Les terroristes pourraient vouloir utiliser les cartels de la drogue pour entrer aux États-Unis

3 février 2016
Mis à jour: 26 février 2016

Des organisations terroristes comme Daesh cherchent des voies de passage pour entrer aux États-Unis, la quantité d’argent nécessaire pour convaincre les cartels de la drogue que le risque en vaut la chandelle pourrait être le facteur déterminant, selon des experts de la région.

« Je pense qu’avec le chéquier de Daesh, ce n’est qu’une question de temps », estime Scott Mann, lieutenant-colonel retraité des forces spéciales américaines.

« Ils veulent utiliser ce réseau de narcoterrorisme qui peut transporter n’importe quelle marchandise – la drogue, les gens ou une bombe sale », indique M. Mann. « Ces gens veulent profiter de cet immense réseau qui pourrait leur permettre de faire passer des agents. »

Le trafic de la drogue n’implique pas seulement des cartels puissants à la recherche de profits. À travers la région, il y a aussi des organisations narcoterroristes motivées par une idéologie politique, ainsi que des groupes comme le Hamas et le Hezbollah qui utilisent le commerce illicite pour financer leurs activités. M. Mann a constaté lui-même ces problèmes. Durant ses 15 années avec les forces spéciales, il a été déployé dans des pays comme la Colombie, l’Équateur, le Pérou et Panama où il a aidé à former des forces gouvernementales alliées des États-Unis pour « lutter contre l’anarchie ».

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« J’ai fait beaucoup de travail avec les gouvernements pour lutter contre des groupes rebelles comme les FARC », indique-t-il, se référant au groupe marxiste narcoterroriste les Forces armées révolutionnaires de Colombie.

Tandis que les groupes terroristes aimeraient forger des liens avec les trafiquants de drogue, « autant que je sache il n’y a encore aucun lien entre les narcoterroristes et Daesh », selon José de Arimatéia da Cruz, professeur auxiliaire au U.S. Army War College.

Les cartels hésitent à s’impliquer avec les groupes terroristes, principalement parce qu’ils considèrent les risques trop élevés. « S’ils commencent à s’associer au terrorisme international, les États-Unis seront plus impliqués et cela nuira à leurs affaires », estime M. Cruz.

Et M. Mann partage un autre point de vue : « Crois-moi, l’argent parle dans cette région. Même si ces gars ont certains principes […] ils transporteraient des trucs pour [Daesh] si l’argent était bon. »

« J’ai vu de mes propres yeux comment ces deux mondes se rencontrent », explique M. Mann, soulignant son travail de lutte contre le narcoterrorisme. « Ce lien entre le terrorisme et le crime organisé prend de l’ampleur. »

Différence idéologique

Tandis que les groupes narcoterroristes sont un problème en Amérique latine, ils diffèrent des groupes terroristes comme Daesh ou Al-Qaïda.

Selon M. Mann, les groupes narcoterroristes comme les FARC ont des motivations à la fois financières et politiques et utilisent le trafic de drogue pour financer leur cause. Ils représentent plus une menace locale, mais ils perçoivent tout de même les États-Unis comme une menace à leurs opérations.

« Ils veulent un environnement de chaos perpétuel afin de pouvoir faire fonctionner leur entreprise de milliards de dollars sans être dérangés par les États-Unis », estime-t-il.

Selon M. Cruz, « c’est une question d’interprétation ».

« Tout groupe qui lutte contre un État souverain ou un gouvernement pourrait recevoir l’étiquette d’organisation terroriste », affirme-t-il. « Certains groupes n’ont rien à voir avec le terrorisme et leurs activités sont limitées à l’Amérique latine. »

De l’autre côté, Daesh a recruté des combattants de Trinidad-et-Tobago, pays des Caraïbes qui est le « point zéro » pour les recruteurs terroristes, selon M. Cruz.

Selon lui, il y aurait entre 80 et 100 Trinidadiens qui auraient voyagé pour se joindre à Daesh, les gens dans la région s’inquiètent qu’ils pourraient continuer leurs activités terroristes s’ils reviennent et peut-être cibler les États-Unis.

Fracture internationale

L’environnement politique en Amérique latine a alimenté le problème. Cela a débuté dans les années 1990 avec la « vague rose », estime M. Cruz, alors qu’il y avait des « politiciens de gauche qui prenaient le pouvoir ».

Les gouvernements au pouvoir ont commencé à rompre leurs liens avec les États-Unis, raconte M. Cruz, et « la plupart de ces pays se sont tournés vers la Russie, la Chine ou l’Iran ».

Ainsi plusieurs régimes corrompus ou autoritaires en Amérique latine qui se seraient normalement effondrés ont été soutenus avec, entre autres, l’argent chinois.

« Ils ne se préoccupent pas de ce que vous faites », affirme M. Cruz. « La Russie est pareille. Les armes sont vendues à n’importe qui, tant qu’elles se vendent. »

Selon un rapport de novembre 2015 de la US-China Economic Security Review Commission, le régime chinois a « indiqué aux gouvernements latino-américains que le développement économique peut être atteint sans se plier aux interdictions occidentales » et sans partager les « objectifs américains de stabilité régionale et de bonne gouvernance ».

En pratique, cela a pris plusieurs formes. « L’Argentine a refusé de négocier avec ses créditeurs occidentaux en partie en raison de ses prêts avec la Chine », mentionne le rapport. Quant aux gouvernements relativement isolés dans la région comme la Bolivie, l’Équateur et le Venezuela, ils ont été en mesure de « maintenir leur orientation anti-occidentale ».

Cet environnement corrompu a permis de créer un genre d’incubateur pour le terrorisme. M. Mann affirme que les groupes terroristes « recherchent des États fragiles où un large segment de la population est hors de portée ou marginalisé par le gouvernement ».

Il souligne que même s’il est improbable que Daesh ait déjà tissé des liens avec les cartels ou les narcoterroristes, il estime que la tendance pointe dans cette direction.

« Quand vous constatez la formation de ces tendances, il faut agir pour devancer ces tendances plutôt que de tenir une commission d’enquête par la suite pour déterminer ce qui a mal tourné », croit-il.

Version originale : Terrorists Want the Drug Cartels’ Smuggling Channels Into the United States

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