Les solutions pour soigner la ville, selon Chirlane McCray, First Lady de New York

26 août 2015
Mis à jour: 31 août 2015

NEW YORK – Quand un événement pénible de la vie nous affecte profondément, nous sommes alors confrontés à un choix sur la façon de réagir : ignorer cela ou faire tout ce qui est en notre pouvoir pour apporter des changements positifs. Chirlane McCray, l’épouse du maire démocrate de New York Bill de Blasio, s’est trouvée à un tel carrefour. La First Lady a décidé de participer aux initiatives d’amélioration des services de santé psychologique dans la ville. Son idée est de remettre en question la scission cartésienne entre le corps et l’esprit si répandue dans la médecine occidentale.

Lorsque Chirlane McCray a découvert que sa fille, Chiara de Blasio, était diagnostiquée comme souffrant de troubles d’anxiété, de dépression et de toxicomanie à l’âge de 18 ans, elle s’est sentie comme toute mère pouvait se sentir.

« C’était si douloureux et si frustrant… C’est difficile à décrire », a raconté Mme McCray dans la salle Staten Island de l’hôtel de ville de New York, lors d’une interview réalisée le 11 août.

Au début, elle a été choquée. « Si vous rencontrez Chiara, vous pourrez voir à quel point elle est chaleureuse, charismatique et intelligente, elle a tout pour elle », a expliqué Mme McCray. Il était difficile d’imaginer combien Chiara avait souffert ou comment les symptômes avaient pu passer inaperçus pendant si longtemps.

Chirlane McCray, Première dame de New York, à la Mairie de Manhattan le 11 août 2015. (Samira Bouaou/Epoch Times)
Chirlane McCray, Première dame de New York, à la Mairie de Manhattan le 11 août 2015. (Samira Bouaou/Epoch Times)

Maux de ventre, anxiété, insomnies, ne pas pouvoir sortir du lit, prendre du poids et ainsi de suite. L’âge moyen auquel de tels symptômes se manifestent est 14 ans. Une dépression clinique non traitée peut entraîner de graves problèmes, tels que l’augmentation des chances de toxicomanie ou de consommation d’alcool. Cela peut ruiner les relations avec l’entourage et causer de sérieux revers au travail. Cela affecte également la santé physique et peut conduire au suicide.

« Il y a tellement de symptômes que nous n’avons pas vus », se rappelle Chirlane lorsque sa fille était de mauvaise humeur ou restait au lit trop longtemps. Elle pensait à l’époque : « c’est ce que font les adolescents ».

Chiara de Blasio soutenant la candidature de son père, Bill de Blasio, lors de la campagne électorale à New York le 10 septembre 2013. (Samira Bouaou/Epoch Times)
Chiara de Blasio soutenant la candidature de son père, Bill de Blasio, lors de la campagne électorale à New York le 10 septembre 2013. (Samira Bouaou/Epoch Times)

Chiara avait toujours été une bonne élève. Chirlane et son époux, le maire de New York Bill de Blasio, ont toujours su qu’elle pouvait faire mieux. « Nous avons essayé de comprendre pourquoi elle ne faisait pas plus d’efforts, parce qu’elle en était vraiment capable. Mais quelque chose la retenait, maintenant, nous savons », a déclaré Chirlane.

Chiara a rendu public son combat contre la dépression dans une vidéo produite par l’équipe du maire, juste avant que son père prenne ses fonctions en décembre 2013.

Âgée de 20 ans et en deuxième année universitaire, Chiara continue à sensibiliser sur la façon de surmonter la dépression et la toxicomanie. Elle a contribué au lancement de nouveaux services d’aide à la santé – comme l’initiative NYC Teen Text sortie en mars – qui permettent aux ados de poser des questions ou de discuter par SMS. Les adolescents des écoles participantes peuvent obtenir des informations et l’accès à des conseils confidentiels gratuitement.

Un adulte sur quatre souffre d’un trouble de santé mentale. Le temps moyen de traitement est de neuf ans après que les symptômes se manifestent.

Lorsque Chirlane McCray a commencé à aider sa fille, elle a réalisé qu’aucune série de mesures n’avaient été mises en place pour obtenir des soins et un traitement adéquat.

« Je dispose d’un réseau que je peux appeler, j’ai une assurance santé, j’ai des ressources, mais j’étais toujours frustrée », dit-elle. Elle s’est alors demandé : « Comment les gens qui ont beaucoup moins que moi font-ils face à cette expérience ? »

Rétrospectivement, elle a appris que ses propres parents avaient souffert de dépression.Cette maladie est héréditaire dans environ 40 % des cas. En tant qu’enfant, elle voyait juste que ses parents étaient tristes, mais personne ne savait à l’époque qu’il existait un traitement pour ce mal.

« Mon père se retirait parfois loin de l’agitation. Il ne nous parlait pas pendant plusieurs jours. Il pouvait dire un « bonjour » et un « bonsoir », mais c’était tout. Nous ne savions pas et nous marchions sur la pointe des pieds, ma mère était très calme », a confié Chirlane. C’est seulement en faisant des recherches et en posant beaucoup de questions qu’elle a commencé à relier tous les indices. Peut-être à un autre moment ou à un autre endroit, ses parents auraient pu être traités.

Un investissement de 78,3 millions dollars pour la santé psychologique

Ces expériences et ces réalisations l’ont poussé à travailler avec enthousiasme sur le plan de la ville pour créer un système de santé psychologique plus efficace. Celui-ci comprend un investissement de 78,3 millions dollars venant du budget de la ville de New York et a été annoncé par l’administration de Bill de Blasio au début du mois de mai.

Quand elle s’est assise avec les dirigeants clés du gouvernement, elle a été étonnée de découvrir que personne n’avait fait examiner les divers programmes et services publics portant sur la santé mentale, depuis plus de 30 ans.

