophe naturelle ou guerre dans un pays producteur de céréales réduira l’offre et fera flamber les prix des céréales chinoises.

On ne peut pas dire que le régime communiste chinois n’a pas été mis en garde au sujet de ses problèmes alimentaires. Il y a déjà 20 ans, le spécialiste de l’environnement Lester Brown, dans son livre Qui va nourrir la Chine, avait averti le régime chinois devrait faire face à une pénurie alimentaire. Mais le régime chinois avait déclaré que le rapport n’était qu’un complot des « forces anti-chinoises ».

4. La spirale de l’endettement des autorités locales

Le 8 mai dernier, la société de conseil McKinsey & Co annonçait que la dette totale de la Chine équivaut à 282 % de son produit intérieur brut (PIB). Une majeure partie de cette dette a été causée par les autorités et les entreprises, tandis que la dette individuelle n’en constitue qu’une infime partie.

Les autorités locales sont les plus endettées, avec une dette d’une valeur estimée à 20 000 milliards.

La valeur de la dette a été constamment sous-estimée en Chine. Même si Li Tie, un responsable de la Commission nationale du développement et de la réforme, a reconnu que le chiffre officiel de 18 000 milliards était moins que la moitié de la dette réelle, les enquêtes ont révélé que la plupart des autorités locales ne rapportaient qu’entre 10 et 30 % de leur dette réelle, ce qui signifie que le chiffre réel de la dette est beaucoup plus élevé.

5. Une crise financière potentielle

Les dettes, la hausse des taux de défaut et un énorme excédent de liquidités dû aux politiques de la banque centrale pourraient conduire à une crise financière.

La Chine connaît actuellement son troisième pic de créances douteuses causé par l’immobilier. Le premier avait eu lieu à l’époque de Zhu Rongji, lorsque une dette de 170 milliards de dollars avait pris six ans pour être effacée. La seconde crise s’est produite au milieu des années 2000 et a été atténuée par les banques étrangères. Cependant, la croissance économique chinoise a été constamment alimentée au fil des années par l’impression de nouvelles devises. Suite à l’augmentation massive de la masse monétaire, l’excès de liquidités pourrait devenir un problème majeur. Cela est devenu évident ces derniers mois avec le marché haussier, lorsque la bourse a été utilisée comme réservoir pour les capitaux excédentaires – une politique nécessairement insoutenable.

6. Disparité des revenus

Les inégalités en Chine ont atteint des proportions remarquables au cours des 20 dernières années en raison de l’attitude corporatiste imprudente du régime et des entreprises. Le centre chinois de recherches en sciences sociales de l’Université de Pékin a publié une étude en 2014 montrant que le coefficient Gini de la Chine a atteint 0,73 en 2012, ce qui signifie qu’1 % de ménages chinois détenaient plus d’un tiers de la richesse nationale, tandis que les derniers 25 % de ménages n’en détenaient qu’1 %.

Près de 60 % des Chinois vivent dans la pauvreté, une situation prête à provoquer des troubles sociaux déstabilisants.

Version originale: Six Problems Choking the Chinese Economy

RECOMMANDÉ