Chirlane McCray, Première dame de New York, à la Mairie de Manhattan le 11 août 2015. (Samira Bouaou/Epoch Times)
Chirlane McCray, Première dame de New York, à la Mairie de Manhattan le 11 août 2015. (Samira Bouaou/Epoch Times)

Donc, pendant des mois, Chirlane McCray et son équipe ont réalisé des recherches et ont fait une étude de la situation des services de santé mentale dans la ville de New York. Ils ont commencé par regarder attentivement les zones où les gens éprouvaient le plus de traumatismes, comme les familles dans les refuges de sans-abri. Comme elle se préparait à changer beaucoup de choses dans le domaine, les tâches à venir pouvaient lui sembler assez intimidantes.

« Certains enfants passent avec leurs parents par des traumatismes énormes. Oui, ils ont besoin d’un lit, mais ils ont aussi besoin d’un soutien émotionnel de sorte à pouvoir vivre au jour le jour et profiter des services de soins », a déclaré Chirlane.

Pour commencer, les 78,3 millions de dollars serviront à financer neuf initiatives différentes, comprenant des refuges pour les sans-abri et pour les jeunes fugueurs, des centres de justice familiale, des écoles communautaires et des centres pour personnes âgées.

Envisager des services de soins de santé complets

Dans une plus large perspective, à la fois plus pragmatique et idéaliste, Chirlane a envisagé un système de soins considérant la santé mentale avec toute l’attention qu’elle mérite.

« Tout d’abord, il n’y aura pas de séparation entre la santé physique et la santé mentale, car ils forment tous les deux une unité », explique Chirlane. « Je veux une porte ouverte sur le bien-être, une porte qui ouvre sur des traitements holistiques », a t-elle encore ajouté.

Elle estime qu’il est incompréhensible qu’un adulte sur quatre souffre d’un trouble psychologique pouvant être diagnostiqué et que cela soit à peine abordé. Si c’était une grippe ou une rougeole, ce serait pris en compte immédiatement. Elle affirme également : « Nous perdons beaucoup plus de gens à cause de problèmes liés à leur santé mentale », par exemple les personnes qui sont maltraitantes envers eux-mêmes ou envers les autres, qui se mutilent ou même qui se suicident.

Elle croit que la médecine des premiers soins sont la clé. « Idéalement, ils devraient pratiquer ensemble, de sorte qu’il y aurait en un même endroit un médecin pour les premiers soins, formé sur la santé physique ou peut-être sur une autre spécialité, et un autre médecin formé aux problématiques liées à la santé mentale », a t-elle dit. Des travailleurs sociaux devraient aussi être disponibles « parce que vous ne pouvez pas traiter les gens en les isolant de toutes leurs caractéristiques, vous ne pouvez pas traiter à part ce qui vient du physique et ce qui vient du mental – et en passant, la famille a aussi un rôle à jouer », précise-t-elle.

Chirlane McCray préconise également des services de santé psychologique dans les écoles, où les enfants, en plus du diagnostic pour leur yeux et leurs oreilles, pourront également être évalués pour tout type de détresse ou de traumatisme qu’ils peuvent rencontrer, par exemple, ceux liés à la violence domestique.

Ses solutions sont de fournir des services qui traiteraient l’enfant dans son ensemble et de promouvoir des valeurs saines auprès des familles et des collectivités. Cela serait également inclus dans les activités parascolaires.

« Nous avons eu une tendance à mettre moins de financement sur l’éducation physique et sur les arts – toutes ces choses qui permettent aux gens de se guérir », déclare Mme McCray, se référant à sa propre expérience. Adolescente, elle s’est tournée vers l’écriture, la musique et le sport pour se consoler des tracas de la vie. Au lycée, elle a commencé à écrire de la poésie.

« Cela a été une bouée de sauvetage pour moi, c’est vraiment la combinaison de l’écriture, du sport et de la musique qui m’a gardée en vie .» Elle note qu’on ne peux pas espérer voir nos enfants prospèrer si nous ne leur fournissons pas des occasions de s’exprimer de manière constructive.

Nous sommes tous des guérisseurs

Lorsque nous lui avons demandé de résumer sa philosophie de vie, Chirlane McCray a répondu : « Nous pouvons tous être des guérisseurs pour certaines personnes autour de nous, et cela commence vraiment avec l’individu lui-même, comment faire usage de nos talents et de nos points forts ».

Elle sait, en allant sur place parler aux gens, que « parfois, tout ce qu’il faut est d’avoir une conversation avec quelqu’un pour le sortir du trou. Vous pouvez sauver une vie grâce à une thérapie basée sur la parole. Maintenant, je trouve cela très puissant », explique-t-elle. « Vous n’avez pas forcément besoin d’un diplôme de médecine pour avoir réellement un effet de guérison et changer la vie de quelqu’un », a-t-elle ajouté.

Cet automne, l’administration de New York va mettre en place une feuille de route pour construire un système de soins meilleur et plus accessible pour les New-Yorkais.

« Je ne peux pas attendre, je travaille dessus tous les jours », conclut Chirlane McCray en souriant.

Chirlane McCray, Première dame de New York, à la Mairie de Manhattan le 11 août 2015. (Samira Bouaou/Epoch Times)
Chirlane McCray, Première dame de New York, à la Mairie de Manhattan le 11 août 2015. (Samira Bouaou/Epoch Times)

« This Is New York » est une série d’articles qui plonge dans la vie des personnes inspirantes et éminentes de New York. Retrouvez les articles sur: epochtim.es/TINY ou suivre @MileneFernandez sur Twitter.

Article original : NYC’s First Lady, Chirlane McCray’s Vision on Healing the City

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